Thol . oiivr. cit.. part. IF, p. 28 et
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ensemble, les Sephirolh ne leprésenlent que le premier degré, que la première sphère de l'existence, celle qu'on appelle le monde de Vémanation. Au-dessous d'elles se trouvent encore, nous offrant, chacun à part, le spectacle d'une variété infinie, le monde des purs esprits ou de la création^ le monde des sphères ou des intelligences qui les dirigent, ayant pour nom le monde de la formation; enfin le degré le plus infime appelé le monde du travail ou de Vaclion. Les mystiques arabes reconnai-ssenl aussi comme une âme collective dont sortent toules les âmes particulières qui animent le monde, comme un esprit générateur qu'ils appellent le père des esprits, l'esprit de Mahomet, source, modèle et substance de tous les autres esprits ^ C'est dans cette conception d'esprit qu'on a voulu trouver le modèle de VAdam Kadmon, de l'homme céleste des kabbalistes. Mais ce que les kabbalistes désignent par ce nom, ce n'est pas seulement le principe de l'intelligence et de la vie spiriluelle; c'est aussi ce qu'ils regardent comme au-dessus et au-dessous de l'esprit; c'est l'ensemble des Sei)hiroth, ou le monde de l'émanation tout entier, depuis l'Etre dans son caractère le plus abstrait et le plus insaisissable, à ce degré qu'ils nomment le pobit ou le non-êlre, juscju'aux forces constitutives de la nature. On ne trouve chez les Arabes aucune trace de la métempsycose, qui tient une si grande place dans le système hébraïque. Vainement aussi vous chercherez dans leurs œuvres ces allégories continuelles que l'on rencontre dans le Zohar, cet appel constant à la tradition, ces personnifications hardies se multipliant par des généalogies sans fin, genealogiis inlerminatk^ comme dit saint Paul*, et ces métaphores gigantesques et
\. Jb. stipr., p. 7)0.
2. Il est bien difficile de ne pas rapporter à la kabbale ce passage de la première lettre de saint Paul à Timolliée : « Ncque intonderint fabulis et
bizarres qui s'accordent si bien avec l'esprit du vieil Orient. Arrivé à la fin de son œuvre, M. Tholuck lui-môine, dont la franchise égale la science, recule devant la pensée qui l'avait séduit d'abord, et il conclut, comme nous pourrions le faire, îi l'impossibilité absolue de faire dériver la kabbale de la philosophie mystique des Arabes. Voici, du reste, ses propres paroles, qui ne manqueront pas d'autorité dans la bouche d'un homme si profondément instruit de la philoso[)hie et de la langue des peuples musulmans : « Que con- « dure de ces analogies? Peu de chose, à mon sens. « Car, ce que les deux systèmes ont de semblable, on le « trouverait ailleurs dans des doctrines plus anciennes, « dans les livres des Sabéens et des Perses, et aussi chez les « néoplatoniciens. Au contraire, la forme extraordinaire « sous laquelle ces idées nous apparaissent dans la kabbale ce est tout à fait étrangère aux mystiques arabes. D'ailleurs, « pour s'assurer que la kabbale est réellement sortie du « commerce de ces derniers, il faudrait avant tout recher- « cher parmi eux la doctrine des Sephiroth. Mais c'est de « quoi ils ne nous offrent pas le moindre vestige, car ils ne « connaissent qu'un seul mode sous lequel Dieu se révèle « à lui-même. Sur ce point la kabbale se rapproche bien « davantage de la doctrine des Sabéens et du gnosticisme*. « L'origine arabe de la kabbale une fois démontrée inadmissible, l'opinion qui fait du Zohar une œuvre du treizième siècle a perdu son dernier appui; je veux parler d'un certain air de vraisemblance dont elle pourrait se parer encore.
« geuealogiis interminalis, qiue qu?csliones prœstant magis quàm acJifica- « tionem Dei. » (Epist. ad Timatli., I, 4.)
1. « Jain veiô ex analogiis istis quid censés colligi posse? Equidem non mulla arbitrer. Nam similia etiam in aliis et antiquiorihus quidem disciplinis monstrari licel, in scriptis Sabœis et Persicis, nec non apud neoplatonicos. Contra singularis illa forma quam ideœ islac in CaLbalà prae se ferunt, ab Arabicis myslicis abcst », etc.
