‹ La kabbaleChapitre 48 sur 224 · Pirké-Aboih, V · texte numérisé non relu

Pirké-Aboih, V

OPINION DES KABBALISTES SLR DIEU. ISIj

lier de chacune des Sépliirolli, nous allons jeter un coup d'œil sur la question générale de leur essence; nous exposerons en peu de mots les diverses opinions qu'elle a fait naître parmi les adeptes de la doctrine.

Les kabbalistes se sont tous adressé ces deux questions : d'abord, pourquoi y a-t-il des Séphiroth? ensuite, ^quc sont les Séphiroth considérées dans leur ensemble, soit par rapport à elles-mêmes, soit par rapport à Dieu? Sur la première question les textes du Zohar sont trop positifs pour donner lieu au moindre doute. Il j a des Séphiroth comme il y a jjes^ noms de Dieu, puisque ces deux choses se confondent dans l'esprit, puisque les Séphiroth ne sont que les idées^ et les choses exprimées par les noms. Or, si Dieu ne pouvait pas être nommé, ou si, de tous les noms qu'on lui donne, aucun ne désignait une chose réelle, non seulement il ne serait pas connu de nous, mais il n'existerait pas davantage pour lui-même; car il ne peut se comprendre sans intelligence, ni être sage sans sagesse, ni agir sans puissance. Mais la seconde question n'est pas résolue par tous de la même manière. Les uns, se fondant sur le principe que Dieu est immuable, ne voient dans les Séphiroth que des instruments^ de la puissance divine, des créatures d'une nature supérieure, mais complètement distijictcs clu premier Etre. Ce sont ceux qui voudraient concilier le langage de la kabbale avec la lettre de la loi'. Les autres, poussant à ses dernières conséquences le principe antique que rien ne vient de rien, identifient complètement les dix 8é})hirotli et la substance divine. Ce que le Zohar appelle En Soph, c'est-à-dire l'Infini lui-même, n'est à leurs yeux que l'ensemble des Séphiroth, rien de plus, rien de moins; et chacune de ces der-

■1. A In tète do ce parti est l'aulciir' du livre intitulé : les Motifs des commamlemcnls (nTlï?2n ''GV*k2)» Mcnu'licni Ilekauali, qui floiissait au commeaceuient du (lualuiziénie siècle.

lôG LA KABBALE.

mères n'est qu'un point de vue différent de ce même infini ainsi compris'. Entre ces deux opinions extrêmes vient se placer un système beaucoup plus profond et plus conforme à l'esprit des monuments originaux : c'est celui qui, sans considérer les Séphiroth comme des instruments, comme des créatures, et par conséquent comme des êtres distincis de Dieu, ne veut pourtant pas les identifier avec lui. Yoici. en résumé, sur quelles idées il repose : Dieu est présent dans les Séphiroth, autrement il ne pourrait se révéler par elles; mais il ne demeure pas en elles tout entier; il n'est pas seulement ce qu'on découvre de lui sous ces formes sublimes de la pensée et de l'existence. En effet, les^ Séphiroth iiej^euvent jamais comjDrendre l'inlini, i'En Soph, qui est la source même de toutes ces formes, et qui, en cette qualité, n'en a aucune : ou bien, pour me servir des termes consacrés, tandis que chaque Séphirah a un nom bien connu, lui seul n'en a pas et ne peut pas en avoir. Dieu reste donc toujours l'Etre ineffable, incompréhensible, infini, placé au-dessus de tous les mondes qui nous révèlent sa présence, même le monde de l'émanation. Par là on croit échnpper aussi au reproche de méconnaître l'immutabilité divine : car les dix Séphiroth peuvent être comparées à autant de vases de différentes formes ou à des verres nuancés de diverses couleurs. Quel que soit le vaso dans lequel nous voulons la mesurer, l'essence absolue des choses demeure toujours la même; et la lumière divine, comme la lumière du soleil, ne change pas de nature avec le milieu qu'elle traverse. Ajoutons à cela que ces vases et ces milieux n'ont par eux-mêmes aucune réalité positive, aucune existence qui leur soit propre; ils représentent seulement les limites dans lesquelles la suprême essence des choses s'est renfermée elle-même, les différents degrés

i . Celte opinion est représentée par l'auteur du -7"^ p;2 C*^ Bouclier de David).

