‹ La kabbaleChapitre 6 sur 224 · Histoire des Juifs; Paris et La Uaye · texte numérisé non relu

Histoire des Juifs; Paris et La Uaye

G. Magna Bibliothcca rabbinica, A vol. iii-f\

7. J. F. Buddeus^ Introdiiciio ad Historiam philosophix Hebrœoriim : Ualœ, 1702 et 1721, in-8.

8. Eréra appartient au dis-septième siècle. Son principal ouvrage, Porte des Cicîix (Porta cœloruni), a été composé en espagnol, sa langue maternelle, puia

parler d'un assez bon nombre d'auteurs qui ont fait de la doctrine ésotérique des Hébreux une étude plus sérieuse, ou à qui du moins il faut accorder le mérite de l'avoir tirée de l'obscurité profonde où elle était restée enfouie jusqu'à la fin du quinzième siècle.

Le premier qui ait révélé à l'Europe cbrétienne le nom'^^^r"^ et l'existence de la kabbale, c'est un bomme qui, malgré les écarts de son ardente imagination, malgré la fougue désordonnée de son esprit enthousiaste, et peut-être par la puissance même de ses brillants défauts, a imprimé aux idées de son siècle une vigoureuse impulsion : nous voulons parler de Raymond-Lulle. 11 serait difficile de dire jusqu'à quel point il était initié à. cette science mystérieuse, et quelle influence elle a exercée sur ses propres doctrines. Je me garderai d'affirmer, avec un historien de la philosophie', qu'il y a puisé la croyance à l'identité de Dieu et de la nature. Mais il est certain qu'il s'eii faisait une idée très élevée, la regardant comme une science divine, comme une véritable révélation dont la lumière s'adresse à l'âme rationnelle"; et peut-être est-il permis de supposer que les procédés artificiels mis en usage par les kabbalistcs pour rattacher leurs opinions aux paroles de l'Ecriture, que la substitution, si fréquente parmi eux, des nombres ou des lettres aux idées et aux mots, n'ont pas peu contribué à l'invention du grand art. Il est digne de remarque que plus de deux siècles et demi avant l'existence des deux écoles rivales de Loria et de

traduit en hébreu, et enfin en latin, par l'auleur de la Kahhalah denudata. I en sera encore une fois question un peu plus bas.

\. Tennemann, Geschiddc dcv Philosophie, t. VllI, p. 857.

2. « Dicitur hœc doctrina Kabbala quod idem est secundùm IlebriBos ut receptio verilatis cujuslibet rei divinitùs revelata; animse rationali.... Est igilur Kabbala habilus anim;c rationalis ex rectà ralione divinarum rerum cognilivus; propter quod est de maxime eliam divino consequulivè divina scientia vocari débet. » [De Audi lu Kabbalislico, sivc ad omncs scienlias inlroduciorium; Strasbourg, 1031.)

Cordiiero, dans le temps même où certains critiques modernes ont voulu placer la naissance de toute la science kabbalistique, Raymond-Lulle fasse déjà la distinction des kabbalistes anciens et des kabbalistes modernes'.

L'exemple donné par le philosophe majorquin demeura longtemps stérile; car, après lui, l'étude de la kabbale retomba dans l'oubli, jusqu'au moment où Pic de la Mirandole et Reuchlin vinrent répandre quelque lumière sur une science dont on ne connaissait jusqu'alors, hors du cercle des adeptes, que l'existence et le nom. Ces deux hommes, également admirés par leur siècle pour la hardiesse de leur esprit et l'étendue de leurs connaissances, sont pourtant loin d'être entrés dans toutes les profondeurs et dans toutes les difficultés du sujet. Le premier a tenté de réduire à un petit nombre de propositions^ dont il n'indique pas la source, entre lesquelles on aperçoit difficilement quelque rapport, un système aussi étendu, aussi varié, aussi conséquent, aussi fortement construit que celui qui fait l'objet de nos recherches. 11 est vrai que ces propositions étaient, dans l'origine, des thèses destinées à être soutenues en public et développées par l'argumentation. Mais, dans l'état où elles nous sont parvenues, leur brièveté autant que leur isolement les rend inintelligibles, et ce n'est pas assurément dans quelques digressions plus étendues, disséminées au hasard dans les œuvres les plus diverses, que l'on trouvera l'unité, les développements, les preuves de fidélité qu'on est en droit d'exiger dans une œuvre de cette importance. Le second, moins emporté par son imagination, plus systématique et plus clair, mais aussi d'une érudition moins étendue, n'a

1. Ib.supr. — Quant à l'opinion à laquelle nous faisons allusion, elle sera onguement discutée dans la première partie de ce travail.

2. Conclusiones cabalisticœ, numéro xlvii, sccundum sccretam doclrinam sapicntium Hebrœorum,e[c., t. I, page 54 de ses Œuvres, édit. de Bàle. Elles furent publiées pour la première fois à Rome, en 1480.

malheureusement pas su puiser aux sources les plus abondantes et les plus dignes de sa confiance. Pas plus que l'auteur italien qui, né après lui*, l'avait cependant devancé dans cette carrière, il ne cite les autorités sur lesquelles il s'appuie; mais il est facile de reconnaître en lui l'esprit peu critique de Joseph de Castille^ et du faux Abraham ben Dior, un commentateur du quinzième siècle, qui mêla à ses connaissances kabbalistiques les idées d'Aristole et tout ce qu'il savait de la philosophie grecque, interprétée par les xVrabes". En outre, la forme dramatique adoptée par Reuchlin n'est ni assez précise ni assez sévère pour un tel sujet, et ce n'est pas sans une sorte de dépit qu'on le voit passer à côté des questions les plus importantes pour établir, sur quelques vagues analogies, une filiation imaginaire entre la kabbale et la doctrine de Pythagore. Il veut que le fondateur de l'école italique ne soit qu'un disciple deskabbalistes, à qui il devrait, non seulement le fond, mais aussi la forme symbolique de son système et le caractère traditionnel de son enseignement : de là des subtilités et des violences qui défigurent également les deux ordres d'idées que l'on essaye de confondre. Des deux ouvrages qui ont fait la réputation de Reuchlin, un seul, celui qui a pour titre de Arte Cahhaluiicà\ contient une exposition régulière de la doctrine ésotérique des Hé-

1. Reuchlin est né en 1455, et Jean Pic de la Mirandole en 1463.

2. Va\ hébreu, j^S^TSpU 'HDl"'- ^^ ^^^ l'auteur du livre intitulé la Porte de la Lumière (nilî-^ "l^U^)» ^ue Paul Ricci a traduit en latin, et que Reuchlin a visiblement pris pour base dans son de Verbo mirifico.

3. 11 est connu sous le nom de Tix"), c.-à.-d. Abniham bon David. Il a fait sur le Sephcr lelzirah un commentaire hébreu qui a été imprimé avec le texte, à Manloue, en 1502, et à Amsterdam, en 1642. Il a été longtemps confondu, à cause de la similitude du nom, avec un autre kabbaliste bien plus célèbre, mort au commencement du treizième siècle, et le maître de Moïse de Léon, à qui l'on a voulu attribuer la composition du Zohar. (Voir le Journal de théologie judaïque de Geiger, t. 11, p. 512.)

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