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En effet, comme on a déjà pn s'en assni'er par le parallèle que nous venons d'établir, le Zohar renferme un système de la plus haute portée, de la plus vaste étendue. Or, une conception de ce genre ne se forme pas en un jour, surtout à une époque d'ignorance et de foi aveugle, surtout dans une classe d'hommes sur laquelle pèse l'horrible poids du mépris et de la persécution. Si donc on ne rencontre dans tout le moyen âge ni les antécédents, ni les éléments de ce système, il faut bien en reculer la naissance jusque dans l'antiquité.
Nous voilà arrivé à ceux qui prétendent que Simon ben Jochaï a réellement enseigné à un petit nombre de disciples et d'amis, parmi lesquels se trouvait son fils, la doctrine métaphysique et religieuse qui fait la base du Zohar; mais que ses leçons, d'abord transmises de bouclie en bouche, comme autant de secrets inviolables, ont été rédigées peu à peu; que ces traditions et ces notes, auxquelles se mêlèrent nécessaii^cment des commentaires d'une époque plus récente, s'accumulant, et par là même s'a Itérant avec le temps, arrivèrent enfin de Palestine en Europe vers la fin du treizième siècle. Nous espérons que cette opinion, qui n'a été exprimée jusqu'à présent qu'avec timidité et sous forme de conjecture, aura bientôt le caractère et tous les droits de la certitude.
D'abord, comme l'a remarqué déjà l'auteur de la chronique intitulée la Chaîne de la tradition, elle s'accorde parfaitement avec l'histoire de tous les autres monuments religieux du peuple juif : c'est aussi en réunissant des traditions de diflérenls âges, des leçons de divers maîtres, liés cependant par un principe commun, qu'on a formé et la Mischna, et le Thalmud de Jérusalem, et le Thalmud de Babylone. Elle ne s'accorde pas moins avec une croyance qui, d'après l'historien que nous venons de citer, doit èlre assez ancienne. « J'ai, dit-il, appris par tradition que cet ouvrage était « tellement volumineux, que, com})let, il aurait suffi à la
« charge d'un chameau'. » On ne peut pas supposer qu'un homme, quand même il passerait sa vie à écrire sur de telles matières, puisse laisser de sa fécondité une preuve aussi effrayante. Enfin, on lit aussi dans les Suppléments du Zohar, imn 'Jipn, écrits dans la même langue, et connus depuis aussi longtemps que le ZoJiar lui-même, que ce dernier ouvrage ne sera jamais entièrement publié; ou, pour traduire plus fidèlement, qu'il le sera à la fin des jours*.
Lorsqu'on aborde l'examen du livre lui-même, pour y chercher, sans préoccupation, quelques lumières sur son origine, on ne larde pas à s'apercevoir, par l'inégalité du style" et par le défaut d'unité, non pas dans le système, mais dans l'exposition, dans la méthode, dans l'application des principes généraux, enfin, dans les pensées de détail, qu'il est tout à fait impossible de l'attribuer à une seule personne. Pour ne pas multiplier les exemples sans importance, ])Our ne pas insister sur des faits de langage, que nulle traduction ne peut conserver, comme on ne peut, sans leur donner la mort, arracher certaines plantes de leur sol natal, nous nous bornerons à indiquer rapidement les principales différences qui séparent du reste de l'ouvrage trois fragments dont nous avons déjà fait mention, savoir : le Livre du mystère, Nnr^'iïT irso , généralement considéré comme le plus ancien; la Grande assemblée, Kan nttx, où l'on représente Simon ben Jochaï au milieu de tous ses amis; et enfin la Petite assemblée, ntcitniin, oii Simon, sur son litde mort, après avoir été précédé dans la tombe par trois
S"24 DNwa "M "tM^ 'h-. Sclialsclielctli hahahalah, fol. 25, rect,
2. s]iD2 nSx in'2 Ti2n S- NS;n"' nS-^" in-na t;z? fpn ^idi "TT^N-n
3. ]l y a des passages où l'araméen est à peu près seul employé et d'autres où l'on ne trouve que les terminaisons de celle langue, avec des mots qui appartiennent tous à l'hébreu rabbinique.