d'obscurité dont la divine lumière a voulu voiler sa clarté infinie, afin de se laisser contempler. De là vient qu'on a voulu reconnaître dans chaque Séphirah deux éléments, ou plutôt deux aspects différents : l'un, purement exiérieur, négatif, qui représente le corps, le vase proprement dit / . • (iVh l'autre, intérieur, positif, qui figure l'esprit et la lumière. C'est ainsi qu'on a pu parler de vases brisés qui ont laissé échapper la lumière divine. Ce point de vue, également adopté par Isaac Loria* et par Moïse Corduero% exposé par ce dernier avec beaucoup de logique et de précision, est celui, encore une fois, que nous croyons historiquement le plus exact et sur lequel nous nous appuierons désormais avec une entière confiance comme sur la base de toute la parlie métaphysique de la kabbale. Après avoir ainsi établi ce principe général sur l'autorité des textes et celle des commentaires les plus estimés, il fout maintenant que nous fassions connaître le rôle particulier de chacune des Séphiroth et les diverses manières dont on les a groupées par trinités et par personnes.

La première et la plus élevée de toutes les manifestations ' *7Jl25 divines, en un mot la première Séphirah, c'est la couronne, "inD, ainsi nommée en raison même de la place qu'on lui donne an-dessus de toutes les autres. « Elle est, dit le texte, u le pi'incipc de tous les principes, la sagesse mystérieuse, « la couronne de tout ce qu'il y a de plus élevé, le dia- « dème des diadèmes^. » Elle n'est pas cette totalité confuse,

!. Voy. Isaac Loria, Séplier Drou/ichini (□vj;«i-n 130^? "f^ '«''• — Cet tiuvi-afrc a été traduit par Knorr de lloscnrolh et fait parlie de la Kabhula ficnudala.

2. Voy. Pardes Rimoiiim (le Jardia des Grenades), fol. 21, 22, 25 et 24. Oulrc le mérite de la clarté que nous reconnaissons à Corduero, il a encore celui de rapporter fidèlement et de discuter d'une manière ap[)r()fondie les opinions de ses devanciers et de ses adversaires.

3. ii-in^i "ç^yc'j Sd •T's. p'cvn^T xS"'';S nvih'j xin^- Zohar, o^part,,

fol. 288, verso.

sans forme et sans nom, ce mystérieux inconnu qui a précédé toutes choses, mènieles attributs, ^id ■j\x. Elle représente l'infini, distingué du fini; son nom dans l'Écriture signifie

n't^ j^ ^^*'^' '^■'"''^S parce qu'elle est l'être en lui-même; l'être considéré d'un point de vue où l'analyse ne pénètre pas, où nulle qualification n'est admise, mais où elles sont toules réunies en un point indivisible. C'est par ce motif qu'on l'appelle aussi le point primitif ou par excellence, mipj iTcius n-ip:- n;iuxi. « Quand l'inconnu des inconnus voulut ce se manifester, il commença par produire un point; tant « que ce point lumineux n'était pas sorti de son sein, l'in- « fini était encore complètement ignoré et ne répandait « aucune lumière*. » C'est ce que les kabbalistes modernes ont expliqué par une concentration absolue de Dieu en sa propre substance, m2:Gi'. C'est cette concentration qui a donné naissance îi l'espace, à l'a/r primitif {]*'!21p^^'1ii), qui n'est pas un vide réel, mais un certain degré de lumière inférieur à la création. Mais par cela même que Dieu, retiré sur lui-même, se distingue de tout ce qui est fini, limité et déterminé; par cela même qu'on ne peut pas encore dire ce qu'il est, on le désigne par un mot qui

>">< signifie nulle chose, ou le non être, "iw. « On le nomme ce ainsi, dit Vidra souta, parce que nous ne connaissons « pas, et qu'il est impossible de connaître ce qu'il y a dans « ce principe; parce qu'il ne descend jamais jusqu'à notre « ignorance et qu'il est au-dessus de la sagesse elle-même*. » Nous ne pouvons pas nous empêcher de faire remarquer que l'on retrouve la même idée et jusqu'aux mêmes expressions

^- K*-n mip: isms itj t^^ibinxS n"2 ii'ztid Sût ngtid" Nn"'w2

Zohar, \'" part., fol. 2, recto,

Nin mip: thj .TmypsT ipim i;^t tj SSd y-i'n.s ah- Zohar, r= pan.,

foL 15, recto.

yH npN -]3 y^Z' 'ZrhzT-Z- ^'V^vL, m. 288, verso.

