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certain? Non, assurément; et quand même nous nous contenterions d'examiner la nature intime, la valeur intrinsèque du livre, nous n'aurions aucune peine à démontrer que cette opinion n'est pas mieux l'ondée que la première. Mais nous avons, pour la combattre, des arguments plus positifs.
Le Zohar est écrit dans un langage araméen qui n'appartient à aucun dialecte déterminé. Quel dessein Moïse de Léon pouvait-il avoir en se servant de cet idiome qui n'était pas en usage de son temps? Voulait-il, comme le prétend un critique moderne que nous avons déjà cité\ voulait-il donner plus de vraisemblance à ses fictions, en faisant parler le langage de leur époque aux divers personnages sous le nom desquels il désirait faire passer ses propres idées? Mais puisqu'il possédait de si vastes connaissances, de l'aveu même des bommes dont nous combattons l'opinion, il ne pouvait pas ignorer que Simon ben Jochaï et ses amis sont comptés parmi les auteurs de la Mischna; et quoique le dialecte de Jérusalem fût probablement leur langue babituelle, il était plus naturel de les faire écrire en hébreu. Il y en a qui prétendent qu'il s'est réellement servi de celte dernière langue, qu'il n'a pas inventée, qu'il a voulu seulement falsifier le Zohar en y ajoutant ses propres pensées, et que son imposture fut bientôt découverle^ Rien de semblable n'étant arrivé jusqu'à nous, cette assertion ne doit pas nous occuper plus longtemps. Mais, vraie ou fausse» elle confirme les observations que nous venons de faire. D'ailleurs nous savons avec une entière certitude que Moïse
i. « Cùm auctor esset recentissimus, linguaque chaldaïca sua œlate prorsùs osset extincto, eamque Judœi doctiores raro intelligerent, consulto chaldaïco scripsit, ut antiquilatem apud popularium vulgus libris suis conciliaret. » Mor'mus, Exercilat. biblic, liv. II, exercit. 9, chap. v.
2. Outre les deux historiens que nous avons cités plus haut, voyez Bartolocci, Grande bibliollièque rabbinique, t. lY, p. 82.
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de Léon a compose en hébreu un ouvrage kabbalislique, ayant pour titre : le Nom de Dieu, ou simplement : le Nom (oï^yn isd). Cet ouvrage, qui existe encore en manuscrit, Moïse Corduero l'a eu sous les yeux * ; il en rapporta plusieurs passages d'où il résulte que c'était un commentaire très détaillé et souvent fort subtil sur quelques-uns des points les plus obscurs de la doctrine enseignée dans \eZohar; par exemple, celui-ci : quels sont les différents canaux, c'est-tàdire les influences, les rapports mutuels qui existent entre toutes les Sephirolh, et qui conduisent de l'une à l'autre la lumière divine ou la substance première des choses? Or, comment supposer qu'api'ès avoir écrit le Zohar dans le dialecte chaldaïco-syriaque, soit pour en augmenter l'intérêt par les difficultés du langage, soit pour en rendre la pensée inaccessible au vulgaire, le môme homme ait cru devoir ensuite l'expliquer, le développer en hébreu, et mettre à la portée de tous ce qu'au prix de tant de soins, de tant de labeurs, il avait caché dans une langue presque tombée dans l'oubli parmi les savants eux-mêmes? Dira-t-on que par ce moyen il était encore plus sûr de réussir à donner le change à ses lecteurs? En vérité, c'est trop de ruse, trop de temps dépensé, trop de patience et d'efforts pour le misérable but qu'on l'accuse de s'être proposé : ce sont des combinaisons trop savantes et trop compliquées pour un homme qu'on accuse en même temps des plus stupides contradictions, des plus grossiers anachronismes.
Une autre raison qui nous oblige à regarder le Zohar comme une œuvre bien antéi'ieure à Moïse de Léon, comme une œuvre étrangère à l'Europe, c'est qu'on n'y trouve pas le moindre vestige de la philosophie d'Aristote, et l'on n'y rencontre pas une seule fois le nom du christianisme ou de
1. Panlrs Ilimonim [Q'>z^^2'\ D'îns)» f^l. 110, recl., \" col. -ij;»j
son fondalciir'. Or, on sail qu'en Europe, pendantle treizième et le quatorzième siècle, le christianisme et Aristote exerçaient sur la pensée une autorité absolue. Comment donc pourrions-nous admettre que, dans ce temps de fanatisme, un pauvre rabbin espagnol, écrivant sur des matières religieuses, dans une langue qui ne pouvait le trahir, n'ait élevé aucune plainte contre le premier, auquel les thalmudistes et les écrivains postérieurs s'attaquent si fréquemment, et qu'il n'ait pas subi, comme Saadiah, comme Maïmonides, comme tous ceux enfin qui ont suivi la même carrière, l'influence inévitable de la philosophie péripatéticienne? Qu'on lise tous les commentaires que nous possédons aujourd'hui sur le Livre de la création ; que l'on jette un coup d'œil sur tous les monuments philosophiques et religieux de cette époque et de plusieurs siècles antérieurs, on trouvera partout le langage de VOrganum et la domination du philosophe de Stagyre. L'absence de ce caractère est donc un fait dont la gravité ne saurait être contestée. On ne peut pas voir dans les dix Sephiroth, dont nous parlerons plus longuement ailleurs, une imitation déguisée des catégories; car celles-ci n'ont qu'une valeur logique; celles-là renferment un système métaphysique de l'ordre le plus élevé. Si la kabbale a quelques traits de ressemblance avec un système philosophique de la Grèce, c'est plutôt avec celui de Platon; mais on sait que l'on pourrait affirmer la même chose de toute espèce de mysticisme; et d'ailleurs Platon était alors peu connu hors de sa patrie.
