Dénier., chap. iv, v
ANALYSE DU ZOlUn. fog
« ment, et se fit nommer le Dieu de grâce, le Dieu de justice, « le Dieu tout-puissant, le Dieu des armées, et Celui qui c< est. Son dessein élait de faire comprendre ainsi quelles « sont ses qualités et comment sa justice et sa miséricorde « s'étendent sur le monde, aussi bien que sur les œuvres « des hommes. Car, s'il n'eût pas répandu ses lumières sui « toutes ses créatures, comment ferions-nous pour le conte naître? Comment serait-il vrai de dire que l'univers est « rempli de sa gloire? Malheur à qui oserait le comparer « même à l'un de ses propres attributs! Encore bien moins a doit-il être assimilé à l'homme venu de la terre et destine « à la mort. Il faut le concevoir au-dessus de toutes les « créatures et de tous les attributs. Or, quand on a ôlé ces « choses, il n'y a plus ni attribut, ni image, ni figure; ce « qui reste est comme la mer; car les eaux de la mer sont « par elles-mêmes sans limite et sans forme; mais lors- « qu'elles se répandent sur la terre, alors elles produisent « une image, ivizi, et nous permettent de faire ce calcul : « La source des eaux de la mer et le jet qui en sort pour se « répandre sur le sol font deux. Ensuite il se forme un ce bassin immense, comme lorsqu'on creuse une vaste pro- « fondeur; ce bassin est occupé par les eaux sorties de la « source, il est la mer elle-même et doit être compté le « troisième. A présent celte immense profondeur se parce lage eu sept canaux qui sont comme autant de vaisseaux « longs par lesquels s'échappe l'eau de la mer. La source, « le courant, la mer et les sept canaux forment ensemble « le nombre dix. Et si l'ouvrier qui a construit ces vases « vient à les briser, les eaux retournent à leur source, et « il ne reste plus que les débris de ces vases, desséchés et « sans eau. C'est ainsi que la cause des causes a produit les « dix Scphiroth. La Couronne, c'est la source d'où jaillit « une lumière sans fin, et de là vient le nom iVInfini, ya «^=]iD, EnSopli. pour désigner la cause suprême; car elle
« n'a dans cet élat ni forme ni figure; il n'existe alors « aucun moyen de la comprendre, aucune manière de la « connaître; c'est dans ce sens qu'il a été dit : Ne médite « pas sur une chose qui est trop au-dessus de toi*. Ensuite « se forme un vase aussi resserré (pi'un point (que la « lettre i), mais dans lequel cependant pénètre la lumière « divine : c'est la source de la sagesse, c'est la sagesse « elle-même, en vertu de laquelle la cause suprême se fait « appeler le Dieu sage. Après cela elle construit un vase ce immense comme la mer, et qu'on nomme l'intelligence : « de là vient le litre de Dieu intelligent. Sachons cependant « que Dieu n'est intelligent et sage que par sa propre suh- « stance; car la sagesse ne mérite pas ce nom par olle- « même, mais à cause de lui qui est sage et la produit de « la lumière émanée de lui : ce n'est pas non plus par elle- « même qu'on peut concevoir l'intelligence, mais pnr lui « qui est l'être intelligent et qui la remplit de sa propre « substance. Il n'aurait qu'à se retirer pour la laisser « entièrement desséchée. C'est ainsi qu'il faut entendre « ces mots : Les eaux se sont retirées de la mer, et le lit ce du fleuve est devenu sec et aride'. Enfin, la mer se parce loge en sept branches, et il en résulte les sept vases préce cieux qu'on appelle la miséricorde ou la grandeur, la ce justice ou la force, la beauté, le tinomplie, la gloire, la ce royauté et le fondement ou bi base. C'est pour cette ce raison qu'il est nommé le grand ou le miséricordieux, ce le fort, le magnifique, le Dieu des victoires, le Créateur ce à qui toute gloire appartient et la base de toutes choses, ce C'est ce dernier attribut qui soutient tous les autres, ce ainsi que la totalité des mondes. Enfin, il est aussi le ce roi de l'univers; car tout est en son pouvoir, soit qu'il
1. Ecclésiaste, chap. ii', v. 2, cilé clans le Thulniud de Dabylone, 'Ilayuiga 13 fl, et dans Bcreschil Rabba, 8.
2, Job, chap. xiv, v. 2.
