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Î5Î LA KADBALE.
« Iracer dans sa propre substance. Il étendit devant lui- « même un voile, et c'est dans ce voile qu'il sculpta ces « rois, qu'il traça leurs limites et leurs formes ; mais ils ne « purent subsister. C'est pour cela qu'il est écrit : Voici les « rois qui régnèrent dans le pays d'Edom avant qu'un roi « régnât sur les enfants d'Israël. Il s'agit ici des rois primi- IV^T^) « tifs et d'Israël primitif ^ Tous les rois ainsi formés avaient « leurs noms; mais ils ne purent subsister jusqu'à ce qu'il « (l'Ancien) descendît vers eux et se voilât pour eux*. « Qu'il soit question dans ces lignes d'une création antérieure à la nôtre, de mondes qui ont précédé celui où nous sommes, c'est ce qui ne peut laisser aucun doute; c'est ce que le Zoliar lui-même nous dit un peu plus loin dans les termes les plus positifs % et telle est aussi la croyance unanime de tous les kabbalistes modernes. Mais pourquoi les anciens mondes ont-ils disparu? Parce que Dieu n'babilait pas au milieu d'eux d'une manière régulière et constante, ou, comme dit le texle, parce qu'il n'était pas descendu vers eux. parce qu'il ne s'était pas montré encore sous une forme qui lui permît de rester présent au milieu de la création, et de la perpétuer par celte union même. Les existences qu'il produisait alors, par une émanation spontanée de sa propre substance, sont comparées à des étincelles s'échappant en désordre d'un foyer commun et mourant à mesure qu'elles s'en éloignent. « Il a existé d'anciens mondes qui ont été décc truits, des mondes sans forme qu'on a appelés les étincc celles ('[•'jr'ir: nhvj' "p*"') ; car c'est ainsi que le forgeron, en « battant le fer, fait jaillir les étincelles de tout côté. Ces « étincelles sont les anciens mondes, et ces anciens mondes « ont été délruils et n'ont pu subsister, parce que l'Ancien
1. Le mot « primitif » (7^)2^p)!dans le Zohar, est toujours synonjine d'idéal, de céleste ou d'intelligible.
"2. Idra raba, édit. d'Amsterdam, 5" part., fol. 148, reelo.
5. 5-^ part., fol. Cl . yS 2nn*. ]'')2h'j nN2 n'.n ndi'j \sn n^pn ni2 ah ly
« (dont le nom soit sanctifié!) n'avait pas encore revêtu sa « forme, et l'ouvrier n'était pas encore à son œuvre*. »
Et quelle est donc celle forme sans laquelle toute durée et toute organisation sont impossibles dans les existences finies, qui représente, à proprement parler, l'ouvrier dans les œuvres divines, sous laquelle enfin Dieu se communique et se reproduit en quelque sorte hors de lui? C'est la forme humaine entendue dans sa plus haute généralité, embrassant avec les attributs moraux et intellectuels de notre nature les conditions de son développement et de sa perpétuité, en un mot, la distinction des sexes que les auteurs du Zohar jv^^u^fo^ admettent pour l'âme aussi bien que pour le corps. La distinction des sexes ainsi comprise, ou plutôt la division et la reproduction de la forme humaine sont pour eux le symbole de la vie universelle, d'un développement régulier et infini de l'Etre, d'une création régulière et continue, non seulement par la durée, mais aussi par la réalisation successive de toutes les formes possibles de l'existence. Nous avons déjà rencontré précédemment le fond de cette idée ; mais ici il y a quelque chose de plus : c'est que l'expansion graduelle de la vie, de l'être et de la pensée divine n'a pas commencé immédiatement au-dessous de la substance; elle a été précédée de cette émanation tumultueuse, désordonnée et, si je puis dire ainsi, inorganique dont nous avons parlé tout à l'heure, v Pourquoi tous ces anciens mondes furent-ils dé- « truils? Parce que l'homme n'était pas formé encore. Or, « la forme de l'homme renferme toutes choses; toutes choses « peuvent se maintenir par elle. Comme cette forme n'existe tait pas encore, les mondes qui l'avaient précédée ne pu- « rcnt subsister ni se maintenir, et ils tombèrent en ruines,
1. Idm solda, 5° p:irt. du Zohar, fol. S'.V2, verso, cilit. d'Ainslcnlam.
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156 LA KABCALi:.
« jusqu'à ce que la forme de l'homme fut élablie : alors i!::> ce renaquirent tous avec elle, mais sous d'autres noms*. » Nous ne démontrerons pas par de nouveaux textes la distinction des sexes dans l'homme idéal ou dans les attributs divins; il nous suffira de remarquer ici que cette distinction, répétée sous mille formes dans le Zohar, reçoit aussi le nom .l^jj^y>) caractéristique de balance (Nbpnn). « C'était avant que la ' « balance fut établie, dit le Livre du mystère ; ils (le roi et
« la reine, le monde idéal et le monde réel) ne se regardaient ce pas face à face, et les premiers rois moururent faute de ce trouver leur subsistance, et la terre était en ruines... Cette ce balance est suspendue dans un lieu qui n'est pas (le nonce être primilif) ; ceux qui doivent être posés dans ses pla- « teaux n'existent pas encore. C'est une balance tout intéce rieure, qui n'a pas d'autre appui qu'elle-même, invisible. ce Ce qui n'est pas, ce qui est et ce qui sera, voilà ce que ce porte et ce que portera cette balance *. »
Ainsi que nous l'apprend déjà une citation précédente, les rois d'Edom, les anciens mondes n'ont pas disparu complètement; car, dans le système kabbalistique, rien ne naît, rien ne périt d'une manière absolue. Seulement ils ont perdu leur eincienne place, qui était celle de l'univers actuel ; et quand Dieu vint à se manifester hors de lui, à se reproduire luimême sous la forme de l'homme, ils ressuscitèrent, en quelque sorte, pour entrer sous d'autres noms dans le système général de la création, ce Lorsqu'on dit que les rois d'Edom ce sont morts, on ne veut pas parler d'une mort réelle ou ce d'une complète destruction ; mais toute déchéance est apce pelée du nom de mort ^ » En effet, ils descendirent bien bas, ou plutôt, ils s'élevèrent bien peu au-dessus du néant;
i. Lira raba ; ib. supr,, fol. 155, reclo et verso.