éandre, p. 17G, Doclrinc de Mcrciic
LA KABBALE ET LE CIlRISTL\NISilE. 2C5
ccau; car, malgré le mystère impénétrable dont elles étaient entourées chez les docteurs de la synagogue, nous les trouvons, sous une forme, il est vrai, moins abstraite et moins pure, dans la capitale infidèle des Samaritains et chez les hérétiques de la Syrie. Peu importe qu'ici, enseignées au peuple comme fondement delà religion, elles aient le caractère des personnifications mythologiques', tandis que là, devenues le partage des intelligences d'élite, elles constituent plutôt un vaste et profond système de métaphysique; le fond de ces idées demeure toujours le môme, rien n'est changé dans les rapports qui existent entre elles, ni dans les formules dont elles sont revêtues, ni dans les traditions plus ou moins bizarres qui les accompagnent. Il nous reste donc encore à rechercher de quelle partie, de quelle religion de l'Orient elles ont pu sortir pour pénétrer immédiatement dans le judaïsme, et de là dans les différents systèmes que nous avons mentionnés. C'est le dernier pas qu'il nous reste à faire pour avoir terminé entièrement notre lâche.
1. Déjà l'iotin avait remarqué, avec sa profondeur habiluelle, que le gnoslicisme ca général assimilait les choses intelligibles à la nature sensible et matérielle : Naluram inlclli(jihilem in simililudinein dcduciml sensihiUs deferioiisqtic nalurœ. 1"' Ennéade, liv. IX, cliap. vi.
CnAPlTRE Y
S'il existe quelque part, dans les limites où nous devons maintenant circonscrire nos recherches, un peuple distingué par sa civilisation aussi bien que par sa puissance politique, qui ait exercé sur les Hébreux une influence immédiate et prolongée, c'est évidemment dans son sein que l'on pourra découvrir la solution du problème que nous venons de soulever. Eh bien, ces conditions, nous les trouvons remplies, même au delà des exigences de la critique, chez les Chaldéens et les Perses, réunis en une seule nation par les armes de Cyrus et la religion de Zoroastre. Pourrait-on, en effet, imaginer dans la vie d'un peuple un événement plus propre à altérer sa constitution morale, à modifier ses idées et ses mœurs, que ce mémorable exil appelé la captivité de Babylone? Serait-ce donc impunément pour les uns et pour les autres que les Israélites, prêtres et laïques, docteurs et gens du peuple, auraient passé soixante et dix ans dans le pays de leurs vainqueurs? Nous avons déjà cité un passage du Thabnuil où les pères de la synagogue reconnaissent formellement que leurs ancêtres ont rapporté de la terre de l'exil les noms des anges, les noms des mois et
mùma les lettres de l'alphabet. Or il n'est guère permis de supposer que les noms des mois n'aient pas été accompagnés de certaines connaissances astronomiques*, probablement celles que nous avons rencontrées dans le Scpher ietzirah, et que les noms des anges aient pu être séparés de toute la hiérarchie céleste ou infernale adoptée chez les mages. Aussi n'est-ce pas d'hier qu'on a fait la remarque que Satan se montre pour la première fois, chez les écrivains sacrés, dans l'histoire du Chaldéen Job. Cette riche et savante mythologie, adoptée par le Thalmud, répandue dans les Midraschim, forme aussi \a partie poétique et, si je puis me servir de cette expression, l'enveloppe extérieure du Zohar. Mais ce n'est })as sur ce fait depuis longtemps reconnu que nous voulons insister. Laissant les Chaldéens, dont nous n'avons aucun monument de quelque étendue et d'une entière certitude, qui d'ailleurs ont été vaincus moralement et matériellement par les Perses avant le retour des Hébreux dans la Terre-Sainte, nous allons montrer, je ne dis pas les principes les plus généraux, mais à peu près tous les éléments de la kabbale, dans le Z end Av esta et les commentaires religieux qui en dépendent. Nous ferons remarquer en passant qu'à une époque où l'on est aussi curieux de toutes les origines, ce vaste et admirable monument, déjà connu parmi nous depuis plus d'un siècle, n'a pas encore rendu à la philosophie histori(|ue, la véritable science de l'esprit humain, tous les services qu'elle est en droit d'en attendre. Nous n'avons pas la prétention de combler ce vide; mais nous espérons rendre visible la Irans-
1. Je devrais aussi dire astrologiques, car, à partir de cette époque, l'inlluence des astres joue un très grand rôle dans les idées religieuses du peuple juif. Le Tludmud reconnaît des jours heureux et des jours néfastes; et, inênie encore aujourd'hui, les Israélites, quand ils veulent se témoigner inuluellenient de l'intérêt, dans quelque grande circonstance de la vie, se souhaitent une heureuse influence de la part des étoiles (3,112 S'D)-
mission des idées entre la Perse et la Judée, comme nous l'avons déjà fait en partie pour les rapports de la Judée avec Alexandrie.
D'abord, tous les chronologistes, soit juifs ou chrétiens*, s'accordent à dire que la première délivrance des Israélites, retenus captifs enChaldée depuis Nabuchodonosor% a eu lieu durant les premières années du règne de Cyrus sur Babylone, de 550 à 55(3 ans avant l'ère chrétienne. C'est dans celle période si limitée que se renferme toutes les divergences d'opinion qui existent entre eux. Or, si nous croyons aux calculs d'AnquetiI-Duperron% Zoroastre avait déjà commencé sa mission religieuse en 549, c'est-à-dire au moins quatorze ans avant le premier retour des captifs hébreux dans leur patrie. Il était alors âgé de quarante ans; l'époque la plus brillante de sa vie venait de s'ouvrir, et elle se prolonge jusqu'en 559. C'est pendant ces dix années que Zoroastre convertit à sa loi toute la cour et tout le royaume du roi Gustasp, que l'on croit être Hystaspe, père de Darius. C'est durant ces dix années que la réputation du nouveau prophète va effrayer jusqu'aux brahmines de l'Inde, et que l'un d'entre eux, arrivé chez le roi Gustasp, pour confondre ce qu'il appelle un imposteur, est obligé de céder, comme tout ce qui l'entoure, à l'irrésistible puissance de son adversaire. Enfin, de 550 à 524, Zoroastre enseigne publiquement sa religion dans la capitale de l'enijiire babylonien,
1. Scaliger, Ememlaliotempor., p. 57G. — Alph. Desvignoles, Chronologie, 1. II, p. 582. — Bossuet, Hisi. universelle, t. H. — Scder Olani llaha, chap. xxis, p. 86. — David Ganz, liv. I, année 5592, et liv. II, 5590. — Zunz, les Vingtquatre livres de l'Écriture Saiyite, table chronologique reproduite dans le •lome XVIII de la Bible de Cahen. — Pour se convaincre de l'accord des chronologistes juifs et chrétiens, il faut seulement remarquer que les premiers ont fixé l'avènement du Christ à lu date conventionnelle de 57G0 ans depuis la création.