‹ La kabbale (volume 3)Chapitre 59 sur 202 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

n'y rencontre ou un nom, ou un fait, ou même une expression qui pourrait nous faire douter de l’authenticité de ces pages, où l'originalité de la forme donne encore plus de prix à l'élévation de la pensée. La parole y est toujours dans la bouche du maître, qui, pour convaincre ses auditeurs, .n’emploie pas d'autre méthode que celle de l'autorité. Il ne démontre pas, il n'explique pas, il ne répète pas ce que d’autres lui ont appris; mais 1l affirme, et chacune de ses paroles est . accueillie comme un article de foi. Ce caractère se fait surtout remarquer dans le Livre du mystère, qui est un résumé substantiel, mais aussi fort obscur, de tout l’ouvrage ‘. On pourrait dire de lui aussi : docebat quasi auctoritatem habens. On ne procède pas ainsi dans le reste du livre. Au lieu d’une exposition continue d’un

4, C’est à propos de ce livre, formant un traité complet en cinq chapitres, qu'on lit dans le Zohar cette gracieuse allégorie : « Qu’on « se figure un homme demeurant seul dans les montagnes et ne « connaissant pas les usages de la ville. Il ensemence du blé et ne « se nourrit que de blé à l’état naturel. Un jour cet homme se rend « à la ville. On lui présente du pain d’une bonne qualité, et il de- « mande : À quoi sert ceci? On lui répond :; C’est du pain pour « manger. Il le prend et en goûte avec plaisir. Puis il demande de « nouveau : Et de quoi cela est-il fait ? On lui répond que c’est avec « du blé. Quelque temps après on lui offre des gâteaux pétris dans « l'huile. Il en goûte, puis il demande : El ceci, de quoi cela est-il « fait? On lui répond : Avec du blé. Plus tard on met devant lui « de la pâtisserie royale pétrie avec de l'huile et du miel. Il adresse « la même question que les premières fois, et il obtient la même ré- « ponse. Alors il dit : Moi je suis le maître de toutes ces choses, je « les goûte dans leur racine, puisque je me nourris du blé dont

même ordre-d’idées ; au lieu d’un plan librement conçu, suivi avec constance, où les textes sacrés que l’auteur invoque. en témoignage vont se placer à la suite de ses propres pensées, c’est la marche incohérente et désordonnée d’un commentaire. Gependant, comme nous l'avons déjà fait observer, l'exposition de l’Écriture sainte n’est qu'un prétexie; mais il n'en est pas moins vrai que, sans sortir absolument du même cercle d’idées, on est. fréquemment conduit, par le texte, d'un sujet à un autre;. ce qui donne lieu de penser que les notes et les traditions qui se sont conservées dans l’école de Simon ben Jochaïi, au lieu d’être fondues dans un système commun d'après l’ordre logique, .ont été ajustés, suivant l'esprit du temps, aux principaux passages du Pentateuque, On est confirmé dans. cette opinion quand on s'est donné la peine de s'assurer que souvent il n'existe pas le moindre rapport entre le texte biblique et la partie du Zohar qui lui sert de commentaire. La même incohérence, le même désordre règnent dans les faits, qui, d’ailleurs, sont en petit nombre et portent un caractère assez uniforme, Ici la théologie. métaphysique ne règne plus en souveraine absolue ; mais, à côté des théories les plus hardies et les plus élevées, on ne rencontre que trop

celles sont: faites. Dans cette pensée, il restait étranger aux. délices « qu'on en tire, et ces délices étaient perdues pour lui. Il en est de « même de celui qui s'arrête aux principes généraux de la science , « car il ignore toutes les délices que l’on tire de ces principes. »

