‹ La kabbaleChapitre 8 sur 224 · Amsterdam, lG9t), in-12, allemand · texte numérisé non relu

Amsterdam, lG9t), in-12, allemand

Icmcs sont en eux-mêmes bien ou mal appréciés, mais il y a quelque réalité dans la succession historique ou dans le rapport de filiation qu'on veut établir entre eux. Les seules preuves qu'on en donne (car je ne compte pas les analogies et les ressemblances plus ou moin:i éloignées) consistent en deux passages en effet très importants : l'un tiré de V Ethique ^ et l'autre des lettres de Spinosa. Voici d'abord le dernier : ce Quand j'affirme que toutes choses existent en Dieu, et qu'en lui tout se meut, je parle comme saint Paul, comme tous les philosophes de l'antiquité, bien que je m'exprime d'une autre façon, et j'oserai môme ajouter, comme tous les anciens Hébreux, autant qu'on peut en juger par certaines traditions altérées de bien des manières*. » Évidemment il ne peut être question, dans ces lignes, que des traditions kabbalistiques, car celles que les juifs ont réunies dans le Thalmud ne sont que des récits [hagada), ou des lois cérémoniclles (halacha). Le passage de V Ethique est encore plus décisif. Après avoir parlé de l'unité de substance, Spinosa ajoute : « C'est le principe que quelques-uns d'entre les Hébreux semblent avoir aperçu comme au travers d'un nuage, quand ils ont pensé que Dieu, que l'intelligence de Dieu et les objets sur lesquels elle s'exerce sont une seule et même chose^ » On ne saurait se méprendre sur le sens historique de ces paroles, si on veut les rapprocher des lignes suivantes, que nous traduisons presque littéralement d'un ouvrage kabbalistique, le commentaire le plus fidèle qui existe sur le Zohar : « La science du créateur n'est pas comme celle des créatures; car, chez celles-ci, la science est

1. (( Omnia, inquam, in Deo esse, et in Deo niovcri, cum Paulo affinno, et forte eliain cum omnihus antiquis philosophis, licet alio modo, et auderem eliam diccre, cum antiquis omnibus Uebraeis, quantum ex quibusdam tradilionibus, lametsi muUis modis adulteratis conjicere licet. » {Epist., XXI.)

2. (( Uoe quidam Uebrœorum quasi per nebulam vidisse videnlm", qui scilicet statuunt Demn, Dei intellectum, resque ab ipso intellectas, unum et idem esse. » [Elh., part. II, prop. 7, Schol.)

distincte du sujet de la science, et porte sur des objets qui, à leur tour, se distinguent du sujet. C'est cela qu'on désigne par ces trois termes : la pensée, ce qui pense et ce qui est pensé. Au contraire, le créateur est lui-même, tout à la fois, la connaissance^ et ce qui connaît, et ce qui est connu. En effet, sa manière de connaître ne consiste pas à appliquer sa pensée à des choses qui sont hors de lui; c'est en se connaissant et en se sachant lui-môme qu'il connaît et aperçoit tout ce qui est. Rien n'existe qui ne soit uni à lui et qu'il ne trouve dans sa propre substance. Il est le type de tout être, et toutes choses existent en lui sous leur forme la plus pure et la plus accomplie; de telle sorte que la perfection des créatures est dans cette existence même par laquelle elles se trouvent unies à la source de leur être ; et à mesure qu'elles s'en éloignent, elles déchoient de cet état si parfait et si sublime'. » Que faut-il conclure de là? Que les idées et la méthode cartésiennes, que les développements tout à fait libres de la raison, et par-dessus tout, que les aperçus individuels, comme aussi les écarts du génie, ne sont pour rien clans la plus audacieuse conception dont l'histoire de la philosophie moderne puisse nous offrir l'exemple? Ce serait un étrange paradoxe que nous n'entreprendrons même pas de réfuter. D'ailleurs, il est facile de voir, par les citations mêmes sur lesquelles on s'appuie, que Spinosa n'avait de la kabbale qu'une idée sommaire et fort incertaine, dont il a pu reconnaître l'importance après la création de son propre système \ Mais, chose étrange! après avoir dépouillé Spinosa de toute originalité au profit de la kabbale,

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