OPLMON DES KABBALISTES SUR DIEU. l5l "
« veuille diminuer le nombre des vases et augmenter la « lumière qui en jaillit, ou que le contraire lui semble « préférable*. » Tout ce que les kabbalistes ont pensé de la nature divine est à peu près résumé dans ce texte. Mais il est impossible qu'il ne laisse pas une grande confusion, même dans les esprits les plus familiarisés avec les questions et les systèmes métapbysiques. 11 faudrait, d'une part, qu'il pût être suivi d'assez longs développements : de l'autre, au contraire, il serait utile de présenter, sous une forme à la fois plus substantielle et plus précise, cbacun des principes qu'il renferme. Pour atteindre ce doubltî but sans compromettre la vérité bistorique, sans avoir la crainte de substituer notre propre pensée à celle dont nous voulons être l'organe, nous réduirons le passage qu'on vient de lire à un petit nombre de propositions fondamentales, dont chacune sera en même temps éclaircie et justifiée par d'autres extraits du Zohar.
i" Dieu est, avant toute chose, l'être infini; il ne saurait donc être considéré ni comme l'ensemble des êtres, ni comme la somme de ses propres attributs. Mais sans ces attributs et les effets qui en résultent, c'est-à-dire sans une forme déterminée, il est à jamais impossible ou de le comprendre ou de le connaître. Ce principe est assez clairement énoncé lorsqu'on dit « qu'avant la création Dieu était sans « forme, ne ressemblant à rien, et que, dans cet état, « aucune intelligence ne peut le concevoir ». Mais, ne voulant pas nous borner à cet unique témoignage, nous cspéi'ons que la même pensée ne sera pas plus difficile à reconnaître dans les paroles suivantes : « Avant que Dieu « se fût manifesté, lorsque toutes choses étaient encore « cachées en lui, il était le moins connu parmi tous les « inconnus. Dans cet état, il n'a pas d'autre nom que celui
1. Zohar, 2" part., fol. 42, verso, et 45, reclo, sect. nS?*13 h.S* Ni-
« qui exprime l'inlerrogation. Il commcnra par former un « point imperccjjtible : ce fut sa propre pensée; puis il se ce mit à construire avec sa pensée une forme mystérieuse a et sainte; enfin, il la couvrit d'un vêtement riche et « éclatant : nous voulons parler de l'univers, dont le nom <c entre nécessairement dans le nom de Dieu^ » Voici ce qu'on lit aussi dans VIdra souta (la Petile assemblée), dont nous avons plus d'une fois signalé l'importance : « L'An- « cien des anciens est en même temps l'inconnu des ce inconnus; il se sépare de tout et il n'en est pas séparé; « car tout s'unit à lui comme à son tour il s'unit à toute ce chose; il n'y a rien qui ne soit en lui. Il a une forme, et ce l'on peut dire qu'il n'en a pas. En prenant une forme, il ce a donné l'existence à tout ce qui est; il a d'abord fait ce jaillir de son sein dix lumières qui brillent par la forme ce qu'elles ont empruntée de lui, et répandent de toute part ce un jour éblouissant : c'est ainsi qu'un phare envoie de ce tous côtés ses rayons lumineux. L'Ancien des anciens, ce l'inconnu des inconnus est un phare élevé, que l'on ce connaît seulement par les lumières qui brillent à nos ce yeux avec tant d'éclat et d'abondance. Ce qu'on appelle ce son saint nom n'est pas autre chose que ces lumières*. » 2° Les dix Séphirolh, par lesquelles l'Être infini se fait connaître d'abord, ne sont pas autre chose que des attributs qui, par eux-mêmes, n'ont aucune réalité substan-
1. Zohar, foL 1 et 2, l"' part.; foL 105, recto, 2*^ part. Il y a dans ce texte
un jeu de mots que nous n'avons pas pu rendre fidèlement. On se propose
d'espliquer ce verset : Levez vos yeux vers le ciel et voyez qui a créé cela.
\ Or il se trouve qu'en réunissant en un seul les deux mois héhrcux, dont l'un,
I iî2' ^^ traduit par le pronom intcrrogatit qui, et l'autre, n^x» P^f c'c/a, on
i j obtient le nom de Dieu, Qi-Sx- L'auteur du verset ayant voulu désigner l'uni-
i vers, on en conclut que celui-ci est inséparable de Dieu, puisqu'ils n'ont, l'un
! et l'autre, qu'un seul et même nom.
2- Nmp Nî2*kr pipN p;\s'i ]L:c*î:n*2" "ç^rrr. ]'î:"n nSx -'•Iw nS-
j°part., fol. 288, rcclo, Idra soula.