OriNION DES KABBALISTES SUR DIEU. 130

dans l'un des plus vastes et des plus célèbres systèmes d^ métaphysique dont notre époque puisse se glorifier aux yeux de la postérité. « Tout commence, dit Hegel, par « Vêtrej^r, qui n'est qu'une pensée entièrement indéler- /{^ U « minée, simple et immédiate, car le vrai commencement « ne peut pas être autre chose.... Mais cet être pur n'est « que la plus pure abstraction; c'est un terme absolument « négatif, qui peut aussi, si on le conçoit d'une manière « immédiate, être appelé le non-ètre'. » Enfin, pour revenir à nos kabbalistcs, la seule idée de l'être ou de l'absolu, considérée du point de vue sous lequel nous venons de l'envisajïer, constitue une forme complète, ou, pour employer le terme consacré, une tèle, un visage; ils l'appellent la ièie blanche (Nin-Kun), parce que toutes les couleurs, UfUiZfc'est-à-dire toutes les notions, tous les modes déterminés sont confondus en elle, ou V Ancien (xp'^n:;), parce qu'elle est '-^^ ''^'^'■ la pi-emière des Séphiroth. Seulement, dans ce dernier cas, il faut se garder de la confondre avec V Ancien des anciens (■jip''n';T Np^n*^*), c'est-à-dire avec l'En Soph lui-même, devant lequel son éclatante lumière n'est que ténèbres. Mais on la désigne plus généralement sous la dénomination singulière de grand vimge, aii2N-jnx; sans doute parce qu'elle ren- '^^^i- , ferme toutes les autres qualifications, tous les attributs intellectuels et moraux dont on forme, par la même raison, \i' pdit vhage,y^:i<')'^'':i'. « Le premier, dit le texte, c'est 'LA^ f « l'Ancien, vu face à face, il est la tête suprême, la source

1. (( Das reine Scipi macht don Anfang, weil es sowolil reiner Gedanlic, aïs das uiibestiniinle einfache UniniUelhare isl, der crste Anfong aber nichls VerinillcUes und weiler Besliminles scyn kann. Dièses reine Scyn ist nun die reine Abstraclion, damit das Absolid-ncgalive, welches, gleichfalIsunniiUelbar genomrnen, das Nichls ist. » Encyclopédie des sciences philosophiques, §§ 8(> et 87.

2. N*n 1:^7 aS'yn ^''wxin dS";,"! nt.i i'eis' -i-i>< N-ipj inrnmSiïx' TiD\-i "7 HDjna a.T»:r mrED n Sd SSi3 xm"i ^'î:s T"7.Ch:ii).iii,fui.8,

D^31î21 DT12 '^'^ Muise Corducro.

uo

« de toiile lumière, le principe de toute sagesse, et ne peut « être défini autrement que par l'unité*. » , Du sein de celte unité absolue, mais distinguée de la ■variété et de toute unité relative, sortent parallèlement deux principes opposés en apparence, mais en réalité insépa- Jrables : l'un, mâle ou actif, s'appelle la sagesse, narn ; l'autre, passif ou femelle, est désigné par un^mot qu'on a coutume de traduire par celui àHnteUlgence, nra. « Tout ce qui « existe, dit le texte, tout ce qui a été formé par l'Ancien « (dont le nom soit sanctifié!) no peut subsister que par un « mâle et par une femelle*. » Nous n'insisterons pas sur cette forme générale, que nous retrouverons fréquemment sur notre route; mais nous croyons qu'elle s'applique ici au sujet et à l'objet de l'intelligence, qu'il n'était guère possible d'exprimer plus clairement dans une langue éminemment poétique. La sagesse est aussi nommée le père; car elle a, dit-on, engendré toutes clioses. Au moyen des trentedeux voies merveilleuses par lesquelles elle se répand dans l'univers, elle impose à tout ce qui est une forme et une mesure \ L'intelligence, « c'est la mère, ainsi qu'il est « écrit : Tu appelleras l'intelligence du nom de mère * » I (Proverbes, II, 3). Cependant, sans détruire l'antitbèse que l'on vient d'établir comme la condition générale de l'existence, on fait quelquefois sortir le principe femelle ou passif du principe nlàle^ De leur mystérieuse et éternelle

1- iipi^ D'^EiS -jiN* nSd Nmp Np^ivi iiî::n2 iiîin' ib^nc^s ly.-

Zolictr, 5" part., fol. 292, verso, et 289, verso.

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