‹ La kabbale (volume 3)Chapitre 155 sur 202 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

reconquérir sa liberté au sein même de cette prison que nous appelons le corps'. Le mariage ayant pour but et pour résultat de perpétuer cet état de misère, Philon, sans le condamner ouvertement, le regarde comme une humiliante nécessité dont au moins les âmes d'élite devraient savoir s'affranchir ?. Tels sont à peu près Îles principaux caractères de la vie ascétique, telle que Philon l’a comprise et telle qu’il nous la mon- ‘tre, platôt encore qu’il ne l’a vue, réalisée par la secte des thérapeutes. Mais la vie ascétique n'est qu’un moyen; ‘son but, c’est-à-dire le but de la morale elle-même, le plus haut degré de la perfection, du bonheur et de l'existence, c’est l'union de l’âme avec Dieu par l’entier oubli d'elle-même, par l'enthousiasme et par l'amour. Voici quelques passages que l’on croirait empruntés à quelque mystique plus moderne : « Si tu veux, Ô mon « âme, hériter des biens célestes, il ne faudra pas seu- « lement, comme notre premier patriarche, quitter la « terre que tu habites, c'est-à-dire ton corps; la famille « où tu es né, c’est-à-dire les sens; et la maison de ton « père ou la parole; il faudra aussi te fuir toi-même, « afin d'être hors de toi comme ces corybantes enivrés « d’un enthousiasme divin. Car, là seulement est l’hé- « ritage des biens célestes, où l'âme, remplie d’enthou- « siasme, n’habite plus en elle-même, mais plonge

1. To oœpa cioxrh, J'eouorripuev. De Migrat. Abrah. — Quis rerum div. hæœres sit, et passim. | ®. Quod deter. potiori insidiari soleat. — De Monacrhid.

« avec délices dans l'amour divin et remonte entraînée « vers son père ‘. Une fois l'âme délivrée de toute pas- « sion, elle se répand elle-même comme une libation « pure devant le Seigneur. Car, verser son âme devant « Dieu, rompre les chaînes que nous trouvons dans « les vains soucis de cette vie périssable, c’est sortir de « soi-même pour arriver aux limites de l’univers et « jouir de la vue céleste de celui qui a toujours été?. » Avec de tels principes, la vie contemplative, si elle n’est pas la seule qu'il soit permis à l’homme d’embrasser, est placée bien au-dessus de toutes les vertus sociales, qui ont pour principe l'amour, et pour but le bien-être des hommes”. Le culte lui-même, j'entends le culte extérieur, devient inutilé pour la fin que nous devons chercher à atteindre. Aussi Philon est-il très -embarrassé sur ce point : « Ainsi qu’il faut, dit-il, avoir « soin de son corps, parce qu'il est la demeure de « l'âme, de même sommes-nous obligés d'observer « les lois écrites; car plus nous y serons fidèles, et « mieux nous comprendrons les choses dont elles sont « les symboles. Ajoutons à cela qu'il faut éviter le « blâme et les accusations de la multitude“. » Cette dernière raison ne ressemble pas mal au post-scriptum de

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