‹ La kabbaleChapitre 75 sur 224 · Antiquit. jiid., liv. XIV, cliap. m · texte numérisé non relu

Antiquit. jiid., liv. XIV, cliap. m

le parjure seront arrivés à leur comble. Or, sur qui lait-oii peser la responsabilité d'un tel crime? chez qui en va-t-on chercher la pensée première? Chez ceux qui négligent la loi de Dieu pour rechercher la sagesse des nalions. Que celte accusation soit fondée ou non, peu nous importe; que l'anaihème dont elle est la justification ou la cause ait été prononcé pendant la guerre des Hasmonéens ou celle de Titus, peu nous importe encore. Mais ce qui nous intéresse et nous paraît en même temps hors de doute, c'est que l'érudition grecque, à quelque degré qu'elle ait pu exister dans la Palestine, y était regardée comme une source d'impiété, et constituait par elle-même un double sacrilège : aucune sympathie, aucune alliance nepouvaient donc s'établirentre ceux qui en étaient soupçonnés et les fondateurs ou les dépositaires de l'orthodoxie rabbinique.il est vrai que le Thalmiicl rapporte aussi, au nom d'un certain rabbi Jchoudah, qui les tenait d'un autre docteur plus ancien appelé Samuel, les paroles suivantes de Simon, fils de Gamaliel, celui-là môme qui joue un si beau rôle dans les Actes des apôtres : « Nous « étions mille enfants dans la maison de mon père ' : cinq « cents d'entre eux étudiaient la loi, et cinq cents étaient « instruits dans la science grecque. Aujourd'hui il n'en reste « plus que moi et le fils du frère de mon frère ^ » A cette objection, la Guemara répond : Il faut faire une exception pour la famille de Gamaliel qui touchait de près à la cour ".

1. Je traduis litléraleinent ces deux mots j^^X 71^2) pni'ce que je ne suppose pas qu'il soit ici question de l'école religieuse, mais bien do la famille de Gamaliel. Ce qui le prouve, c'est que la juslification donnée par le Thahnud ne perle que sur la personne et la famille de ce docteur. Le privili'gc dont il jouissait ne devait pas s'étendre à des étrangers.

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Remarquons d'ailleurs que ce passage tout entier est loin de nous olFrir le même caractère que le précédent : il ne s'agit plus d'une tradition générale, mais d'un simple ouï-dire, d'un témoignage individuel qui est déjà loin de sa source. Quant au caractère de Gamaliel, tel que la tradition nous le représente, il n'a rien qui le distingue des autres docteurs de la loi, que son altacliement môme au judaïsme le plus orthodoxe et le respect universel qu'il inspirait {yo{j.o^)idx7/.x/.og TÎuiog t.tjzi tw /aw) *. Or, dc tels sentiments ne pourraient guère se concilier avec la réputation d'impiété faite aux Hellénistes ' ; de plus, ce patriarche de la synagogue, déjà vieux au temps des apôtres, était mort depuis longtemps quand l'école d'Alexandrie a été fondée. Enfin, puisque la maison de Gamaliel était une exception, le fait, quel qu'il soit, a dû disparaître avec la cause, et il est vrai qu'on n'en trouve plus dans la suite la moindre trace. Contre ce texte si obscur et si incertain, nous en trouvons un autre, pai'faitcment d'accord avec les termes sévères dc la Mischna. « Ben Domah demanda à son oncle, rabbi Ismaël, si, après « avoir achevé l'étude de la loi, il lui serait permis d'ap- « prendre la science grecque. Le docteur lui cita ce verset : « Le livre de la loi ne quittera pas ta bouche; tu le médi- « teras nuit et jour. Maintenant, ajouta-t-il, trouve-moi une « heure qui n'appartienne ni au jour ni à la nuit, et je le « permettrai de l'employer à l'étude de la science grecque '\ » Mais ce qui achève de ruiner l'hypothèse qui donne à la philosophie alexandrine des adeptes parmi les docteurs de la Judée, c'est que tous les passages précédemment cités (et nous n'en connaissons pas d'autres) nous autorisent à croire que le nom môme de la philosophie était inconnu parmi eux. En

\. C'est l'expression même dont se sert J'Evangile. Ad. ap-,^, 34-49.