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de SCS disciples, donne à ceux qui lui restent ses dernières instructions. Ces fragments, qui, placés à de grandes dislances l'un de l'autre, nous semblent d'abord comme perdus dans cet immense recueil, forment cependant un seul tout parfaitement coordonné, et pour la marche des événements et pour celle des idées. On y trouve, tantôt sous la forme de l'allégorie, tantôt dans un langage métaphysique, une description suivie et pompeuse des attributs divins, de leurs diverses manifestations, de la manière dont le monde a été formé, et des rapports qui existent entre Dieu et l'homme. Jamais on n'y quitte ces hauteurs de la spéculation pour descendre dans la vie extérieure et pratique, pour recommander l'observation de la loi ou des cérémonies religieuses. Jamais on n'y rencontre ou un nom, ou un fait, ou même une expression qui pourrait nous faire douter de l'authenticité de ces pages, où l'originalité de la forme donne encore plus de prix à l'élévation de la pensée. La parole y est toujours dans la bouche du maître, qui, pour convaincre ses auditeurs, n'emploie pas d'autre méthode que celle de l'autorité. 11 ne démontre pas, il n'explique pas, il ne répèle pas ce que d'autres lui ont appris; mais il affirme, et chacune de ses paroles est accueillie comme un article de foi. Ce caractère se fait surtout remarquer dans le Livre du mystère, qui est un résumé substantiel, mais aussi fort obscur, de tout l'ouvrage'. On pourrait dire de lui aussi : docebat quasi auctorilalem habens. On ne procède pas ainsi dans le reste
1. C'est à propos de ce livre, formant un traité complet en cinq chapitres,, qu'on lit dans le Zohar celte gracieuse allégorie : o Qu'on se figure un homme « demeurant seul dans les montagnes et ne connaissant pas les usages de la If ville. 11 ensemence du blé et ne se nourrit que de blé à l'état naturel. Vn (I jour cet homme se rend à la ville. On lui présente du pain d'une bonne « qualité, et il demande : A quoi sert ceci? On lui répond : C'est du pain pour (( manger. 11 le prend et en goûte avec plaisir. Puis il demande de nouveau : « Et de quoi cela est-il fait? On lui répond que c'est avec du blé. Quelque « temps après on lui ofl're des gâteaux pétris dans l'huile. Il en goûte, puis il
du livre. Au lieu d'une exposition continue d'un mêuie ordre d'idées; au lieu d'un plan librement conçu, suivi avec constance, où les textes sacrés que l'auteur invoque en témoignage vont se placer à la suite de ses propres pensées, c'est la marche incohérenle et désordonnée d'un commentaire. Cependant, comme nous l'avons déjà fait observer, l'exposition de l'Ecriture sainte n'est qu'un prétexte ; mais il n'en est pas moins vrai que, sans sortir absolument du même cercle d'idées, on est fréquemment conduit, par le texte, d'un sujet à un autre , ce qui donne lieu de penser que les notes et les traditions qui se sont conservées dans l'école de Simon bon Jochaï, au lieu d'être fondues dans un système commun d'après l'ordre logique, ont été ajustées, suivant l'esprit du temps, aux principaux passages du Pentateuque. On est confirmé dans cette opinion quand on s'est donné la peine de s'assuier que souvent il n'existe pas le moindre rapport entre le texte biblique et la partie du Zohar qui lui sert de commentaire. La même incohérence, le même désordre régnent dans les faits, qui, d'ailleurs, sont en petit nombre et portent un caractère assez uniforme. Ici la théologie métaphysique ne règne plus en souveraine absolue ; mais, à côté des théories les plus hardies et les plus élevées, on ne rencontre que trop souvent les détails les plus matériels du culte extérieur, ou ces questions puériles auxquelles les guémarisles, semblables en cela aux casuistes de toutes les autres croyances, ont consacré tant d'années et de volumes. Ici sont
<( demande : Et ceci, de quoi cela est-il fait? On lui répond : Avec du blé. « Plus tard on met devant lui de la pâtisserie royale pétrie avec de l'huile et (( du miel. 11 adresse la même question que les premières fois, et il obtient la « même réponse. Alors il dit : Moi, je suis le maître de toutes ces choses, je « les goûte dans leur racine, puisque je me nourris du blé dont elles sont (( faites. Dans cette pensée, il restait étranger aux délices qu'on en tire, et ces « délices étaient perdues pour lui. Il en est de même de celui qui s'arrête aux (( principes généraux de la science, car il ignore toutes les délices que l'on tire (( de ces piincipes. »
