‹ La kabbaleChapitre 121 sur 224 · SDï?cn nai^rn · texte numérisé non relu

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504 LA KABIiALE.

à chaque péclié. Mais, après avoir fait son compte, il resta persuadé que le nomljre de ses péclie's était trop grand pour qu'il put jamais les expier de cette façon, et il se mit en tète de se laisser mourir de faim. Après avoir jei!mé quelque temps, il vint à passer par l'endroit qu'habitait mon père, et, sans prévenir qui que ce fût de la maison, il s'en alla tout droit dans la grange, où il tomba sans connaissance. Mon père, étant survenu par hasard, trouva cet homme, qu'il connaissait depuis longtemps, étendu par terre à demi mort et tenant à la main un Zohar, le livre le plus important de la kabbale.

(( Mon père savait à qui il avait affaire et se procura aussitôt une foule de rafraîchissements; mais toutes ses instances furent vaines, il ne put rien lui faire accepter ; plusieurs fois il revint à la charge, et toujours il trouva Simon inflexible; ayant à la fm quelque occupation qui l'appelait dans l'intérieur de la maison, il fut obligé d'abandonner son hôte pour quelques instants; aussitôt celui-ci, pour se délivrer de toute importunité, rassembla ses forces et parvint à se traîner hors de la maison et même hors du village. Quand mon père retourna dans la grange et la trouva vide, il se mit à courir après lui et le trouva mort non loin du village. Le fait se répandit parmi les juifs, et Simon fut regardé comme un saint. '

1, Ourr. cilc, l. I, thap. xvi.

LA SECTE DES ZOIIAUISTES OU ANTITIIALiMUDISTES

Vers l'an 1750, un certain Jacob Frank, né en Pologne en 1712, qui avait exercé dans sa jeunesse le métier de distillateur, et plu 5 tard avait séjourné en Crimée et dans d'autres provinces turques adjacentes, revint de là avec la réputation de kabbaliste. Il s'établit en Podolie et se fit, parmi les juifs polonais et quelques-uns de leurs rabbins les plus fameux, un parti considérable, dans lequel entrèrent des communautés entières: par exemple, celles de Landskron, Biisk, Osiran, et plusieurs autres. Il répandit parmi eux la doctrine de Sabbathaï-Zévy, non sans y apporter toutefois les modifications qu'il jugeait convenables, et composa dans ce but un ouvrage qu'il fit circuler manuscrit parmi ses disciples. On ne pouvait lui reprocber d'en imposer par des jongleries, comme sespréde'cesseurs et comme Bescht-, son rival contemporain; car il agissait uniquement par la persuasion et par l'ascendant que lui donnaient des manières pleines de distinction.

Jaloux de sa réputation, les rabbins persécutèrent Frank et ses partisans avec une violente aniniosité. Un jour que Frank et un grand nombre de ses sectaires avaient entrepris un pèlerinage à Salonique, où demeurait alors leur corypliée Bcracbiab, les rabbins les dénoncèrent au gouvernement polonais; et, sur leurs instances, tous nos pèlerins furent arrêtés à la frontière et tenus dans une étroite captivité. Les sectaires curent recours à l'évèquc de Podolie, alors très puissant, et, en effet, celui-ci leur procura une sauvegarde royale qui leur permit de vivre en Pologne conformément à leurs principes, d'y fonder une secte distincte

1. Le fragment qu'on va lire est en grande partie Irailiiit d'un liistoricn allemand, frcquonmiciit cité dans le cours de eut ouvrag(\ l'el(M' Uoer, Histoire des doctrines cl opinions des sortes religieuses chez les Juifs, t. IF, p. 5U9 et suiv.

2. C'est ainsi qu'un appi-lle i)ar aljrévialion le l'ondatcur de la secte des nouveaux 'Ilassidiin, Israël Iîa:ilsiliein. Voir rap])eiiJi(X' précédent.

sous le nom de zoharites ou à' antilhahniidistes, parce qu'ils adoptaient le Zohar ou le système kabbalistique comme le fondement de leur religion, et rejetaient le Thahniid. Avant que cette décision fût prise, les deux partis soutinrent, dans les églises de Kamienitz, Podolsky et Lemberg, différentes controverses en présence de plusieurs évêques et officiers de la couronne. En cette circonstance, la nouvelle secte fit publiquement sa profession de foi, qui consistait dans les propositions suivantes' :

