‹ La kabbale (volume 3)Chapitre 198 sur 202 · Voy. l'Appendice à la fin de ce volume · texte numérisé non relu

Voy. l'Appendice à la fin de ce volume

de l’édifice : Ormuzd et Ahrimäne ont seuls une existence réelle, un caractère divin et une vraie puissance; tandis que l'Éternel, ce temps sans bornes dont ils sdht sortis l’un et l’autre, est, comme nous l’avons dit, une pure abstraction. En voulant le décharger de la responsabilité du mal, on lui a enlevé le gouvernement du monde et par conséquent toute participation au bien ; on ne lui a laissé qu'un nom avec une ombre d'existence. Ce n’est pas encore tout : dans le Zend Avesta, comme dans les traditions postérieures qui s’y rattachent, toutes les idées relatives au monde invisible, tous les grands principes de l'intelligence humaine sont encore enveloppés dans un voile mythologique qui les fait prendre pour des réalités visibles et des personnes distinctes, faites à l’image de l’homme. Dans la doctrine des kabbalistes, les choses nous présentent un tout autre caractère : c'est le monothéisme qui est le fond , la base et le principe de tout; le dualisme et toutes les autres distinctions, quelles qu'elles soient, n'existent plus que dans la forme. Dieu seul, le Dieu unique et suprême, est à la fois la cause, la substance et l'essence intelligible, la forme idéale de tout ce qui est; il n’y a d'opposition, de dualisme qu'entre l’être et le néant, entre la forme la plus élevée et le degré le plus infime de l'existence. Celle-là, c'est la lumière; celui-ci représente les ténèbres. Les ténèbres ne sont donc qu'une négation, et la lumière, comme nous l’avons plusieurs fois démontré, c’est le principe spiri-

TROISIÈME PARTIE. 385 tuel, c'est l'éternelle sagesse, c’est l'intelligence infinie qui crée tout ce qu’elle conçoit et conçoit ou pense par cela seul qu'elle existe. Mais s’il en est ainsi; s’il est vrai qu'à une certaine hauteur l'être et la pensée se confondent, les grandes conceptions de l'intelligence ne peuvent plus seulement exister dans l'esprit, elles ne représentent pas de simples formes dont on fait abstraction à volonté; elles ont une valeur substantielle et absolue, c’est-à-dire qu'on ne peut les séparer de l’éternelle substance. Tel est précisément le caractère des Séphiroth, de l'Homme céleste, du Grand et du Petit Visage, en un mot de toutes les personnifications kabbalistiques , bien différentes, comme on voit, des réalisations individuelles et mythologiques du Zend Avesta. Cependant le cadre, le dessin extérieur du Zend Avesta est resté, mais le fond a complétement changé de nature, et la kabbale nous offre, par le fait même de sa naissance, un curieux spectacle, celui d'une mythologie passant à l'état de métaphysique, sous l'influence même du sentiment religieux. Cependant , malgré tant d'étendue et de profondeur, le système qui a été le fruit de ce mouvement n'est pas encore une de ces. œuvres où la raison humaine fasse un libre usage de ses droits et de sa force; le mysticisme luimême ne s’y produit pas sous sa forme la plus élevée, car il reste encore enchaîné à une puissance extérieure, celle de la parole révélée. Sans doute, cette puissance

