Ib. sup., part. II, p
AUTUENTICITÉ DU ZOIIAR. 85
mer, d'après quelques rares citations d'un auteur plus moderne, que ce livre n'était qu'un recueil de pensées néoplatoniciennes*? En mettant sous nos yeux ce passage d'Al Gazali : « Il faut que tu saches qu'entre le monde corporel « et celui dont nous venons de parler (le monde spirituel) « il y a le même rapport qu'entre notre ombre et notre « corps" », comment M. Tholuck ne s'est-il pas rappelé que c'est aussi dans ces termes, en se servant de la même comparaison, que les zerdustians, l'une des sectes religieuses de l'ancienne Perse, avaient formulé le principe fondamental de leur croyance^? Quant aux Juifs, tout le monde sait que depuis la captivité jusqu'à leur entière dispersion, ils n'ont pas cessé d'être en relation avec ce qu'ils appellent le pays de Babylone. Nous n'insisterons pas, pour le moment, sur ce point, qui sera longuement développé ailleurs. Nous dirons seulement que le Zohar cite positivement la sagesse orientale : cette sagesse, dit-il, que les enfants de rOrient connaissent depuis les premiers jours\ et dont il cite un exemple parfaitement d'accord avec ses propres doctrines. Evidemment, il ne peut pas être ici question des Arabes, que les écrivains hébreux appellent invariablement les enfants d'Ismaël ou les enfants de l'Arabie; ce n'est pas dans ces termes que l'on parlerait d'une philosophie contemporaine, étrangère, née récemment sous l'influence d'Aristote et de ses commentateurs alexandrins : le Zohar ne la ferait pas remonter aux premiers Tiges du monde; il ne la présenterait pas comme un héritage transmis par
i. Oiivr. cit., part. J, p. IJ.
2. « Jain verô mundi corporalis ad eum mundum de quo modo diximus, ralionem talcm, qualis umbroe ad corpus hominis, esse scito.... « Ih. svpr., p. 17.
3. Voy. Tliom. Hijde, (h Rclifj. vct. Pcrs., c. xxir, p. 29C ot seq.
\xaip "^WD ^•'yT v,m Nn?22n N^nna iS itzxi. i" i';»-'-, sec. xin»
fol. 90, verso.
Abraham aux enfants de ses concubines, et par ceux-ci aux nations de rOrient\
Mais il n'est pas même nécessaire que nous fassions usage de cet argument; car la vérité est que le mysticisme aralje et les principes enseignés dans le Zohar nous frappent plutôt par leurs différences que par leurs ressemblances. Tandis que les unes portent exclusivement sur quelques idées générales, communes à toute espèce de mysticisme, les autres éclatent surtout sur les points les plus essentiels de la métaphysique des deux systèmes, et ne laissent subsister aucun doute sur la diversité de leur origine. Ainsi, pour aller tout droit au plus important, les mystiques arabes, après avoir reconnu en Dieu la substance unique de toutes choses et la cause immanente de l'univers, enseignent qu'il se révèle ou se manifeste sous trois aspects différents : 1" celui de l'unité ou de l'être absolu, au sein duquel nulle distinction n'existe encore; 2° celui où les objets dont se compose l'univers commencent à se distinguer dans leur essence, dans leurs formes intelligibles, et à se montrer présents devant l'intelligence divine. La troisième manifestation divine, c'est l'univers lui-même, c'est le monde réel, ou Dieu devenu visible^ Le système kabbalislique est loin de nous offrir ce caractère de simplicité. Sans doute, il nous présente aussi la substance divine comme la substance unique, comme la source d'où découlent éternellement, sans l'épuiser, toute vie, toute lumière et toute existence; mais, au lieu de trois manifestations, de trois formes générales de l'Être infini, il en reconnaît d'abord dix : ce sont les dix Sephiroth, qui se partagent en trois trinités venant se réunir dans une trinité uniijue et dans une forme suprême. Considérées dans leur
i. Ib. stipr., M. 100, rect. et vers.