‹ La kabbaleChapitre 4 sur 224 · voL in-4, Paris · texte numérisé non relu

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AVANT-PROPOS. y

Cette dissertation, écrite dans un tout autre but, ne laisse rien subsister de la critique superficielle qui voit dans la Kabbale une pure supercherie, éclose dans la tête d'un obscur rabbin du treizième siècle et continuée après lui par des imitateurs sans intelligence et sans science. M. Amélineau nous découvre chez les pères du gnosticismc, absolument inconnus au treizième siècle, principalement chez Salurninus et Valentin, un système de théogonie et de cosmogonie identique à celui qui est développé dans le Zohar\ et ce ne sont pas seulement les idées, mais aussi les formes symboliques du langage et les modes d'argumentation qui, des deux côtés, sont les mêmes*.

Dans la même année où M. Amélineau, dans sa thèse de doctorat soutenue à la Sorbonne, vengeait le Zohar des attaques que lui livrait le scepticisme de notre temps, un autre savant, un savant allemand, M. Epstein, restituait au Sepher ietzirah, également en butte aux objections de la critique moderne, au moins une partie de sa haute antiquité. S'il ne le faisait pas remonter jusqu'à Akiba, et moins encore au patriarche Abraham, il établit du moins, par des raisons qu'on peut croire décisives, qu'il n'est pas postérieur au quatrième siècle de notre ère\ C'est déjà quelque chose. Mais, en regardant au fond du livre plutôt qu'à la forme, et en cherchant des analogies dans les plus anciens produits du gnosticisme, je ne doute pas qu'on puisse remonler beaucoup plus haut. Est-ce que les nombres et les lettres auxquels se ramène tout le système du Sepher ietzirah ne jouent pas aussi un très grand rôle dans le pythagorisme et dans les premiers systèmes de l'Inde? Nous avons la rage aujourd'hui de vouloir tout rajeunir, comme

1. J'en ai cité plusieurs exemples dans le Journal des Savants, cahiers d'avril et de mai 1888.

2. Epslein, Mihadmoniol hayéhoudim, Bciliagc zur jiidischen AUcrthums- Kunde, Vienne, 1887.

n L4 KABBALE.

si l'esprit de système et surtout l'esprit mystique n'étaient pas aussi anciens que le monde et ne devaient pas durer autant que l'esprit humain.

Yoilà bien des raisons de croire que l'intérêt qui s'attache à la Kabbale depuis tant de siècles, aussi bien dans le christianisme que dans le judaïsme, dans les recherches de la philosophie que dans les spéculations de la théologie, est loin d'être épuisé, et que je n'ai pas tout à fait tort de rééditer un travail qui peut servir à la faire connaître. Après tout, quand il ne répondrait qu'au désir de quelques rares curieux, cela suffirait pour qu'on n'eût pas le droit de le compter parmi les livres entièrement inutiles.

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