CHAPITRE V
S'il existe quelque part, dans les limites où nous devons maintenant circonscrire nos recherches, un peuple distingué par sa civilisation aussi bien que par sa puissance politique, qui ait exercé sur les Hébreux une influence immédiate et prolongée, c’est évidemment dans son sein que l’on pourra découvrir la solution du problème que nous venons de soulever. Eh bien ! ces conditions, nous les trouvons remplies, même audelà des exigences de la critique, chez les Chaldéens et les Perses, réunis en une seule nation par les armes de Cyrus et la religion de Zoroastre. Pourrait-on, en effet, imaginer dans la vie d'un peuple un événement plus propre à altérer sa constitution morale, à modifier ses idées et ses mœurs, que ce mémorable exil, appelé la captivité de Babylone ? Serait-ce donc impunément pour les uns et pour les autres que les Israélites, prêtres et laïques, docteurs et gens du peuple, auraient passé soixante et dix ans dans le pays de leurs vainqueurs ? Nous avons déjà cité un passage du Thalmud, où les pères de la synagogue reconnaissent formellement que
leurs ancêtres ont rapporté de la terre de l'exil les
noms des anges, les noms des mois et même les lettres de l’alphabet. Or, il n'est guère permis de supposer que les noms des mois n'aient pas été accompagnés de certaines connaissances astronomiques ‘, probablement celles que nous avons rencontrées dans le Sépher ietzirah, et que les noms des anges aient pu être séparés de toute la hiérarchie céleste ou infernale, adoptés chez les mages. Aussi n'est-ce pas d'hier qu’on a fait la remarque que Satan se montre pour la première fois, chez les écrivains sacrés, dans l’histoire du Chaldéen Job. Cette riche et savante mythologie, adoptée par le Thalmud, répandue dans les Midraschim, forme aussi la partie poétique, et, si je puis me servir de cette expression, l'enveloppe extérieure du Zohar. Mais ce n'est pas sur ce fait depuis longtemps reconnu que nous voulons insister. Laissant les Chaldéens dont nous n'avons aucun monument de quelque étendue et d’une entière certitude, qui d’ailleurs ont été vaincus moralement et matériellement par les Perses avant le retour des Hébreux dans la Terre Sainte, nous allons montrer, je ne dis pas les principes les plus généraux, mais à peu près tous les éléments de
4. Je devrais aussi dire astrologiques: car, à partir de cette époque, l'influence des astres joue un très grand rôle dans les idées religieuses du peuple juif. Le Thalmud reconnaît des jours heureux et des jours néfastes ; et, même encore aujourd’hui, les Israélites, quand ils veulent se témoigner mutuellement de l'intérêt, dans quelque grande circonstance de la vie, se souhaitent une heureuse influence de la part des étoiles fans din).