‹ La kabbale (volume 3)Chapitre 85 sur 202 · Pirké-Aboth et tract. Rosch-Haschanah, chap · texte numérisé non relu

Pirké-Aboth et tract. Rosch-Haschanah, chap

Dieu , puisque ces deux choses se confondent dans l’esprit , puisque les premières ne sont que les idées et les choses exprimées par les dernières. Ot, si Dieu ne pouvait pas être nommé, ou si de tous les noms qu'on lui donne aucun ne désignait une chose réelle, non seulement il ne serait pas connu de nous, mais il n’existerait pas dâvantage pour lui-même; car il ne peut se comprendre sans intelligence, ni être sage sans sagesse, ni agir sans puissance. Mais la seconde question n’est pas résolue par tous de la même manière. Les uns, se fondant sur le principe, que Dieu est immuable, ne voient dans les Séphiroth que des instruments de la puissance divine, dés créatures d’uné nature supérieure, mais complétement distinctes du premier Être. Ge sont ceux qui voudraient concilier le langage de la kabbalé avec la lettre de la loi‘. Les autres, poussant à ses dernières conséquences le jrincipe antique que rien ne vient de rien , identifient complétement les dix Séphiroth et la substance divine. Ce que le Zohar appelle En-Soph, c’est-à-dire l’Infini lui-même, n'est à leurs yeux que l’ensemble des Séphiroth, rien de plus, rien de moins; et chacune de ces dernières n’est qu’un point de vue différent de ce même infini ainsi compris*.

4. A la tête de ce parti est l'auteur du livre intitulé : les Motifs des commandements (n1%3%" 9y%), Mena’hem Rekanati, qui florissait au commencement du xrv* siècle.

2. Cette opinion est représentée par l'auteur du +17 749 (le bouchier de David ).

Entre cés deux opinions extrêmes vient se placer un système beaucoup plus profond et plus conforme à l’esprit des monuments originaux : c’est celui qui, sans corisidérer les Séphiroth comme des instruments, comme des créatures, et par conséquent comme des êtres distincts de Dieu, ne veut pourtant pas les identifier avec lui. Voici, en résumié, sur quelles idées il repose : Dieu est présent dans les Séphiroth, autrement il ne pourrait se révéler par elles; mais il ne demeure pas en elles tout entier; il n’est pas seulement ce qu’on découvre de lui sous ces formes sublimes de la pensée et de l’existence. En effet, les Séphirothi ne peuvent jamais comprendre l'infini, l'En-Soph, qui est la source même de toutes ces formes, et qui, en cette qualité, n’en a aucune : ou bien, pour me servir des termes consacrés, tandis que chaque Séphiroth a un nom bien connu, lui seul n’en a pas et ne peut pas en avoir. Dieu reste donc toujours l’Étre ineffable, incompréhensible, infini, placé au dessus de tous les mondes qui nous révélent sa présence, même le monde del'émanation. Par là on croit échapper aussi au reproche de méconnaître . limmutabilité divine : car, les dix Séphiroth peuvent être comparées à autant de vases de différentes formes ou à des verres nuancés de diverses couleurs. Quel que soit le vase dans lequel nous voulions la mesurer, l’essence absolue des choses demeure toujours la même ; et la lumière divine, comme la lumière du soleil , ne change pas de nature avec le milieu qu’elle travérse.

Ajoutons à cela que ces vases et ces milieux n'ont par eux-mêmes aucune réalité positive, aucune existence qui leur soit propre; ils représentent seulement les limites dans lesquelles la suprême essence des choses s’est renfermée elle-même, les différents degrés d'obscurité dont la divine lumière a voulu voiler sa clarté infinie, afin de se laisser contempler. De là vient qu’on à voulu reconnaître dans chaque Séphiroth deux éléments, ou plutôt deux aspects différents : l'un, purement extérieur, négatif, qui représente le corps, le vase proprement dit ( 05); l’autre, intérieur, positif, qui figure l'esprit et la lumière. C’est ainsi quon a pu parler de vases brisés qui ont laissé échapper la lumière divine. Ce’ point de vue également adopté par Isaac Loria ‘ et par Moïse Corduero *, exposé par ce dernier avec beaucoup de logique et de précision, est celui, encore une fois, que nous croyons historiquement le plus exact et sur lequel nous nous appuierons désormais avec une entière confiance comme sur la base de toute la partie métaphysique de la kabbale. Après avoir ainsi établi ce principe général sur l'auto-

4. Voy, Isaac Loria, Sépher Drouschim (Dw 177 90 ), ad init.— Cet ouvrage a été traduit par Knorr de Rosenroth et fait partie de la Kabbala denudata.

2. Voy. Pardes Rimonim (le Jardin des Grenades)}, fol. 21, 22, 23 et 24. Outre le mérite de la clarté que nous reconnaissons à Corduero, il a encore celui de rapporter fidèlement et de discuter d’une manière approfondie les opinions de ses devanciers et de ses adversaires.

rité des textes et celle des commentaires les plus estimés, il faut maintenant que nous fassions connaître le rôle particulier de chacune des Séphiroth et les diverses . manières dont on les a groupées par trinités et par personnes.

La première et la plus élevée de toutes les manifestations divines, en un mot la première séphtrah, c’est la couronne 5, ainsi nommée en raison même de la place qu'on lui donne au-dessus de toutes les autres. « Elle est, dit le texte, le principe de tous les prin- « cipes, la sagesse mystérieuse, la couronne de tout « ce qu'il y a de plus élevé, le diadème des diadèmes!.» Elle n’est pas cette totalité confuse, sans forme et sans nom, ce mystérieux inconnu qui a précédé toute chose, même les attributs, FD ?N. Elle représente l'infini, distingué du fini; son nom dans l’Écriture ‘signifie je suis, FIN, parce qu'elle est l’être en lui-même; l’être considéré d'un point de vue où l'analyse ne pénètre pas, où nulle qualification n’est admise, mais où elles sont toutes réunies en un point indivisible. C'est par ce motif qu’on l’appelle aussi le point primitif ou par excellence, MATE TIPITINUNN PI. « Quand « l'inconnu des inconnus voulut se manifester, il com- « mença par produire un point; tant que ce point lu- « mineux n'était pas sorti de son sein, l'infini était

4. pans prog 95 m2 pepnor nb nu5y sin Zohar, 3° part., fol. 288 verso. |

« enicore complétemerit ignoré et re réparidait aucune « lumière‘. » C’est ce que les kabbalistes modernes ont expliqué par une concentration absolue de Dieu en sa propre substance, 1%#3%. C'est cette concentration qui a donné naissance à l'espace, à l'air primitif ("IN 712P), qui n'est pas un vide réel, maïs un cértain degré de lumière inférieur à la création. Mais par cela même que Dieu, retiré sur lui-même, se distingue de tout ce qui est fini, limité et déterminé; par cela même qu’oh ne peut pas encote dire ce qu'il est, on le désigne par un mot qui signifié nulle chose, où le non-être, J’N. « On le nomme ainsi, dit l’Idra souta; parce que nous « ne connaissons pas, et qu’il est impossible de con- « naître ce qu’il y & dans ce principe; parce qu’il ne « descend jamais jusqu’à notre ignorance et qu'il est « au-dessus de la sagèsse elle-même*. » Nous ne pouvons pas nous empêcher de faire rémarquér que l’on retrouve la même idée et jusqu'aux mêmes expressions dans l'un des plus vastes et des plus célèbres systèmes de métaphysique dont notre époque puisse se glorifier aux yeux de la postérité. « Tout commence, dit Hègel, « par l’étre pur, qui n’est qu'une pensée entièrement in-

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