‹ La kabbaleChapitre 72 sur 224 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

La doclrine métaphysique et religieuse que nous avons recueillie dans le Zohar a sans doute une ressemblance plus intime avec ce qu'on appelle la philosophie néoplatonicienne qu'avec le platonisme pur. Mais avant de signaler ce qu'ils ont de commun, avons-nous le droit d'en conclure que le premier de ces deux systèmes ait nécessairement copié l'autre? Si nous voulions nous contenter d'une critique superficielle, un seul mot suffirait à résoudre cette question; car nous n'aurions aucune peine à établir, et nous avons déjà établi, dans notre première partie, que la doctrine secrète des Hébreux existait depuis longtemps quand Ammonius Saccas, Plotin et Porphyre renouvelèrent la face de la philosophie. Nous aimons mieux admettre, comme de fortes raisons nous y obligent, que la kabbale a mis plusieurs siècles à se développer et à se constituer à son état définitif. Dès lors, la supposition qu'elle a beaucoup emprunté de l'école païenne d'Alexandrie demeure dans toute sa force et mérite un sérieux examen ; surtout si l'on songe que depuis la révolution opérée en Orient par les armes macédoniennes, plusieurs Juifs ont adopté la langue et la civilisation de leurs vainqueurs.

Il faut d'abord que nous parlions d'un fait déjà prouvé ail-

leurs *, et qui, clans la suite de ce travail, se prouvera plus clairement encore par lui-même : c'est que la kabbale, comme l'atteste son étroite alliance avec les institutions rabbiniques, nous est venue de la Palestine ; car à Alexandrie les Juifs parlaient grec, et dans aucun cas ils n'auraient fait usage de l'idiome populaire et corrompu de la Terre-Sainte. Or, depuis l'instant où l'école néoplatonicienne commença à naître dans la nouvelle capitale de l'Egypte, jusqu'au milieu du quatrième siècle, époque à laquelle la Judée vit mourir ses dernières écoles, ses derniers patriarches, les dernières étincelles de sa vie intellectuelle et religieuse*, quels rapports trouvons-nous entre les deux pays et les deux civilisations qu'ils représentent? Si, durant ce laps de temps, la philosophie païenne eût pénétré dans la Terre-Sainte, il faudrait naturellement supposer l'intervention des Juifs d'Alexandrie, à qui depuis plusieurs siècles, comme le prouvent la version des Septante et l'exemple d'Arislobule, les principaux monuments de la civilisation grecque étaient aussi familiers que les livres saints. Mais les Juifs d'Alexandrie avaient si peu de relations avec leurs frères de la Palestine, qu'ils ignoraient complètement les institutions rabbiniques qui, chez ces derniers, ont pris tant de place, et qu'on trouve déjà enracinées parmi eux plus de deux siècles avant l'ère vulgaire '. Que l'on parcoure avec la plus profonde attention les écrits de Philon, le livre de hi Sagesse et le dernier livre des Macchabées, sortis l'un et l'autre d'une plume alexandrine, on n'y verra cités nulle part les noms qui sont entourés, en Judée, de l'autorité la plus sainte, comme celui

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