est plus apparente que réelle; sans doute, l’allégorie a

bientôt fait de la lettre sainte un signe complaisant qui exprime tout ce qu'on veut, un instrument docile au service de l'esprit et de ses plus libres inspirations ; mais toujours est-il que ce procédé même, qu'il soit l'effet d’un calcul ou d’uns illusion sincère , cet art d'abriter des idées nouvelles sous quelque texte séculaire, est la consécration d'un‘préjugé fatal à la vraie philosophie. C’est ainsi que-ka kabbale, quoique née sous l'influence d’une civilisation étrangère et malgré lo panthéisme qui est au fond de toutes ses doctrines, a cependant un caractère religieux et national. C'est ainsi qu’en se réfugiant sous l'autorité de la Bible et ensuite de la loi orale, elle & conservé toutes les apparences d’un système de théologie, et de théologie judaïque. Il restait donc encore, pour la faire entrer dans l’histoire de la philosophie et de l'humanité, à détruire ces apparences et à la montrer sous son vrai jour, c’est-à-dire comme un produit naturel de l'esprit humain. Ce progrès, comme nous l'avons déjà dit, s’est accompli lentement, mais d’une manière d'autant plus sûre, dans la capitale des Ptokémées. Là, en effet, les traditions hébraïques franchirent pour la première fois le seuit du sanetuaire et se répandirent dans le monde, mêlées à beaucoup d'idées nouvelles, mais sans rien perdre de leur propre substance, Les dépositaires de ces vieilles traditions, en voulant reprendre un bien qu’ils supposaient leur appartenir, accueillirent avec ardeur les plus nobles résultats de la phi-

TROISIÈME PARTIE. 387 losophie grecque, les confondant de plus en plus avec leurs propres croyances. D'un autfe côté, les prétendus héritiers de la civilisation grecque, s’actoutumanit peu à pou à ce rnélange, ne songèrent plus qu’à Jui donner l'organisation d’un système où le raisonnement et Fiñtaition, la philosophie et la théologie devaient être également représentés. C’est ainsi que se forma l’école d'Alexandrie, ee résumé brillant et profond de toutes les idées philosophiques et religieuses de l'antiquité. Ainsi s'exphique la ressemblance, j’oserais presque dire l'identité que nous avons trouvée sur tous Îles points essentiels, entre le néoplatonisme ét la kabbale. Mais une fois entrée par cette voie dans le fond commun de l'esprit humain, la kabbale n’en continua pas moins, chez les Juifs de la Palestine, à se transmettre exclusivement par la tradition dans un petit cerole d'élus et à se regarder comme le secret d'Israël. C’est dans eet état qu’elle a été mtroduite en Europe, ét qu’elle a toujours été enseignée jusqu’à la publication du Zohar. lei commence un nouvel ordre de recherches, à savoir : Quelle influence la kabbale a exercée sur la philosophie hermétique ef mystique qui a jeté en Europe un si vif éclat depuis le commencement du xv° jusqu’à la fin du xvir siècle, dont Raymond Lulte peut être regardé comme le premier, et François Mercuricus van Helmont eomme le dernier représentant. Ce sera peut-être le sujet d’un second ouvrage qui

pourra être regardé comme le complément de celui-ci.

Mais le but que nous nous sommes proposé relative ment au système kabbalistique proprement dit, nous pensons l'avoir atteint, et il ne nous reste plus qu'à énoncer, dans une récapitulation rapide, les résultats que nous eroyons avoir obtenus.

4° La kabbale n’est pas une imitation de la philosophie platonicienne, car Platon était inconnu dans la Palestine où le sÿstème kabbalistique a été fondé; ensuite , les deux doctrines, malgré plusieurs traits de ressemblance dont on est frappé au premier coup d’œil, diffèrent totalement l’une de l’autre sur les points les plus importants.

2° La kabbale n’est pas une imitation de l’école d’Alexandrie ; d’abord parce qu'elle est antérieure à l'école d'Alexandrie; en outre parce que le judaïsme a toujours montré à l'égard de la civilisation grecque une aversion et une ignorance profondes, dans le même instant où il plaçait la kabbale au rang d’une révélation divine.

. 8° La kabbale ne peut pas être regardée comme l'œuvre de Philon, bien que les doctrines de ce théologien philosophe renferment un grand nombre d'idées kabbalistiques. Philon n'aurait pu transmettre ces idées à ses. compatriotes demeurés en Palestine, sans les initier en même temps à la philosophie grecque. Il était incapable, par la nature de son esprit, de fonder une doctrine nouvelle. De plus, il serait impossible de trouver, dans les monuments du judaïsme, les moindres

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