PREMIÈRE PARTIE
« que les deux systèmes ont de semblable, on le trou- « verait ailleurs dans des doctrines plus anciennes, dans « les livres des Sabéens et des Perses, et aussi chez les « néoplatoniciens. Au contraire, la forme extraordinaire « sous laquelle ces idées nous apparaissent dans la «.kabbale est tout à fait étrangère aux mystiques ara- « bes. D'ailleurs, pour s'assurer que la kabbale est réel- « lement sortie du commerce de ces derniers , il fau- « drait avant tout rechercher parmi eux la doctrine des « Séphiroth. Mais c'est de quoi ils ne nous offrent pas « le moindre vestige, car ils ne connaissent qu’un seul « mode sous lequel Dieu se révèle à lui même. Sur ce « point la kabbale se rapproche bien davantage de la « doctrine des Sabéens et du gnosticisme ‘, » L'origine arabe de la kabbale une fois démontrée inadmissible , l'opinion qui fait du Zohar une œuvre du xun° siècle a perdu son dernier appui; je veux parler d’un certain air de vraisemblance dont elle pourrait se parer encore. En effet, comme on a déjà pu s’en assurer par le parallèle que nous venons d'établir, le Zohar renferme un système de la ‘plus haute portée, de la plus vaste étendue. Or, une conception de ce genre ne se forme pas en un jour, surtout à une époque d'igno-
4. Jam verd ex analogiis istis quid censes colligi posse ? Equidem non multa arbitror. Nam similia etiam in aliis et antiquioribus quidem disciplinis monstrari licet, in scriptis Sabaeis et Persicis, nec non apud neoplatonicos. Contra singularis illa forma quam ideæ istæ in Cabbalà præ se ferunt, ab Arabicis mysticis abest, etc.
rance et de foi aveugle, surtout dans une classe d’hommes sur laquelle pèse l'horrible poids du mépris et de la persécution. Si donc on ne rencontre dans tout le moyen âge ni les antécédents, ni les éléments de ce système, il faut bien en reculer la naissance jusque dans l'antiquité.
Nous voilà arrivé à ceux qui prétendent que Simon ben Jochaï a réellement enseigné à un petit nombre de disciples et d'amis, parmi lesquels sè trouvait son fils, la doctrine métaphysique et religieuse qui fait la base du Zohar ; mais que ses leçons, d’abord transmises de bouche en bouche, comme autant de secrets invio-
lables, ont été rédigées peu à peu; que ces traditions
et ces notes, auxquelles sè mêlèrent nécessairement des commentaires d’une époque plus récente, s’accumulant, et par là même s’altérant avec le temps, arrivèrent enfin de Palestine en Europe vers la fin du xm° siècle. Nous espérons que cette opinion, qui n’a été exprimée jusqu'à présent qu'avec timidité et sous forme de conjecture, aura bientôt le caractère et ‘tous les droits de la certi-
tude.
‘ D'abord, comme l’a remarqué déjà l’auteur de la chronique intitulée {a Chaîne de la tradition, elle s’accorde parfaitenient avec l’histoire de tous les autres monuments religieux du peuple juif : c'est aussi on réu-
nissant des traditions de différents âges, des leçons de
divers maîtres, liés cependant par un principe commun, qu'on a formé et la Mischna, et le Thalmud de