Nous remarquons enfin que des idées et des expressions qui appartiennent essentiellement, qui sont exclusivement consacrées au système kabbalislique exposé dans le Zohar, se présentent dans des écrits bien antérieurs à la fin du
1. Aihle quod eliam conlrà Clirisluin in ioto libro ne minimum quidcni effutiatur, proid in reccnlioribus Judœorum sa'iptis plenimque fieri solct. (Kabb. dcnud. Pncf., p. 7.)
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douzième siècle. Ainsi, d'après un écrivain que nous avons eu déjà occasion de nommer, d'après Moïse Botarel, l'un des commentateurs du SepJier ietzirah, la doctrine de l'émanation, telle que les kabbalistes l'ont entendue, aurait été connue de Saadiah ; car il cite de lui les paroles suivantes, textuellement empruntées, dit-il, de l'ouvrage intitulé la Pierre philosophale, qui, il est vrai, lui est faussement attribué : « 0 toi qui puises à des citernes, garde-toi, quand on viendra « te tenter pour cela, de révéler la croyance de l'émanation, « qui est un grand mystère dans la bouche de tous les kab- « balistcs; un autre mystère est renfermé dans ces paroles « de la loi : Vous ne tenterez pas le Seigneur*. » Cependant, dans son ouvrage sur les Croyances et les Opinions, Saadiah attaque assez vivement cette doctrine, qui est la base du système exposé dans le Zoliar, et qu'il est impossible de ne pas reconnaître dans ce passage : « J'ai quelquefois ren- « contré de ces hommes qui ne peuvent pas nier l'existence « d'un créateur, mais qui pensent que notre esprit ne sauce rait concevoir qu'une chose soit faite de rien. Or, comme « le Créateur est le seul être qui existe d'abord, ils sou- « tiennent qu'il a tiré l'univers de sa propre substance. Ces ce hommes (que Dieu vous garde de leur opinion!) sont ce encore moins sensés que tous ceux dont nous avons ce parlé*. » Le sens que nous donnons à ces paroles devient encore plus évident lorsqu'on lit, dans le même chapitre, que la croyance à laquelle elles font allusion est surtout
1. Voici le texte (le ce p:iss:igo : ^^p^n n'^nZH -S U^r D-X NM HnX ielzircilt, édit. de Manloue, loi. 51.
2- cSi-j Snp xS -'^1 nu;rjn rroh nrh pr: xS c'*i:*:xn nbx \-ixiV2i 13 ir^xn xnzn nx 13 im ]\s"i:* pz^ n2T2 xS 12- nvn □niTii'nc ^£3 ni:vcx-in p a"'S::D inv Sx -j^nT nSxi Tzïy "p □"'■i2in x"a. ^c^
Croijanccs eï des Opinions, l" [lart., cli. iv.
justifiée par ces versets de Job : « D'où vient la sagesse, et « en quel lieu se trouve l'intelligence? C'est Dieu qui com- « prend ses voies; c'est lui qui connaît sa demeure*. » On y trouve, en effet, les noms consacres par le Zohar aux trois premières, aux trois grandes Sepliiroth, qui comprennent toutes les autres, savoir : la sagesse, Vhitelligence, et audessus d'elles le lieu, ou le non-être, ainsi appelé parce qu'il représente l'infini sans attribut, sans forme, sans qualification aucune, dans un état où il est pour nous incompréhensible et sans valeur réelle ^ C'est dans ce sens, disent les kabbalistes, que tout ce qui est a été tiré du non-être. Le môme auteur nous donne aussi une théorie psychologique parfaitement identique à celle qui est attribuée à l'école de Simon ben Jochaï% et il nous apprend * que le dogme de la préexistence et de la transmigration des âmes, qui est positivement enseigné dans le Zohar^, était admis de son temps, par quelques hommes qui néanmoins se disaient juifs; qui prétendaient même, ajoute-t-il, confirmer leur opinion extravagante par le témoignage de VEcriture. Ce n'est pas encore tout : saint Jérôme, dans une de ses lettres", parle de dix noms mystiques, <iece?)i nomma mystica, par lesquels les livres saints désisrnent la Divinité. Or, ces dix noms, que saint Jérôme ne se contente pas de mentionner, mais dont il nous donne encore l'énumération complète, sont précisément ceux qui, dans le Zohar, représentent les dix Sephiroth, ou attributs de Dieu. Voici en effet ce qu'on lit dans h Livre du mystère (NnrjiJï- iSnso), l'un des plus an-