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aux lettres, nous font comprendre comment l'ignorance et la superstition ont plus tard abusé de ce principe; comment se sont répandues les fables que nous avons rapportées; comment enfin s'est formé ce qu'on appelle la kabbale pratique, qui donne à des nombres et à des lettres le pouvoir de changer le cours de la nature.
La forme en est simple et grave; rien qui ressemble, même de loin, à une démonstration ou à un raisonnement; ce ne sont que des aphorismes distribués dans un ordre assez régulier, mais qui ont toute la concision des anciens oracles. Un fait qui nous a beaucoup frappé, c'est que le terme qui fut plus tard exclusivement consacre à l'àme y est encore employé, comme dans le Penlateuquc et dans toute l'étendue de l'Ancien Testament, pour désigner le corps humain, tant que la vie ne l'a pas abandonné'. Il est vrai qu'oii y^ trouve plusieurs mots d'origine étrangère : les noms des sept planètes et du dragon céleste, plusieurs fois mentionnés dans ce livre, appartiennent évidemment à la langue aussi bien qu'à la science des Chaldéens, qui, pendant la captivité de Babylone, ont exercé sur les Hébreux une influence toute-puissante^ Mais on n'y rencontrera pas
1. Nous voulons parler du mot Ncphesch, ns;:- I^ est évident qu'il ne peut pas s'appliquer à l'àme dans les passages suivants : 1° quand on parle de ceux qui, selon le sens lilléral du texte, étaient sortis de la cuisse de Jacob, ^3 IZiV ^*<2f1 nC^nïQ Ipy^b nNin k^r^ri' Genèse, 4G, 26; 2° quand on permet de préparer, pendant le premier jour de Pâques, ce qui est nécessaire à la nourriture de chacun, ^:}-) nry H^S XI H "C^Z S^S Sdx"' TJ?f< ni<. Ex., 12, iO; 3° quand il est ordonné à ciiacun de s'infliger des soufl'rances en expiation de ses péchés, pendant le dixième jour du septième mois, ^g^n ^^^ r\'^)2''jn nm3:T n-n DIM CTJ2 njyn nS I^N*. Lév., 25, 29. S'il est vrai que, pour désigner l'àme, on emploie le mot nesvhania, nGwJ- ^^e préférence à celui de nephesch, du moins ce dernier n'est-il jamais employé par les tlialmudistes et les écrivains plus modernes, pour désigner le corps. Mais tous, sans exception, se servent du mot v^i^, qu'on ne rencontre pas une seule fois dans le Sepher ieizirah.
2. Ces noms, à l'exception de ceux qui désignent le soleil et la lune, n'ap-
ces expressions purement grecques, latines ou arabes qui se présentent en grand nombre dans leTbalmud et dans les écrits plus modernes, où la langue hébraïque est mise au service de la philosophie et des sciences. Or, on peut admettre en principe général, et j'oserai presque dire infaillible, que toute œuvre de ce genre, où la civilisation des Arabes ou des Grecs n'a aucune part, peut être regardée comme antérieure à la naissance du christianisme. Nous avouons cej)endant que dans l'ouvrage qui nous occupe et auquel nous ne craignons pas d'attribuer ce caractère, il ne serait pas difficile de montrer quelques vestiges du langage et de la philosophie d'Aiislote. Lorsque, après la proposition que nous avons citée un peu plus haut, après avoir parlé des trente-deux voies merveilleuses de la sagesse qui ont servi à la création de l'univers, il ajoute qu'il y a aussi trois termes : celui qui compte, ce qui est compté et l'action même de compter, ce que les plus anciens commentateurs ont traduit par le sujet, l'objet et l'acte môme de la réflexion et de la pensée*, il est impossible de ne pas se rappeler cette phrase célèbre du douzième livre de la Métaphysique : « L'intelligence se comprend elle-même en sai- « sissant l'intelligible; et elle devient l'intelligible par « l'acte même de la compréhension et de l'intelligence; en « sorte que l'intelligence et l'intelligible sont identiques^. »
parlienncnt pas par eux-mêmes à h langue chaldaïque, mais ils sont une traduction des noms chaldcens. Les voici : n3l3> l^ie l'on croit Vénus; 233» Mercure; i{s»rilU7' Saturne; p-fi;, Jupiter; QnND) Mars; l'^ji, qui désigne le dragon, est arabe.
