‹ La kabbale (volume 3)Chapitre 68 sur 202 · CHAPITRE L Es · texte numérisé non relu

CHAPITRE L Es

DE LA DOCTRINE CONTENUE DANS LES LIVRES KABBALISTIQUES. : …— ANALYSE DU SÉPHER 1ETZIRAKH.

Les deux livres que, malgré la erédulité des uns et: le scepticisme des autres, nous avons reconnus pour les vrais monuments de la kabbale, nous fourniront seuls les matériaux que nous allons faire servir à l’exposition de cette doctrine. Ce ne sera qu’en de rares occasions, quand l'obscurité des textes nous en fera une absolue nécessité, que nous ferons intervenir les commentaires et des traditions plus modernes. Mais les innombrables fragments dont ces livres se composent, empruntés sans choix et sans discernement à des époques différentes, sont loin de nous offrir tous un caractère parfaitement uniforme. Ceux-ci ne font qu'étendre le système mythologique dont les éléments les plus essentiels se trouvent déjà dans le Livre de Job et les Visions dIsaïe : ils nous font connaître, avec une grande

richesse de détails, les attributions des anges comme celles des démons, et se rapportent à des idées depuis trop longtemps populaires, pour ‘appartenir à une science, considérée dès son origine comme un secret aussi terrible qu’inviolable. Ceux-là, sans contredit, les plus récents, expriment des penchants si serviles et un pharisaïsme si étroit, qu’ils ressemblent à des traditions thalmudiques, mêlées par orgueil, autant que par ignorance, aux opirions d’une secte fameuse, dont le nom seul inspirait un respect idolâtre. Enfin, ceux qui forment le plus grand nembre nous enseignent, dans leur ensemble, la véritable croyance des anciens kabbalistes, et sont la source à laquelle ont puisé, plus vu-moins préoecüpés de la philosophie de-:leur siècle, tous les hommes qui voulurent passer, dans le temps imodernes, pour leurs disciples et leurs continuuteurs. Nous sommes cependant obligé de fatre:remærquer que cette distinction :me regarde .que le Zohär. Quant au Eivre :de da création, sur lequel notre analyse s'esereera d'abord, s'n'’est pas d'une grande étendue, si mômeil me porte pas-toujours notre ‘esprit vers des régions très élevées , il mous offre du moins une ‘ewthposition ‘très homogène et d’une rare criginalité.:LeB nuagés: dont lmagination. des commentateurs s’est plu à l’entoutrer, se: sstperont d'eux-mêmes si, au lieu d'y chercher, à leur exemple, les rnystères d’une sagesse ineffable, mous n'y voyons qu'un effort de la räison, au moment de:son réveil, pour apercevoir le plan de l'univers et

DEUXIÈME PARTIE. 143 le lien ‘qui rattache à un principe commun tous :les éléments dont il nous offre l'assemblage.

Ge n'est jamais qu'en s'appuyant sur l’idée de Dieu, qu'en ‘se faisant l'iriterprète de la volonté et de la pensée suprêémeés, que la Bible ou tout autre monument religieux nous explique le monde et les phénomènes dotit 11 est le théâtre. ‘C'est aïnsi que dans la Genèse, nous voyons la lumière sortir du néant à la parôle de Jéhovah; Jéhovah, après avoir tiré du chaos le ciel et la terre, se fait le‘juge de son œuvre ‘et la trouve digne de sa sagesse : c’est pour éclairer la terre qu'il attache au firmament ‘le soleil, la lune et les étoiles. Quand il prend de la poussière, qu'il fait passer en elle un souffle de vie pour laisser ensuite échapper de ses mains la dernière et la plus belle de ses créatures, il nous a déjà déclaré son dessein de former l'homme à son image. — Dans l’ouvrage dont ‘nous ‘essayons de rendre compte, on suit une marche tout opposée, et eette différence est très significative, quand elle sé montre pour la première fois dans Fhistoire intellectuelle d’un peuple : c'est par le spectacle du monde qu'on s'élève à l’idée de Dieu; ‘c’est par l'unité qui règne dans œuvre de la création, qu’on démontre à la fois et l’unité et la sagesse du Créateur. Telle est, comme nous l'avons dit ailleurs, la raison pour laquelle ‘le livre tout entier n'est pour ainsi dire qu'un monologue placé dans la bouche du patriarche Abraham : on suppose que les considérations qu'il renferme sont

celles qui ont porté le père des Hébreux à quitter le culte des astres pour y substituer celui de l'Éternel. Le caractère que nous venons de signaler éclate avec tant d’évidence, qu'il a été remarqué et défini avec beaucoup de justesse par un écrivain du xu° siècle. « Le Sepher tetzirah , dit Jehouda Hallévi, nous enseigne .« l'existence d’un seul Dieu, en nous montrant, au sein « de la variété et de la multiplicité, la présence de l’u- « nité et de l'harmonie; car un tel accord ne peut ve- « nir que d’un seul ordonnateur ‘,» Jusqu'ici tout est parfaitement conforme aux procédés de la raison ; mais au lieu de chercher dans l'univers les lois qui:les régissent, pour lire ensuite dans ces lois elleg-mêmes la pensée et la sagesse divines, on s’efforce d'établir une grossière analogie entre les choses et les signes de la pensée, ou les moyens par lesquels la sagesse se fait entendre et se conserve parmi les hommes. Remarquens,, avant d'aller plus loin, que le mysticisme, en quelque temps et sous quelque forme qu'il se manifeste, attache une importance sans mesure à tout ce qui peut représenter au dehors les actes de l'intelligence, et il n'y a pas encore si longtemps qu’un écrivain très connu parmi nous a voulu prouver que l'écriture n’est

4, Cuzary, Dise., 4, 8, 25. Au lieu du texte hébreu, qui serait peu compris, nous citerons l’excellente traduction espagnole de Jacob Abendana : « Enseña la deydad y la unidad por cosas que son varias y multiplicadas por una parte, pero per otra parte, son unidas y concordantes, y su union proscede del uno que los ordena. »

pas une inventign de l'humanité, mais un présent de la révélation‘. Ici il s’agit des vingt-deux lettres de l'alphabet hébreu et des dix premiers nombres qui, en conservant leur propre valeur, servent encore à l'expression de tous les autres. Réunies sous un point de vue commun, ces deux sortes de signes sont appelées les trente-deux votes merveilleuses de la Sagesse, « avec lesquelles, dit le texte, l'Éternel, le Seigneur « des armées, le Dieu d'Israël, le Dieu vivant, le Roi « de l'univers, le Dieu plein de miséricorde et de « grâce, le Dieu sublime qui demeure dans l’éternité, « le Dieu élevé et saint a fondé son nom*°.» A ces trente-deux voies de la Sagesse, qu’il ne faut pas confondre avec les distinctions subtiles et d’un ordre tout différent, admises à leur place par les kabbalistes modernes?, il faut ajouter trois autres formes, désignées par trois termes d’un sens très douteux, mais qui ont certainement, au moins par leur généalogie grammaticale, une très grande ressemblance avec ceux qui en grec désignent le sujet, l’objet et l'acte même de la pensée‘. Nous croyons avoir démontré précédemment que ces mots détachés sont entièrement

4. M. de Bonald, Recherches philosoph., chap. 3. Voyez aussi M. de Maistre, Soirées de Saint-Pétersbourg , tom. I, pag. 112 et seq.

Page 1