'2. Jost, Histoire des Juifs, t. III, p. 170 et seq.

o. Trait. Menacholh. fo'. 90. nS^b N'S" G'.i nS -:\SC ""w pilZI Nï

effet, quel philosophe que ce vieillard qui conseille à Hyrcan de faire servir contre ses ennemis les exigences de leur culte, d'un culte qui était aussi le sien! Ce serait plutôt un politique à la manière de Machiavel. I^e moyen aussi de supposer la philosophie parmi les connaissances qu'il fallait posséder pour être admis chez le roi Ilérode! Si nous consultons sur ce point le commentateur le plus ancien et le plus célèhre, Raschijil ne fera que nous confirmer dans notre opinion : a Ce « que loThalmud, dit-il, entend pav science grecque, neèi pus ce autre chose qu'une langue savante, en usage chez les gens « de cour, et que le peuple ne saurait comprendre *. » Cette explication, quoique très sage, est peut-être un peu restreinte ; mais, à coup sûr, l'expression douteuse à laquelle elle se rapporte ne peut pas désigner plus qu'une certaine culture générale, et plutôt encore une certaine liberté d'esprit produite par l'influence des lettres grecques.

Tandis que les traditions religieuses de la Judée expriment tant de haine pour toute sagesse venue des Grecs, voici avec quel enthousiasme, avec quelle adoration et quelle terreur superstitieuses elles parlent de la kabbale : « Un jour,

1. Raschi, Glose sur le r/)rt/»HMf/, passage cite; 1^3, ainnc^ "îZ^n 71U?S 13 VT2a Dî?n "INU? VN1 T^TcSs- Maïmonides, dans son commentaire sur la Mischna, s'exprime sur le même sujet dans les termes suivants : « La science grecque était un langage allégorique et détourné du droit sens comme le sont encore aujourd'hui les énigmes et les emblèmes. » mji^y^T 0.1117 D^TDin

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« n'existât chez les Grecs un langage semblable, quoique nous n'en ayons pas (( conservé la moindre trace. » Cette opinion est parfaitement ridicule et ne mérite pas même d'être discutée. Nous en dirons autant de celle de Gfrœrer (Histoire crilique du Christianisme primitif, t. II, pag. 352). S'appuyant sur les paroles de Maïnionides, le crilique allemand suppose que la science grecque, telle que l'entemlent les Tlialniudistes, n'usât pas autre chose que l'interprétation symbolique, appliquée aux Ecritures par les Juifs d'Alexandrie, et il en conclut que les idées mystiques de la Palestine sont empruntées à l'Egypte. Mais comment apercevoir le moindre rapport entre cet ordre d'idées et le conseil qui a été donné à lljrcan, ou les usages pratiqués h la cour du roi Ilérode ?

« notre maître ' Joclianan bcii Zac-liaï se mit en voyage, « monté sur un âne et suivi de rabbi Éléazar ben Aroeb. Alors « celui-ci le pria de lui enseigner un chapitre de la Mercaba. « Ne vous ai-je pas dit, répondit notre maître, qu'il est déa fendu d'expliquer la Mercaba à une seule personne, à « moins que sa propre sagesse et sa propre intelligence ne ce puissent y suffire. Que du moins, répliqua Eléazar, il me « soit permis de répéter devant toi ce que tu m'as appris de « cette science. Eh bien, parle, répondit encore notre maî- « tre. En disant cela, il descendit à terre, se voila la tête et « s'assit sur une pierre, à l'ombre d'un olivier — A peine a Éléazar, fils d'Aroch, eut-il commencé à parler de la Mer- « caba, qu'un feu descendit du ciel, enveloppant tous les « arbres de la campagne, qui semblaient chanter des hym- « nés, et du milieu du feu on entendait un ange exprimer « sa joie en écoutant ces mystères^ — » Deux autres docteurs, rabbi Josué et rabbi Jossé, ayant plus tard voulu suivre l'exemple d'Éléazar, des prodiges non moins étonnants vinrent frapper leurs yeux : le ciel se couvrit tout à coup d'épais nuages, un météore assez semblable à l'arc-cn-ciel brilla à l'horizon, et l'on voyait les anges accourir pour les entendre comme des curieux qui s'assemblent sur le passage d'une noce ^ Est-il possible, après avoir lu ces lignes, de suppo-

1. jNous traduisons ainsi le mol ^3,1 (raban) non seulement parce que c'est

un titre supérieur à celui de rabbi (131), mais aussi parce que c'est probablement une abréviulion du mot ij^i qui signifie lilléralement noire maîlrc : rabbi signifie mon maître. Le premier de ces deux titres appartient aux Thanaïin et exprime une autorité plus générale que le second.

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