Ol'IMOK DES KABBALISTES SUR DIEU. 153
lielle; dans chacun de ces attributs, la substance divine est présente tout entière, et dans leur ensemble consiste la première, la plus complète et la plus élevée de toutes les manifestations divines. Elle s'appelle l'homme primitif ou céleste, -jiaTp nia n^hv mx; c'est la figure qui domine le char mystérieux d'Ezéchiel et dont l'homme terrestre, comme nous le verrons bientôt, n'est qu'une pâle copie. « La forme de l'homme, dit Simon ben Jochaï à ses « disciples, la forme de l'homme renferme tout ce qui est « dans le ciel et sur la terre, les êtres supérieurs comme (c les êtres inférieurs; c'est pour cela que l'Ancien des <c anciens l'a choisie pour la sienne'. Aucune forme, « aucun monde ne pouvait subsister avant la forme c humaine; car elle renferme toutes choses, et tout ce qui « est ne subsiste que par elle ; sans elle, il n'y aurait pas de te monde, et c'est dans ce sens qu'il faut entendre ces mots : « l'Eternel a fondé la terre sur la sagesse. Mais il faut dis- « tinguer l'homme d'en haut, xb'yV'î mx, de l'homme d'en « bas, NnnS" D^^^ car l'un ne pourrait pas exister s.ins « l'autre. Sur cette forme de l'homme repose la perfection <■<■ de la foi de tous; c'est d'elle qu'on veut parler quand on <c dit qu'on voyait au-dessus du char comme la figure d'un « homme; c'est elle que Daniel a désignée par ces mots : « Et je vis comme le fils de l'homme qui venait avec les <c nuées du ciel, qui s'avança jusqu'à l'Ancien des jours, et « ils le présentèrent devant llli^ » Ainsi, ce qu'on appelle riiomme céleste ou la première manifestation divine n'est pas autre chose que la forme absolue de tout ce qui est; la
1- ixm ]^;2i .T3 iSS^nxT ]\xnm '{\sS";t N:p"ii- iin q-xt N:pin N:pin >Nn3 tij'pn xmp a-p'n'j "jipn.s ^ixnm yah'j h^hz N:p'n
i<;ipm- ^'' pai't-» idid raba, fol. lli, verso.
n Tn^T N^zSy Q\'<p xS d-xt x:ipn "ix.-; xSaSxT x- xSa xt c\s;)
V1X IC ""Z-ni- '''' siipr., \\j\. Hi, icclo, etc.
source de loules les autres formes, ou plutôt de toutes les idées; en un mot, la pensée suprême, la même qui ailleurs est appelée le /2/0? ou le verbe. Nous ne prétendons pas exprimer ici une simple conjecture, mais un fait historirpje dont on appréciera l'exactitude à mesure qu'on aura une connaissance plus étendue de ce système. Cependant, avant d'aller plus loin, nous citerons encore ces paroles : « La « forme de l'Ancien (dont le nom soit sanctifié!) est une « forme unique qui embrasse toutes les formes. Elle est « la sagesse suprême et mystérieuse qui renferme tout le « reste \ »
5° Les dix Séphiroth, si nous en croyons les auteurs du Zoliar, sont déjà désignées dans l'Ancien Testament par autant de noms particuliers, consacrés à Dieu, les mêmes, comme nous l'avons déjà remarqué, que les dix noms mystiques dont parle saint Jérôme dans sa lettre à Marcel la". On a voulu aussi les trouver dans la Misclina, lorsqu'elle dit que Dieu a créé le monde avec dix paroles (dSi"."; ^■'23riii^2S''2 nn^^'-fy^oir^ar autant d'ordres émanés de son verbe souverain". Quoique tous également nécessaires, les attributs et les distinctions qu'ils expriment ne peuvent pas nous faire concevoir la nature divine de la même hauteur; mais ils nous la représentent sous divers aspects, que dans la langue des kabbalistes on appelle des visages, 'j''Si].n3'"|"'Sis'. Simon ben Jochaï et ses disciples font un fréquent usage de celte expression métaphorique; mais ils n'en o.nt pas abusé comme leurs modernes successeurs. Nous nous arrêterons un peu sur ce point, sans contredit le plus important de toute la science kabbalistique; et avant de déterminer le caractère particu-
1>5ky S;i nSSd HNCriD n^by- 5° pnrt., hlra solda, fol. 288, verso. 2. Zohar, o" part., fol. 11, recto.