SUITE DE L’ANALYSE DU ZOHAR. — OPINION DES KABBALISTES | SUR LE MONDE
Ce que nous savons de l'opinion des kabbalistes sur la nature divine nous dispense de nous arrêter longtemps à leur manière de concevoir la création et l'origine du monde; car, au fond, ces deux choses se confondent dans leur esprit. Si Dieu: réunit en lui,
® DEUXIÈME PARTIE. 213 dans leur totalité infinie, et la pensée et l'existence, il est bien certain que rien ne peut exister, que rien ne peut être conçu en dehors de lui; mais tout ce que nous connaissons, soit par la raison, soit par l’expérience, est un développement ou un aspect particulier de l’Étre absolu : l’éternité d’une substance inerte et distincte de lui est une chimère, et la création, comme on la conçoit ordinairement, devient impossible. Cette dernière conséquence est clairement avouée dans les paroles suivantes : « Le point indivisible (l'absolu ) « n'ayant point de limites et ne pouvant pas être con- « nu, à cause de sa force et de sa pureté, s’est ré- « pandu au dehors, et a formé un pavillon qui sert « de voile à ce point indivisible. Ce pavillon , quoi- « que d’une lumière moins pure que le point, était en- « core trop éclatant pour être regardé; il s’est à son .« tour répandu au dehors, et cette extension lui a « servi de vêtement : c’est ainsi que tout se fait par un « mouvement qui descend toujours; c'est ainsi enfin que « s’est formé l'univers, Nn9yT NIIPN FPN Ne) LE Nous nous rappelons que l’être absolu et la nature visible n’ont qu'un seul nom qui signifie Dieu. Un autre passage nous apprend que la voix qui sort de l'esprit et s’identifie avec lui dans la pensée suprême, que cette voix n’est, au fond, pas autre chose que l’eau, l'air et le
4. NT2 NT DANNY NTA NT OUDNN NON HNDTD NTIPID Zohar, 47 nobyb naspno nt 051 m9 nwaÔONT HONUNT Ty part., fol. 20 recto.
feu, le nord, le midi, l’orient, l’occident, et toutes les forces de la nature ‘; mais tous ces éléments et toutes ces forces se confondent dans une seule chose, dans la voix qui sort de l'esprit. Enfin la matière, considérée sous le point de vue le plus général, c'est la partie inférieure de cette lampe mystérieuse dont nous avons vu tout à l'heure la description. Avec cette opinion, Jochaï et ses disciples prétendaient rester fidèles à -la croyance populaire, que par la seule puissance de la parole divine le monde est sorti du néant; seulement ce dernier mot, comme nous le savons déjà, avait pour eux un tout autre sens. Voici ce point de leur doctrine assez clairement exposé par l’un des commentateurs du Sepher setzirah : « Lorsqu'on affirme que les choses « ont été tirées du néant, on ne veut pas parler du « néant proprement dit; car jamais un être ne peut « venir du non-être. Mais on entend par le non-être ce « qu'on ne conçoit ni par sa cause ni par S0n essence; « c'est, en un mot, la cause des causes; c’est elle que « nous appelons le non-être primitif, YY2"# TN, parce « qu'elle est antérieure à l'univers; et par là nous « n’entendons pas seulement les objets matériels, mais « aussi la sagesse sur laquelle le monde à été fondé. « Si maintenant on demande quelle est l'essence de la « sagesse, et suivant quel mode elle est contenue dans
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16. 4re part., fol. 246 verso, sect, phon ww 027 N02 K5p ni nn. |
« le non-être ou dans la couronne suprême, personne ne « pourra répondre à cette question, car, dans le non- « être, il n’y a aucune distinction, aucun mode d’exis- « tence. On ne comprendra pas davantage comment la « sagesse se trouve unie à la vie ‘. » Tous les kabbalistes anciens ou modernes expliquent de cette manière le dogme .de la création. Mais, conséquents avec euxmêmes, ils admettaient aussi la seconde partie de l’adage : ex nthilo nihil; ils ne croyaient pas plus à l’anéantissement absolu qu’à la création comme on l’entend vulgairement. « Rien, dit le Zohar, n’est perdu « dans le monde, pas même la vapeur qui sort de notre « bouche : comme toute chose, elle a sa place et sa « destination, et le Saint, béni soit-il, la fait concourir « à ses œuvres; rien ne tombe dans le vide, pas même « les paroles et la voix de l’homme; mais tout a sa « place et sa destination ?. » C’est un vieillard inconnu qui prononce ces paroles devant plusieurs disciples de Jochaï ; et il faut que ceux-ci y reconnaissent un. des articles les plus mystérieux de leur foi, puisqu'ils s'empressent de les interrompre par ces mots : « O. « vieillard, qu'as-tu fait ? N’eût-1l pas mieux valu gar- « der le silence ? Car maintenant te voilà emporté, « sans voile et sans mât, sur une mer immense. Si tu « voulais monter, tu ne le pourrais plus, et en des-
