‹ La kabbaleChapitre 16 sur 224 · Ib. siipr · texte numérisé non relu

Ib. siipr

4. MaïmoniJos, Moreh Nebouchim, ib. supr. cnn mScntl? p£D TNI

■<:;n"' idï"; "^iri' rn*2NS 1211:"' cnn D^:"':*;n nn:n2 c':-::* Sy nm?3

48 LA KADBALE,

sages, une fois par semaine, disaient à l'oreille de quelques disciples choisis? Ce que le Thalmud appelle la connaissance des noms de Dieu, n'est donc autre chose, dit Maïmonides en terminant, qu'une bonne partie de la science de Dieu ou de la métaphysique (nin^N .1523" nïp) ; et c'est pour cela qu'on la dit à l'épreuve de l'oubli; car l'oubli n'est pas possible pour les idées qui ont leur siège dans Vintelligence active, c'est-à-dire dans la raison ' . Il serait diflicile de ne pas se rendre à ces réflexions, que la science profonde, que l'autorité généralement i-econnue du thalmudiste* ne recommande pas moins que le bon sens du libre penseur. Nous y ajouterons une seule observation, d'une importance sans doute fort contestable aux yeux de la saine raison, mais qui n'est pourtant pas sans valeur dans l'ordre d'idées sur lequel portent ces recherches, et que nous sommes obligés d'accepter comme un fait historique : en comptant toutes les lettres dont se composent les noms hébreux, les noms sacramentels des dix séphiroth de la kabbale, et en ajoutant au nom de la dernière la particule finale, comme cela se pratique dans toutes les énumérations et dans toutes les langues, on obtient exactement le nombre quarante-deux'. iN'est-il donc pas permis de penser que c'est le nom trois fois saint que l'on ne confiait qu'en tremblant à l'élite môme des sages? Nous y trouverions la pleine justification de toutes les remarques faites par Maïmonides. D'abord ces quarante-deux lettres forment, en effet, non pas un nom,

1. ib. loc. cit. j^i^rc) D^rhan nir^ni D^iiin^zn nnEDi nxnnn -qdt

h'J^zr^ S-rn n:;rn Si ^nzwh iu;2\s' \s nronn

2. Maïmonides n'est pas seulement l'auteur de l'ouvrage philosophique appelé 3Ioreh Neboiichim, il a aussi composé, sous le titre de Main forte (np'n T)y i-'" gi'aiid ouvrage thalmudique qui est encore aujourd'hui le manuel obligé des rabbins.

3. Voici ces noms et les chiffres qui indiquent le nombre de leurs

6633SSD 3

lettres : tiD^i n'ùS)2 Tin nï: n'iNsn n^nsa nbna nra n^zzn idd

comme on l'entend vulgairement, mais plusieurs mots. De plus, chacun de ces mots exprime, au moins dans l'opinion des kabbalistes , un attribut essentiel de la nature divine, ou, ce qui est pour eux la même chose, une des formes nécessaires de l'Etre proprement dit. Enfin , tous représentent, selon la science kabbalistique, selon le Zohar et tous ses commentateurs, la définition la plus exacte que notre intelligence puisse concevoir du principe suprême de toutes choses. Cette manière de concevoir Dieu étant séparée par un abîme des croyances vulgaires, on comprendrait très bien toutes les précautions prises pour ne pas la laisser sortir du cercle des initiés. Cependant, nous n'insisterons pas sur ce point, dont nous sommes loin, encore une fois, de nous exagérer l'importance ; il nous suffit, pour le moment, d'avoir montré jusqu'à l'évidence le fait général qui ressort de toutes ces citations.

Il existait donc, à l'époque où la Mischna fut rédigée, une doctrine secrète sur la création et sur la nature divine. On s'accordait sur la manière dont cette doctrine devait être divisée, et son nom excitait chez ceux-là mômes qui ne pouvaient la connaître une sorte de terreur religieuse. Mais depuis quand existait-elle? Et si nous ne pouvons pas déterminer avec précision le temps de sa naissance, quel est du moins celui où commencent seulement les ténèbres qui enveloppent son origine? C'est à cette question que nous allons maintenant essayer de répondre. De l'avis des historiens les plus dignes de notre confiance, la rédaction de la Mischna fut terminée au plus tard en l'an 5949 de la création, et 189 de la naissance du Christ*. Or, il faut nous rappeler que Judas le Saint n'a fait que recueillir les préceptes et les traditions qui lui furent transmis par les liiannaïm ses prédécesseurs; par conséquent, les paroles que

