‹ La kabbale (volume 3)Chapitre 43 sur 202 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

contenterions d'examiner la nature intime, la valeur intrinsèque du livre, nous n’aurions aucune peine à démontrer que cette opinion n’est pas mieux fondée que la première. Mais nous avons, pour la combattre, des arguments plus positifs. D'abord la langue dans laquelle le Zohar est écrit ne ressemble pas à celle dont se servaient les rabbins du xim° siècle, et dont l'usage s’est conservé jusqu'à nos jours. Depuis la captivité de Babylone, les Hébreux avaient oublié leur langue maternelle, et l’on fut obligé de leur expliquer en chaldéen le sens des Écritures. Cependant la langue sainte s'était encore conservée parmi les petits prophètes qui parurent alors; mais elle déclina dans les écoles fondées après eux par Les hanaïms ou les auteurs de la Mischna. Insensiblement, le chaldéen lui-même se corrompit par le contact de l'hébreu, et de ce mélange, où entrent aussi, mais pour une très petite part, la langue des Romains devenus les maîtres, et celle des Grecs devenus les voisins de la Palestine, est sorti cé qu’on appelle le dialecte de Jérusalem, ou la langue du Thalmud et du Zohar'. Après la clôture du Thalmud,

4. Voici quelques-uns des mots latins et grecs que l’on rencontre le plus communément dans le Zohar : npoDx specularia (le milieu à travers lequel nous arrivent les idées divines), Nn:1%1% matrona (la puissance divine considérée d’un point de vue passif), NSVIDE, pairona, NUTDT TD xoouñTep, 911930 auviyopes, MA)9D xarri- | ve, NOTETVOON Énirpenos, NTYOTIN hospitium. Eh bien! croirait-on, qu’on a voulu trouver dans ces mots une preuve que le Zohar est une œuvre du xm° siècle? On avait saus doute oublié que les ter-

c'est-à-dire vers le vr siècle de l’ère chrétienne, ce dialecte disparaît à son tour, et les écrivains sortis du judaïsme emploient tantôt l’arabe, tantôt un hébreu plus ou moins pur. Saadiah, l’auteur du Cozry, rabi Bechaï et plusieurs autres écrivains très distingués du x°, du x° et du xn° siècle, ont composé leurs œuvres dans la première de ces deux langues; Aben Esra, Salomon Jarchi, ont fait usage de la seconde : Maïmonides s’est servi de l’une et de l’autre. Comment donc ce Moïse de Léon, à qui l'on veut attribuer la composition du Zohar, aurait-il pu, au commencement du xiv° siècle, traiter les questions de l’ordre le plus élevé dans un idiome que depuis si longtemps les savants les plus distingués se contentaient de comprendre, et qui, dans cette hypothèse, n'avait encore produit jusque-là aucune œuvre capable de lui servir de modèle? Ensuite, quel dessein pouvait-il avoir en s’imposant une tâche et si difficile et si périlleuse ? Voulait-il, comme le prétend un critique moderne que nous avons déjà cité!, voulait-il donner plus de vraisemblance à ses fictions,

mes dérivés de la même origine sont encore bien plus nombreux dans la Mischna, et que les rabbins du moyen âge n'avaient aucune connaissance des lettres latines et grecques. Ce qu'ils savaient de la philosophie d’Aristote leur était parvenu à travers les traductions syriaques et arabes.

4. Cùm auctor esset recentissimus, linguaque chaldaïra sua ætate prorsùs esset extincita, eamque Judæi doctiores raro intelligerent, consulto chaldaicè scripsit, ut antiquitatem apud popularium vuilgus libris suis conciliaret. Morinus, Exercitat. bsblic., liv. 2, exercit. 9, chap. 5.

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