41. Commentaire d’Abram ben Dior, 13N1, sur le Sépher setsirgh. Voyez édit. Rittangel, pag. 65 et seq. | 2. Zohar, 2° part., fol. 400 verso, sect. D'mowE. -
« cendant tu rencontrerais un abîme sans fond ‘. » fls lui citent l'exemple de leur maître, qui, toujours réservé dans ses expressions, ne s’aventurait pas sur cette mer sans se ménager un moyen de retour; c’està-dire qu’il cachait ses pensées sous le voile de l’altégorie. Cependant le même principe est énoncé un peu plus loin avec une entière franchise. « Toutes les cho- « ses, disent-ils, dont ce monde est composé, l'esprit « aussi bien que le corps, rentreront dans le principe « et dans la racine dont elles sont sorties *. Il est le « commencement et la fin de tous les degrés de la créa- « tion ; tous ces degrés sont marqués de son sceau, et « on ne peut le nommer autrement que par l'unité; il « est l’être unique, malgré les formes innombrables :« dont il est revêtu ?. » |
Si Dieu est à la fois la cause et la substance, ou, comme dirait Spinosa, la cause immanente de l'univers, celui-ci devient nécessairement le chef-d'œuvre de la perfection, de la sagesse et de la bonté suprêmes. Pour rendre cette idée, les kabbalistes se servent d’une expression assez originale, que plusieurs mystiques modernes, entre autres Boehme et Saint-Martin, reprodui-
4. Zohar, 5b. | 2. po27 now TION NApDO 47102 d1N NOT PoD 52 * e part., fol. 248 verso. 11009 NUD51 MD ND 130 5. 4102 Jan 172 DNDANNT VOA TANT LS woïnt nur pPaD DUT MS DONT AJNT MRIMNO MIN NÔN 77 NOT 4re part., fol. 21 recto. “nn NON vin 1Nû
sent fréquemment dansleurs ouvrages : ils appellent la nature une bénédiction, et ils regardent comme un fait très significatif que la lettre par laquelle Moïse a commencé le récit de la création, MN , entre également la première dans le mot qui signifie bénir, ‘19%. Rien n’est absolument mauvais, rien n’est maudit pour toujours, pas même l’archange du mal ou la bête venimeuse, N°2 NYM7, comme ils l’appellent quelquefois. Il viendra un temps où elle retrouvera et son nom et sa nature d'ange *. Du reste, la sagesse n’est pas moins visible ici-bas que la bonté, puisque l'univers a été créé par la parole divine, et qu’il n’est lui-même pas autre chose que cette parole : or, dans le langage mystique du Zohar, l'expression articulée de la pensée divine, c'est, comme nousl’avons déjà appris, l'ensemble de tous les êtres particuliers existant en germe dans les formes éternelles de la sagesse supé-
4. ma nOûy ma2 Soonwx 7593 JDD vPN nIAT 732 4re part., fol. 205 verso, sect. W2371:%72nN 2. Son nom mystique est oôNMD, Samaël. On en retranchera, dans les temps à venir, la première moitié, qui signifie poison ; la seconde est le nom commun de tous les anges. La même idée est encore exprimée sous une autre forme : après avoir démontré par un procédé kabbalistique ( n'112°3) que le nom de Dieu comprend tous les côtés de l'univers, à l'exception du nord, réservé aux méchants comme un lieu d'expiation, on ajoute qu'à la fin des temps ce côté rentrera comme les autres dans le nom ineffable. L'enfer disparaîtra, il n’y aura plus ni châtiment, ni épreuves, ni coupables. La vie sera une éternelle fête, un sabbat sans fin. (M. Corduero, Pardes Rimonim, fol. 10 verso, et Isaac Loria, Emek Hamelech, chap. 4°.
rieure. Mais aueur des passages que nous avons déjà cités, ou que nous pourrions citer encore à l'appui de ce principe, ne peut offrir plus d'intérêt que celui-ci : « Le Saint, béni soit-il, avait déjà créé et détruit plu- « sieurs mondes, avant d'arrêter dans sa pensée la créa- « tion de celui où nous vivons; et lorsque cette der- « nière œuvre fut sur le point de s’accomplir , toutes « les choses de ce monde, toutes les créatures de l’u- « nivers, avant d'appartenir à l’univers et dans quelque « temps qu’elles dussent exister, se trouvaient devant « Dieu sous leurs vraies formes. C’est ainsi qu'il faut « entendre ces paroles de l'Ecclésiaste : Ce qui a été « autrefois sera aubsi dans l’avenir, et tout ce qui sera « a déjà été ‘. Tout le monde inférieur a été fait à la « ressemblance du monde supérieur : tout ce qui existe « dans le monde supérieur nous apparaîtici-bas, comme « dans une image ; et tout cela n’est cependant qu’une « seule chose *. » | |
De cette croyance si élevée, si large, et que l'on retrouve, plus ou moins mélangée, dans tous les grands systèmes de métaphysique, les kabbalistes ont tiré une conséquence qui les ramène entièrement au mystieisme:
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3° part., fol 61 verso. 1022072 MDP PDP AN NA