Zoltar, ."'^^ jxirl., fol. 10, verso, sccl. t<T;;iT
lot de perpétuer l'œuvre de la création. Mais l'amour réciproque qui les porte à celte œuvre éclate de deux manières, et produit par conséquent des fruits de deux espèces : tantôt il vient d'en haut, va de l'époux à l'épouse et de là à l'univers tout entier; c'est-à-dire que l'existence et la vie, sortant dos profondeurs du monde intelligible, tendent à se multiplier de plus en plus dans les objets de la nature : tantôt, au contraire, il vient d'en bas, il va de l'épouse à l'époux, du monde réel au monde idéal, de la terre au ciel, et ramène dans le sein de Dieu les êtres capables de demander ce retour. Le Zohar nous offre lui-même un exemple de ces deux modes de génération dans le cercle que parcourent les âmes saintes. L'àme, considérée dans son essence la plus pure, a sa racine dans l'intelligence ; je parle de l'intelligence suprême où les formes des êtres commencent déjà à se distinguer les unes des autres, et qui n'est en réalité que l'âme universelle. De là, si elle doit être une âme masculine, elle passe par le principe de la grâce ou de l'expansion; si c'est une âme féminine, elle s'imprègne du principe de la justice ou de la concentration : enfin, elle est enfantée à ce monde où nous vivons par l'union du roi et de la reine, qui sont, dit le texte, à la génération de l'âme ce que l'homme et la femme sont à la génération du corps \ Voilà par quel chemin l'âme descend ici-bas. Voici maintenant comment elle est rendue au sein de Dieu : quand elle a rempli sa mission et que, parée de toutes les vertus, elle est mure pour le ciel, alors elle s'élève de son propre mouvement, par l'amour qu'elle excite comme par celui qu'elle éprouve, et avec elle s'élève aussi le dernier degré de l'émanation, ou l'existence réelle, ainsi mise en harmonie avec la forme idéale. Le roi et la reine s'unissent de nouveau, mais pour une autre cause et dans un autre but
1- NnnS- neIm nî23 np£: Ni-i'irn-cc* azh^z'i N;rMC NUi-p Nncw'j
ii2^D'•iZ^ ina- i^'Ohar, 5' part., foL 7.
que la première fois*. « De cette manière, dit le Zohar\ la « vie est puisée en même temps d'en haut et d'en bas, la « source se renouvelle, et la mer, toujours remplie, distribue « SCS eaux en tout lieu*. » Cette union peut avoir lieu aussi d'une manière accidenlelle, pendant que l'àme est encore enchaînée au corps. Mais ici nous touchons à l'extase, au ravissement mystique et au dogme de la réversibilité dont nous avons résolu de parler ailleurs.
Cependant nous croirions avoir exposé d'une manière incomplète la théorie des Séphiroth si nous ne faisions pas connaître les figures sous lesquelles on a essayé de les représenter aux yeux. 11 y en a trois principales, dont deux au moins sont consacrées par le Zohar. L'une nous montre les Séphiroth sous la forme de dix cercles concentriques, ou plutôt de neuf cercles tracés autour d'un point qui est leur centre commun. L'autre nous les présente sous l'image du corps humain. La couronne, c'est la tète; la sagesse, le cerveau; l'intelligence, le cœur; le tronc et la poitrine, en un mot, la ligne du milieu est le symbole de la beauté, les bras celui de la grâce et de la justice, les parties inférieures du corps expriment les attributs qui restent. C'est sur ces rapports tout à lait arbitraires, poussés à leur dernière exagéralion dans les Tikounim (les suppléments du Zohar), que se fonde en grânïïe partie la kabbale pratique et la prétention de guérir par les différents noms de Dieu les maladies qui peuvent atteindre les diverses parties de noti'e corps. Ce n^est pas la première fois, au reste, qu'à la décadence d'une doctrine les idées ont été peu à peu étouffées par les symboles, même les plus grossiers, et la forme mise à la place de la pensée. EnHn, la dernière manière de représenter les dix
1. Pour ne pas multiplier les citations, je renverrai à CorJuoio, qui les a loutcs réunies dans son Vardes Rimonini, fol. 60-Ci.