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rassemblés tous les argumenls que les critiques modernes ont fait valoir en faveur de l'opinion qui leur est commune, et dont nous croyons avoir tout à l'heure démontré la fausseté. Enfin, tout, dans cette dernière partie, la forme aussi bien que le fond, porte les traces d'une époque plus récente; tandis que la simplicité, l'enthousiasme naïf et crédule qui régnent dans la première, nous rappellent souvent et le temps et le langage de la Bible. Nous ne pouvons guère en citer qu'un seul exemple, sans anticiper sur l'avenir : c'est le récit de la mort de Simon ben Jocliaï, parrabbi Aba, celui de ses disciples qu'il avait chargé de rédiger ses leçons. Nous allons essayer de le traduire. « La lampe sainte (c'est ainsi « que Simon est appelé par ses disciples), la lampe sainte « n'avait pas achevé cette dernière phrase, que les paroles « s'arrêtèrent, et cependant j'écrivais toujours; je m'attencc dais à écrire encore longtemps, quand je n'entendis plus <c rien. Je ne levais pas la tète, car la lumière était trop « grande pour me permettre de la regarder. Tout à coup je « fus saisi : j'entendais une voix qui s'écriait : De longs « jours, des années de vie et de bonheur sont maintenant <c devant toi. Puis j'entendis une autre voix qui disait : Il « te demandait la vie, et toi lu lui donnes des années éter- <c nelles. Pendant tout le jour, le feu ne se retira pas de la <c maison, et personne n'osait approcher de lui à cause du <c feu et de la lumière qui l'environnaient. Pendant tout ce « jour-là, j'étais étendu à terre et je donnais cours à mes « lamentations. Quand le feu se fut retiré, je vis que la <c lampe sainte, que le saint des saints avait quitté ce monde. « ]1 était là étendu, couché sur la droite, et la face souriante, ce Son fils Éliézer se leva, lui prit les mains et les couvrit de « baisers; mais j'eusse volontiers mangé la poussière que « ses pieds avaient touchée. Puis tous ses amis arrivèrent « pour le pleurer, mais aucun d'eux ne pouvait rompre •« le silence. A la lin, cependant, leurs larmes coulèrent.
« R. Eliézer, son fils, se laissa jusqu'à trois fois tomber à « terre, ne pouvant articuler que ces mots : Mon père! mon « père!... R. Ilïah, le premier, se remit sur ses pieds, et « prononça ces paroles : Jusqu'aujourd'hui la lampe sainte « -n'a cessé de nous éclairer et de veiller sur nous; en ce « moment, il ne nous reste qu'à lui rendre les derniers hon- « neurs. R. Éliézer et R. Aba se levèrent, pour le revêtir de « sa robe sépulcrale; alors tous ses amis se réunirent en « tumulte autour de lui, et des parfums s'exhalèrent de « toute la maison, il fut étendu dans la bière, et aucun « autre que R. Éliézer et R. Aba ne prit part à ce triste « devoir. Quand la bière fut enlevée, on l'aperçut à travers « les airs, et un feu brillait devant sa face. Puis on entendit (c une voix qui disait : Yenez, et réunissez-vous à la fête
« nuptiale de rabbi Simon Tel fut ce rabbi Simon, fils de
c( Jochaï, dont le Seigneur se glorifiait chaque jour. Sa (c part est belle et dans ce monde et dans l'autre. C'est pour « lui qu'il a été dit : Va vers ta fin, repose en paix et concc serve ton lot jusqu'à la fin des jours*. » Nous ne voulons pas, encore une fois, nous exagérer la valeur que ces lignes peuvent ajouter aux observations qui les précèdent; mais elles nous donneront au moins une idée du caractère que Simon avait aux yeux de ses disciples, et du culte religieux dont son nom est entouré dans toute l'école kabbalistique. On trouvera sans doute, en faveur de l'opinion que nous défendons, une preuve plusévidente dans le texte suivant, que nous n'avons vu citer nulle part, quoiqu'il se trouve dans toutes les éditions, dans les plus anciennes comme dans les plus modernes. Après avoir distingué deux sortes de docteurs, ceux de la Mischna, n:u3 rNî2, et ceux de la kabbale, nb^p nNî2, on ajoute : « C'est de ceux-ci que le prophète Daniel « a voulu parler, lorsqu'il a dit : Et les hommes intelligents