PREMIÈRE PARTIE, 427 souvent.les détails les plus matériels du culta extérieur, ou ces questions puériles auxquelles les guémaristes, semblables en cela aux casuistes de toutes les autres croyances, ont consacré tant d'années et de volumes. Aussi Le Zohar fait-il autorité en ces matières, quand le Thalmud et la Mischna gardent le silence :. lci sont rassemblés tous les arguments que les: oritiques modernes. ont fait valoir en faveur de l'opinion qui leur est commune, et dont nous croyons. avoir tout à l'heure démontré la fausseté. Enfin, tout, dans cette dernière: partie, la forme aussi bien que le fond, porte les traces. d'une époque plus récente; tandis que la simplicité, l'enthousiasme naïf et crédule qui règnent dans la première, nous rappellent souvent et le temps et le langage de la Bible. Nous ne pouvons guère-en citer qu'un.seul exemple, sans anticiper sur l'avenir : e’est le récit de la mort de Simon ben Jochaï, par rabi Aba, celui de ses disciples qu’il avait chargé de rédiger ses leçons. Nous allons essayer de le traduire. « La lampe « sainte (c’est ainsi que Simon est appelé par ses dis- « ciples) , la lampe sainte n'avait pas achevé cette der- « nière phrase, que les paroles s’arrêtèrent, et cepen- « dant j'écrivais toujours; je m'attendais à écrire encore «. longtemps, quand je n’entendis plus rien. Je ne levais

4. EL MONDD (INT) NN NIDIA WIIDN VIINY 727 C'est-à-dire, que tout ce que la Guémara n'explique pas et 72 qui se trouve expliqué dans le Zohar, fait autorité. Schalscheleth hakabalah, fol. 23 ; Abraham Zacouth, fol. 32.

« pas la tête, car la lumière était trop grande pour me « permettre de la regarder. Tout à coup je fus saisi : « j'entendais une voix qui s’écriait : De longs jours, des « années de vie et de bonheur sont maintenant devant « toi. Puis j’entendis une autre voix qui disait : Il te « demandait la vie, et toi tu lui donnes des années éter « nelles. Pendant tout le jour, le feu ne se retira pas « de la maison, et personne n'osait approcher de lui à « cause du feu et de la lumière qui l’environnaient. «Pendant tout ce jour-là, j'étais étendu à terre et je

“ÿ donnais cours à mes lamentations. Quand le feu se 4c fut retiré, je vis que la lampe sainte, que le saint des

‘à saints avait quitté ce monde. Il était là étendu, couché « sur la droite, et la face souriante. Son fils Éliézer se « leva, lui prit les mains et les couvrit de baisers ; mais « j’eusse volontiers mangé la poussière que ses: pieds . « avaient touchée, Puis tous ses amis arrivèrent pour le « pleurer,maisaucun d’eux ne pouvaitrompre lesilence. « A la fin, cependant, leurs larmes coulèrent. R. Eliézer, « son fils, se laissa jusqu’à trois fois tomber à terre, « ne pouvant articuler que ces mots : Mon père! mon « père! R. Hiah, le premier, se remit sur ses pieds, « et prononça ces paroles : Jusqu’aujourd’hui la lampe « sainte n’a cessé de nous éclairer et de veiller sur « nous; en ce moment, il ne nous reste qu'à lui rendre « les derniers honneurs. R. Éliézer et R. Aba se levè- « rent, pour le revêtir de sa robe sépulcrale; alors tous « ses amis se réunirent en tumulte autour de lui, et des

PREMIÈRE PARTIE. 329 « parfums s’exhalèrent de toute la maison. Il fut étendu : « dans la bière, et aucun autre que R. Éliézer et R. Aba « ne prit part à ce triste devoir. Quand la bière fut « enlevée, on l'aperçut à travers les airs, et un feu bril- « lait devant sa face. Puis on entendit une voix qui « disait : Venez, et réunissez-vous à la fête nuptiale de « rabi Simon... Tel fut ce rabi Simon, fils de Jochaï, « dont le Seigneur se glorifiait chaque jour. Sa part est « belle et dans ce monde et dans l'autre. C’est pour lui « qu'il a été dit : Va vers ta fin, repose en paix et co « serve ton lot jusqu’à la fin des jours ‘. » Nous ne vow lons pas, encore une fois, nous exagérer la valeur que ces lignes peuvent ajouter aux observations qui les précèdent; mais elles nous donneront au moins une idée du caractère que Simon avait aux yeux de ses disciples, et du culte religieux dont son nom est entouré dans toute l’école kabbalistique.

On trouvera sans doute, en faveur de l'opinion que nous défendons, une preuve plus évidente dans le texte suivant, que nous n'avons vu citer nulle part, quoiqu'il se trouve dans toutes les éditions, dans les plus anciennes comme dans les plus modernes. Après avoir distingué deux sortes de docteurs, ceux de la Mischna, NID VND, et ceux de la kabbale, n°2P NN. on ajoute : « C'est de ceux-ci que le prophète Daniel a « voulu parler, lorsqu'il à dit : Et les hommes intelli-

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