‹ La kabbale (volume 3)Chapitre 30 sur 202 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Babylone, ont exercé sur les Hébreux une influence toute-puissante". Mais on n'y rencontrera pas ces ex- | pressions purement grecques, latines ou arabes, qui se présentent en grand nombre dans le Thalmud et dans les écrits plus modernes, ‘où la langue hébraïque est mise au service de la philosophie et des sciences. Or, on peut admettre en principe général, et j’oserai presque dire infaillible, que toute œuvre de ce genre, où la civilisation des Arabes ou des Grecs n’a aucune part, peut être regardée comme antérieure à la naissance du christianisme. Nous avouons cependant que dans l'ouvrage qui nous occupe et auquel nous ne craignons pas d'attribuer ce caractère, il ne serait pas difficile de montrer quelques vestiges du langage et de la philosophie d’Aristote. Lorsque, après la proposition que nous avons citée un peu plus haut, après avoir parlé des trente-deux voies merveilleuses de la sagesse qui ont servi à la création de l’univers, il ajoute qu'il y a aussi trois termes : celui qui compte, ce qui est

chama, "'0%5, de préférence à celui de nephesch, du moins ce dernier n'est-il jamais employé par les thalmudistes et les écrivains plus modernes, pour désigner le corps. Mais tous, sans exception, se servent du mot t}, qu'on ne rencontre pas une seule fois dans le Sepher 1etzirah.

4. Ces noms, à l'exception de ceux qui désignent le soleil et la lune, n’appartiennent pas par eux-mêmes à la langue chaldaïque, mais ils sont une traduction des noms chaldéens. Les voici : 5313, que l'on croit Vénus ; 355, Mercure; °Nn2w, Saturne; pT>, Jupiter; vTND, Mars; bn, qui désigne le dragon, paraît purement chaldéen.

compté et l’action même de compter, ce que les plus

anciens commentateurs ont traduit par le sujet, l’objet et l’acte même de la réflexion ou de. la pensée !, il est impossible de ne pas se rappeler cette phrase célèbre du douzième livre de la Métaphysique : « L’intelli- « gence se comprend elle-même en saisissant l'intel- « ligible ; et elle devient l’intelligible par l'acte même « de la compréhension et del’intelligence ; en sorte que « l'intelligence et l’intelligible sont identiques *. » Mais il est évident que ces mots ont été ajoutés au texte; car ils ne se lient ni à la proposition qui précède ni à celle qui suit; ils ne reparaissent plus, sous quelque forme que’ ce soit, dans tout le cours de l'ouvrage, tandis qu’on explique assez longuement l'usage des dix nombres et des vingt-deux lettres qui forment les trente-deux moyens appliqués par la sagesse divine à la création. Enfin, l’on ne comprend guère qu'ils aient pu trouver place dans un traité où il n’est question que des rapports qui existent entre les diverses parties du monde matériel. Quant à la différence des

4, 19901 ON 902 D?°90 ‘2, selon l'auteur du Cosrs, R. Je-

: houdah Hallévi, ces trois termes désignent la pensée, la parole et

l'écriture, qui, dans la Divinité, sont identiques, quoique nous les voyions séparées dans l’homme. Cosri, quatrième partie, $ 25. Selon Abraham ben Dior, ils se rapportent au sujet, à l'objet et au fait mème de la connaissance, ÿ47%711 yw ny, ou bien how Low Down Voir son Comment. sur le Seph. setz., p. 27, verso.

2. Adrèv dà vost 6 voüç xara peerdAubtv roû vonrod ; vonrès yàp yiyrereu Gyyévov xai voüv” &ote raurèv vob xat vonrév. Méfaph., liv. 49, ch. 7.

PREMIÈRE PARTIE. 83 deux manuscrits qui ont été reproduits dans l'édition de Mantoue, l'un à la fin du volume, l’autre au milieu de divers commentaires, elle est loin d’être aussi grande que certains critiques modernes ont voulu le croire ‘. Après une comparaison impartiale et détaillée, on Ja trouve fondée tout entière sur quelques variantes sans importance, comme on en rencontre dans toutes les œuvres d'une haute antiquité, et qui par cela même ont eu à souffrir pendant plusieurs siècles de l’inattention ou de l'ignorance des copistes et de la témérité des commentateurs. En effet, c’est de part,et d’autre, non pas seulement le même fond, le même système considéré d’un point de vue général, mais la même division, le même nombre de chapitres, placés dans le même ordre et consacrés aux mêmes matières : -de plus, les mêmes idées y sont exactement exprimées dans les mêmes termes. Mais on ne trouvera plus cette parfaite ressemblance dans le nombre et dans la place des diverses propositions qui, sous le nom de Mischna, sont nettement distinguées les unes des autres. Ici on n’a pas reculé devant des répétitions surabondantes ; là elles ont été retranchées; ici on a réuni ce qu'ailleurs on a séparé. Enfin, l’un paraît aussi plus explicite que l’autre, non plus seulement dans les mots, mais dans la pensée. Nous ne connaissons at par conséquent

1. Voyez Wolf, Bibliothèque hébr. t. 4. — Bayle, Dictionn. crit., article Abraham. — Morerr, même article, etc.

nous ne pouvons citer qu’un seul passage où se montre cette dernière différence : à la fin du premier chapitre, lorsqu'il s’agit d'énumérer les dix principes de l’univers qui correspondent aux dix nombres, l’un des deux manuscrits dit simplement que le premier de tous est l'esprit du Dieu vivant; l’autre ajoute que cet esprit du Dieu vivant est l'esprit saint, qui est en même temps esprit, voix et parole ‘. Sans doute cette idée est de la plus haute importance; mais elle ne manque pas dans le manuscrit où elle n’est pas formulée aussi nettement; elle constitue, comme nous le prouverons bientôt, la base et le résultat de tout le système. D'ailleurs le Livre de la création a été, au commencement du dixième siècle, traduit et commenté en arabe par R. Saadiah, esprit élevé, méthodique et sage, qui le regarde comme l'un des plus anciens, comme l’un des premiers monuments de l'esprit humain. Nous ajouterons, sans accorder à ce témoignage une valeur exagérée, que les commentateurs qui sont venus après lui pendant le xir° et le xin° siècle ont tous exprimé la même conviction.

Comme tous les ouvrages d’une époque très reculée, celui dont nous parlons est sans titre et sans nom d’auteur ; mais il est terminé par ces mots étranges : « Et « lorsque Abraham notre père eut considéré, examiné, « approfondi et saisi toutes ces choses, le maître de « l'univers se manifesta à lui et l'appela son ami, et

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