2. Zohar, V part., fol. CO-70. — xnnDT xS''>ÎJ Cin ^^DlnX ]n3
132 LA KABUALE.
Séphiroth, c'est celle qui les partage en trois groupes : à droite, sur une même ligne verticale, on voit figurer les attributs qu'on peut appeler expansifs, à savoir : le Logos ou la sagesse, la grâce et la force : à gauche se trouvent placés de la môme manière, sur une ligne parallèle, ceux qui marquent la résistance ou la concentration; l'intelligence, c'est-à-dire la conscience du Logos, la justice et la résistance proprement dite. Enfin, au milieu sont les attributs substantiels que nous avons compris dans la trinité suprême. Au sommet, au-dessus du niveau commun, on lit le nom de la couronne, et à la base celui de la royauté*. Le Zohar fait fréquemment allusion à cette figure qu'il compare à un arbre dont l'En Soph serait la vie et la sève, et qu'on a appelé depuis l'arbre kabbalistique. On y voit rappelée à chaque pas f- V''~:- la colonne de la grâce (x:ioi Niro* nom isr.cî?'), la colonne ^w^U'^ delà justice (Nam »siicy nVn'/2u;t n-itdd) et la colonne du milieu (xnyïCN" Niiny) ; ce qui n'empêche pas la même figure de nous représenter sur un autre plan, par les lignes horizontales, les trois trinités secondaires dont nous avons parlé précédemment. Outre toutes ces figures, les kabbalistes ^[y^ modernes ont encore imaginé des canaux (milaj;) indiquant sous une forme matérielle tous les rapports, toutes les combinaisons qui peuvent exister entre les Séphiroth. Moïse Corduero parle d'un auteur qui en a compté jusqu'à six cent mille^ Ces subtilités peuvent intéresser jusqu'à un certain point la science du calcul ; mais c'est en vain qu'on y chercherait une idée métaphysique.
A la doctrine des Séphiroth, telle que nous venons enfin de l'exposer, se mêle dans le Zohar une idée étrange, exprimée sous une forme plus étrange encore; c'est celle d'une chute et d'une réhabilitation dans la sphère même des attri-
1. Pour toutes ces figures voir le Pordes Rimonim, fol. 51-59 ("nDl^î:?
OriMON DES KABBALISTES SUR DIEU. 155
buts divins, d'une création qui a échoué, parce que Dieu n'était pas descendu avec elle pour y demeurer ; parce qu'il n'avait pas encore revêtu cette forme intermédiaire entre lui et la créature dont l'homme ici-bas est la plus parfaite expression. Ces conceptions diverses, en apparence, ont été réunies dans une pensée unique que l'on rencontre en même temps, tantôt plus, tantôt moins développée, dans le Livre du mystère, dans les deux Idra et dans quelques autres fragments d'une moindre importance. Voici maintenant de quelle bizarre façon elle est présentée. La Genèse ^ fait men- /^^^^^f lion de sept rois d'Edom qui ont précédé les rois d'Israël, et en les nommant elle les fait mourir l'un après l'autre, pour nous apprendre dans quel ordre ils se sont succédé. C'est do ce texte, si étranger par lui-même à un tel ordre d'idées, que les auteurs du Zoliar se sont emparés pour y rattacher leur croyance à une sorte de révolution dttns le monde invisible de l'émanation divine. Par les rois d'Israël, ils entendent ces deux formes de l'existence absolue qui ont été personnifiées dans le roi et la reine, et qui représentent, en la divisant pour notre faible intelligence, l'essence même de l'Elre. Les rois d'Edom, ou, comme on les appelle encore, les anciens rois, ce sont les mondes qui n'ont pu subsister, qui n'ont pu se réaliser avant que ces formes fussent établies, pour servir d'intermédiaire entre la création et l'essence divine considérée dans toute sa pureté. Au reste, la meilleure manière, selon nous, d'exposer sans altération cette obscure partie du système kabbalislique, c'est de citer, en les expliquant l'un par l'aulre, quelques-uns des fragments qui s'y rapportent. « Avant que l'Ancien des anciens, celui qui est ce le plus caché parmi les choses cachées, eût préparé les « formes des rois et les premiers diadèmes, il n'y avait ni « limite ni fin. 11 se mil donc ù sculpler ces formes et à les