''• n2''DT "lEDT 1£D3 D'Oise il* Selon l'auteur du Cozri, R. Jelioudalt Hallévi, CCS trois termes désignent la pensée, la parole et l'écriture, qui, dans la Divinité, sont identiques, quoique nous les voyions séparées dans l'homme. Cozri, 4° partie, § 25. Selon Abraham ben Dior, ils se rapportent au sujet, à l'objet et au fait même de la connaissance, ynMI V^V DVl' "^^ ^^^^^ hzV' b^tyiDI S^^kUa- "^oyez son Comment, sur le Seph. ielz., p. 27, verso.
2. xV'jTCiv 0£ voEt 6 voij; Y.CLz'x [j.£TaX:'i>'.v TO'j vor]Toij ; vor]TÔ; -^Icp i-^yveTat O'.yyâvwv /.a\ vowv ôiaiE lauxbv voiJ; /.A vor^iov. Mélaph., liv. XII, ch. vu.
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Mais il est évident que ces mots ont été ajoutés au texte; car ils ne se lient ni à la proposition qui précède ni à celle qui suit; ils ne reparaissent plus, sous quelque forme que ce soit, dans tout le cours de l'ouvrage, tandis qu'on explique assez longuement l'usage des dix nombres et des vingt-deux lettres qui forment les trente-deux moyens appliqués par la sagesse divine à la création. Enfin l'on ne comprend guère qu'ils aient pu trouver place dans un traité où il n'est question que des rapports qui existent entre les diverses parties du monde matériel. Quant à la différence des deux manuscrits qui ont été reproduits dans l'édition de Mantoue, l'un à la fin du volume, l'autre au milieu de divers commentaires, elle est loin d'être aussi grande que certains critiques modernes ont voulu le croire*. Après une comparaison impartiale et détaillée, on la trouve fondée tout entière sur quelques variantes sans importance, comme on en rencontre dans toutes les œuvres d'une haute antiquité, et qui par cela môme ont eu à souffrir pendant plusieurs siècles de l'inattention ou de l'ignorance des copistes et de la témérité des commentateurs. En effet, c'est de part et d'autre, non pas seulement le même fond, le même système considéré d'un point de vue général, mais la même division, le même nombre de chapitres, placés dans le même ordre et consacrés aux mêmes matières : de plus, les mêmes idées y sont exactement exprimées dans les mêmes termes. Mais on ne trouvera plus cette parfaite ressemblance dans le nombre et dans la place des diverses propositions qui, sous le nom de Mischna, sont nettement distinguées les unes des autres. Ici on n'a pas reculé devant des répétitions surabondantes; là elles ont été retranchées ; ici on a réuni ce qu'ailleurs on a séparé. Enfin, l'un paraît aussi plus explicite que l'autre, non plus seulement dans les mots, mais dans
\. Voyez "NVolf, Bibliothèque hébr., t. I. — Bayle, Didionn. ait., article Abraham — Moreri. même article, etc.
la pensée. Nous ne connaissons et par conséquent nous ne pouvons citer qu'un seul passage où se montre celle dernière différence : à la fin du premier chapitre, lorsqu'il s'agit d'énumérer les dix; principes de l'univers qui correspondent aux dix nombres, l'un des deux manuscrits dit simplement que le premier de tous est l'esprit du Dieu vivant; l'autre ajoute que cet esprit du Dieu vivant est l'esprit saint, qui est en môme temps esprit, voix et parole*- Sans doute cette idée est de la plus haute importance; mais elle ne manque pas dans le manuscrit, où elle n'est pas formulée aussi nettement; elle constitue, comme nous le prouverons bientôt, la base et le résultat de tout le système. D'ailleurs \e Livre de la création a été, au commencement du dixième siècle, traduit et commenté en arabe par R. Saadiah, esprit élevé, méthodique et sage, qui le regarde comme l'un des plus anciens, comme l'un des premiers monuments de l'esprit humain. Nous ajouterons, sans accorder à ce témoignage une valeur exagérée, que les commentateurs qui sont venus après lui pendant le douzième ei le treizième siècle ont tous exprimé la même conviction.