1. Voyez Schalschelelh Jiakabalah, ou la Chaîne de la Iradilion, par R. Gucdalia, fui. 25, vers., et David Ganz, Tzemach David, fol. 25, rect.

nous avons citées les premières, celles qui défendent de livrer imprudemment les secrets de la création et de la Mercaba, sont plus anciennes que le livre qui les renferme. Nous ne savons pas, il est vrai, qui est l'auteur de ces paroles ; mais cela môme est une preuve de plus en faveur de leur antiquité; car si elles n'exprimaient que l'opinion d'un seul, elles ne seraient pas revêtues d'une autorité suffisante pour faire loi, et, comme on le fait toujours en pareille circonstance, on nommerait celui qui doit en être responsable. En outre, la doctrine elle-même est nécessairement antérieure à la loi qui interdit de la divulguer. Il fallait qu'elle fût connue, qu'elle eût acquis déjà une certaine autorité, avant qu'on aperçût le danger de la répandre, je ne dirai pas dans le peuple, mais parmi les docteurs et les maîtres en Israël. Nous pouvons donc, sans crainte d'être trop téméraire, la faire remonter au moins jusqu'à la fin du premier siècle de l'ère chrétienne. C'est précisément le temps où vivaient Akiba et Simon ben Jochaï, à qui les kabbalistes attribuent la composition de leurs livres les plus importants et les plus célèbres. C'est aussi dans cette génération qu'il faut comprendre rabbiJossé deSepphorisjmsïT ^dii i, queVIdra Raba, l'un des plus anciens et des plus remarquables fragments du Zohar, compte au nombre des amis intimes, des plus fervents disciples de Simon ben Jochaï. C'est évidemment celui à qui le traité thalmudique, dont nous avons fait la plupart de nos citations, attribue la connaissance de la sainte Mercaba '. Au nombre des autorités qui témoignent de l'antiquité, sinon des livres, du moins des idées kabbalistiques, nous n'hésitons pas à placer la traduction chaldaïque des Ciwi livres de Moïse, qui porte le nom d'Onkelos.

Tel est le respect inspiré tout d'abord par cette traduclion fameuse, qu'elle parut une révélation divine. On sup-

ANTIQUITÉ DE Li KABBALE. '51

pose, dans le Thalmud de Babylone *, que Moïse la reçut sur le mont Sinaï en môme temps que la loi écrite et la loi orale; qu'elle arriva par tradition jusqu'au temps des thannaïm, et qu'Onkelos eut seulement la gloire de l'écrire. Un grand nombre de théologiens modernes ont cru y trouver les bases du christianisme; ils ont prétendu surtout reconnaître le nom de la seconde personne divine dans le mot Mêimra, »xin^a, qui signifie en effet la parole ou la pensée, et que l'auteur a partout substitué au nom de Jéhovah ^ Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il règne dans ce livre un esprit tout opposé à celui de la Mischna, à celui du Thalmud, à celui du judaïsme vulgaire, à celui du Penlateuque luimême; en un mot, les traces de mysticisme n'y sont pas rares. Partout où cela est possible et d'une certaine importance, une idée est mise à la place d'un fait et d'une image, le sens littéral est sacrifié au sens spirituel, et l'anthropomorphisme détruit pour laisser voir dans leur nudité les attributs divins.

Dans un temps où le culte de la lettre allait jusqu'à l'idolâtrie; où des hommes passaient leur vie à compter les versets, les mots et les lettres de la loi'; où les précepteurs officiels, les représentants légitimes de la religion ne voyaient rien de mieux à faire que d'écraser l'intelligence aussi bien que la volonté sous une masse toujours croissante de pratiques extérieures, cette aversion pour tout ce qui est matériel et positif, cette habitude de sacrifier souvent et la grammaire et l'histoire aux intérêts d'un idéalisme exalté, nous révèlent infailliblement l'existence d'une doctrine secrète, qui a tous

\. Traité de Kidouschin, fol. 49, rect.