« 1° Nous croyons à tout ce que Dieu nous a, de temps immémorial, communiqué par la tradition et la révélation, et nous nous regardons comme tenus, non seulement à pratiquer ce qui nous est commandé par sa loi, mais encore à pénétrer plus avant dans le sens de nos doctrines, afin d'y découvrir aussi les mystères qui y sont renfermés. Car Dieu n'a-t-il pas dit à Abraham [Gen., XVII, H) ; « Je suis le Tout- « Puissant; marche devant moi, et sois sincère » ? N'a-t-il pas dit ailleurs [Deuléronome, X, 12) : « Et maintenant, Israël, que demande de toi « l'Éternel, ton Dieu, sinon de craindre l'Éternel, ton Dieu, de marcher « dans toutes ses voies et de l'aimer; de servir l'Éternel, ton Dieu, de « tout ton cœur et de toute ton âme; c'est-à-dire de garder les com- « mandements de l'Éternel et les statuts que je t'impose aujourd'hui pour (( ton bien »? Tout cela prouve qu'il faut être fidèle à Dieu et à ses préceptes, et s'appliquer à comprendre clairement le sens de la loi; il faut en outre le respect du Seigneur : « La crainte de Dieu est le com- « mencement de la sagesse. » {Prov., III, 10.)

« Cependant l'amour et la crainte de Dieu ne sont point suffisants : il faut aussi que l'homme reconnaisse la grandeur de Dieu dans ses œuvres. C'est d'après ce principe que David, sur son lit de mort, disait à son fils Salomon [Chroniques, I, 28, 9) : « Reconnais le Dieu de « ton père et sers-le » . La-dessus le Zohar demande : « Pourquoi lui « a-t-il recommandé d'abord de connaître Dieu, et seulement ensuite de « le servir? C'est qu'un culte divin qui n'a pas été précédé de la con- « naissance de Dieu n'a aucune valeur. » Il faut que ce culte soit fondé sur la sagesse et la vérité. « La sagesse », dit le Nouveau Zohar, au nom de Simon ben Jocliaï, « la sagesse qui est nécessaire à l'homme « consiste à réfléchir sur les secrets du Seigneur, et tout homme qui « abandonne ce monde sans avoir acquis cette connaissance sera repoussé

1. Celte profession de foi, rcdig^ée en polonais et en hébreu rabbinique, a clé publiée simultanément dans ces deux langues, à I.cmbcrg. Comme elle paraissait trop longue à rapporter tout enlière, on s'est contenté d'en donner des extraits qui siil'liront à en faire connaître rc5i>rit.

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« de toutes les portes du paradis, quel que soit le nombre des bonnes « œuvres dont il pourra d'ailleurs être accompagné. »

« Nous lisons dans le même livre : « Celui qui ne sait pas honorer « le nom de son Dieu, il vaudrait mieux pour lui qu'il n'eût pas été « créé; car Dieu n'a mis l'homme en ce monde que pour qu'il s'efforce « d'approfondir les mystères renfermés dans son divin nom. » A propos de ces paroles de David (Ps. 145, 18) : « Dieu est près de ceux qui l'in- « voquent avec sincérité », le Zohar demande : « Est-il donc possible « de ne pas invoquer Dieu sincèrement? » Et il répond : « Oui. Car « celui qui invoque Dieu et ne comprend pas quel est celui qu'il invoque, « celui-là est dans l'erreur. Par là il est démontré que c'est un devoir « pour tout homme de croire en Dieu et à sa révélation, d'étudier ses « lois, de le reconnaître, lui, ses lois et ses jugements, et d'approfondir « les mystères de la Thora. Celui qui croit de cette manière accomplit la « volonté et l'ordre de Dieu, et celui-là seul mérite réellement le nom « d'Israélite. »

« 2" Nous croyons que Moïse, les prophètes et tous nos maîtres qui les ont précédés s'expriment souvent dans leurs écrits d'une manière figurée, et qu'un sens mystérieux se cache sous leurs paroles. Ces écrits sont semblables à une femme voilée qui n'expose pas sa beauté à tous les yeux, mais qui exige de ses adorateurs qu'ils se donnent quelque peine pour soulever le voile qui la couvre. C'est ainsi que le voile du symbole enveloppe ces paroles, et toute la sagesse humaine ne parviendrait pas à le soulever, sans l'assistance d'une grâce céleste. En d'autres termes, il est parlé dans la Thora de choses qui ne doivent nullement être prises à la lettre; mais il faut invoquer l'esprit de Dieu, afin qu'il nous aide à découvrir le fruit renfermé sous l'écorce. »

« Nous croyons donc qu'il ne suffit pas de lire les prophètes et d'en comprendre le sens littéral, mais qu'une assistance divine est nécessaire pour pénétrer le sens réel d'une foule de passages. C'est pourquoi David s'écrie (Ps. 119, 18) : « Ouvre-moi les yeux, ô Seigneur, afin que je « contemple les merveilles de ta loi ». Si David eût pu tout comprendre à l'aide de l'enseignement ou de ses propres recherches, de quel besoin lui aurait été le secours divin? Mais il l'invoquait, ce secours, afin de pouvoir approfonchr les mystères renfermés dans la loi. « Malheur, dit « le Zohar, malheur à l'homme qui ne voit dans la loi que de simples « récits et des paroles ordinaires! Car, si réellement elle ne renfermait « que cela, nous pourrions, même aujourd'hui, composer aussi une loi

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