Comme tous les ouvrages d'une époque très reculée, celui dont nous parlons est sans titre et sans nom d'auteur; mais il est terminé par ces mots étranges : « Et lorsque Abraham ce notre père eut considéré, examiné, approfondi et saisi « toutes ces choses, le maître de l'univers se manifesta à « lui et l'appela son ami, et s'engagea par une alliance « éternelle envers lui et sa postérité. Alors Abraham crut « en Dieu, et cela lui fut compté comme une œuvre de « justice, et la gloire de Dieu fut appelée sur lui, car c'est « à lui que s'appliquent ces paroles : Je t'ai connu avant « de t'avoir formé dans le ventre de ta mère. » Ce passage ne peut d'abord pas être considéré comme une invention
1. ÉJit. de Mantouc, foL 49, rcct. : •csZTi mi 1.17 lim mm Slp-
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moderne : il existe avec quelques variantes dans les deux textes de Manloue; on le retrouve dans les plus anciens commentaires. Nous pensons que pour donner plus d'intérêt au Livre de la création^ on a supposé, ou plutôt on veut faire supposer aux autres, que les choses qu'il renferme sont précisément celles qui furent observées par le premier patriarche des Hébreux, et lui donnèrent l'idée d'un Dieu unique et tout-puissant. Il existe d'ailleurs parmi les Juifs une tradition selon laquelle Abraham avait de grandes connaissances astronomiques, et s'éleva jusqu'à l'idée du vrai Dieu par le seul spectacle de la nature. Néanmoins les paroles que nous avons citées tout à l'heure ont été interprétées de la manière la plus grossièrement matérielle. On a imaginé qu'Abraham était lui-même l'auteur du livre où son nom est prononcé avec un respect religieux. Voici en quels termes commence le commentaire de Moïse Botril sur le Sepher ietzirah : « C'est Abraham, notre père (que la « paix soit sur lui!), qui a écrit cela contre les sages de son ce siècle, incrédules à l'égard du principe de l'unité. Du « moins c'est ainsi que pense R. Saadiah (que la mémoire « du juste soit bénie!) dans le premier chapitre de son « livre intitulé : La pierre pJiilosophale. Je rapporte ses « propres paroles : Les sages de la Ghaldée attaquaient « Abraham, notre père, dans sa croyance. Or, les sages de « la Ghaldée étaient divisés en trois sectes. La première « prétendait que l'univers était soumis à deux causes pre- « mières entièrement opposées dans leur manière d'agir, « l'une n'étant occupée qu'à détruire ce que l'autre avait te produit. Cette opinion est celle des dualistes, qui s'ap- « puyaient sur ce principe, qu'il n'y a rien de commun « entre l'auteur du mal et celui du bien. La seconde secte « admettait trois causes premières; les deux principes con- « traires dont nous venons de parler, se paralysant réci- « proquemeni, et rien de cette manière ne pouvant être
« fait, on en a reconnu un troisième pour décider entre « eux. Enfin, la dernière secte n'avouait pas d'autre Dieu « que le soleil, dans lequel elle reconnaissait le principe « unique de l'existence de la mort\ » Malgré une autorité si imposante et si universellement respectée, l'opinion que nous venons d'exposer n'a plus aujourd'hui un seul partisan. Au nom du patriarche on a depuis longtemps substitué celui d'Akiba, l'un des plus fanatiques soutiens de la tradition, l'un des nombreux martyrs de la liberté de son pays, et à qui il ne manque, pour être compté par la postérité au nombre des héros les plus dignes de son admiration, que d'avoir joué un rôle dans les anciennes républiques d'Athènes ou de Rome. Sans doute cette nouvelle opinion est moins invraisemblable que la première, cependant nous ne la croyons pas mieux fondée. Quoique le Thalmud, toutes les fois qu'il fait mention d'Akiba, nous le représente comme un être presque divin ; quoiqu'il l'élève au-dessus de Moïse lui-même*, il ne le présente pourtant nulle part comme une des lumières de la Mercaba ou de la science de la Genèse; nulle part on ne laisse soupçonner qu'il ait écrit le Livre de la création, ou quelque autre ouvrage de même nature. Tout au contraire, on lui reproche positivement de n'avoir pas sur la nature de Dieu des idées très élevées. « Jusqu'à quand, Akiba, lui dit rabbi Jossé le Galice léen, jusqu'à quand feras-tu de la majesté divine quelque « chose de vulgaire^? ■>-> L'enthousiasme qu'il inspire a pour cause l'importance qu'il a donnée à la tradition, la patience avec laquelle il en a su tirer des règles pour toutes les actions de la vie% le zèle qu'il a mis à l'enseigner pendant
\. Voyez Sepher ielzirah, édit. de Manloue, fol. 20 et 21.