2. Voyez surtout Ritlangcl, son coinmenlaire et sa traduction du Scplicr ietzirah, page 84.

3. Thalmud Babyl., Irailc de Kidonschiii, fol. 50, rect. De là, si nous en croyons les thalmudistes, vient le mot isidj 1"' signifie compter, que l'on a traduit par celui de scribe.

les caractères avec toutes les prétentions du mysticisme, et qui sans doute ne date pas du jour où elle a osé parler un langage aussi clair. Enfin, sans y attacher trop d'importance, nous ne pouvons pas nous empêcher de faire encore cette observation : nous avons dit ailleurs que pour arriver à leurs fins, pour introduire en quelque sorte leurs propres idées dans les termes mêmes de la révélation, les kabbalistes avaient quelquefois recours à des moyens peu rationnels. L'un de ces moyens, qui consistait à former un alphabet nouveau en changeant la valeur des lettres, ou plutôt en les substituant les unes aux autres dans un ordre déterminé, est employé fréquemment dans le Thalmud et mis en usage dans une traduction encore plus ancienne que celle dont nous venons de parler, dans la paraphrase chaldaïque de Jonathan ben Ouziel', contemporain et disciple de Hillel le Yieux, qui enseignait avec une grande autorité pendant les premières années du règne d'IIérode*. Il est vrai que des procédés semblables peuvent servir indistinctement aux idées les plus diverses; mais on n'invente pas une langue

1. Nous voulons parler de l'alphabet kabbalistique appelé Ath Bascli, y;^ j-|{<, parce qu'il consiste à donner à la première lettre, aleph, la valeur de la dernière, </ja?<, et réciproquement; à remplacer la seconde, beth, par l'avant-dernière, schhi, et ainsi de toutes les autres. Au moyen de ce procédé, le paraphrasle chaldéen traduit par le nom de Babel, ^^2, celui de Sésac, -jy;^7) qu'on lit dans Jéréaiie, ch. li, v. 41, et qui n'a par lui-même aucun sens. C'est de la même manière que, dans un autre passage de Jérémie, ch. li, v. 1, il convertit ces deux mots, tj^p 3,^, qui signifient le cœur de mes adversaires, en celui de Qi-t/'D? qu'on traduit par Chaldcens. On suppose que le prophète hébreu, captif dans l'empire de Babylone, ne pouvait pas le nommer en le menaçant des vengeances du ciel. Mais une telle supposition ne peut se comprendre, lorsque, dans le même chapitre et sous l'influence du même sentiment, les noms de Babel et des Chaldcens y sont fréquemment répétés. Quoi qu'il en soit, cette traduction a été conservée par saint Jérôme (voyez ses Œuvres, t. IV, Comment, sur Jérémie) et Raschi.

2. Voyez Schalschelcth hakahalah, fol. 18, rcct. et vers., et David Ganz, fol. li>, rect., édit. d'Amsterdam.

artificielle dont on garde la clef à volonté, si l'on n'a pas résolu de cacher sa pensée, au moins au grand nombre. En outre, quoique le Thalmud emploie souvent des méthodes analogues, celle que nous venons de signaler, et que nous avons lieu de croire la plus ancienne, y est tout à fait étrangère. Entièrement isolé, ce dernier fait ne serait pas sans doute une démonstration puissante, mais, ajouté à ceux qui ont déjà occupé notre attention, il ne doit pas être négligé. Tous réunis et comparés entre eux, ils nous donnent le droit d'affirmer qu'avant la fin du premier siècle de l'ère chrétienne il se répandait mystérieusement parmi les Juifs une science profondément vénérée, que l'on distinguait de la Mischna, du Thalmud et des livres saints; une doctrine mystique évidemment enfantée par le besoin de réflexion et d'indépendance, je dirais volontiers de philosophie, et qui cependant invoquait en sa faveur l'autorité réunie de la tradition et des Ecritures,

Les dépositaires de celle doctrine, que dès à présent nous ne craignons pas de désigner sous le nom de kabbalistes, ne doivent ni ne peuvent être confondus avec les Essénicns, dont e nom était déjà connu à une époque bien plus reculée, mais qui ont conservé jusque sous le règne de Justinien* leurs habitudes et leurs croyances. En effet, si nous nous en rapportons à Josèphe^ et à Philon% les seuls qui méritent sur ce point d'être écoutés avec confiance, le but de celte secte fameuse était essentiellement moral et pratique; elle voulait faii'e régner parmi les hommes ces sentiments d'égalilé et de fralernilé qui furent enseignés plus tard avec tant d'éclat par le fondateur et les apôtres du christianisme. La kabbale, au contraire, d'après les anciens témoignages que nous avons rapportés, était une science toute spéculative qui

\. Peter Bccr, l" partie, p. 88.

Page 1