De EbricUtte
'2. De Migrai. Abroh., éd. Mang., L I, p. 595, 415. — Lecj. Allerj., môme cL, t. I, p. 50. — De Vilâ contcmplalivâ.
5. 'V.ij-zr, ou/ coj|ji.aTo; zt.v.om ^u'/^; izzi't ot/.oç rpovorjTcOV, ojtoj /.ai xwv
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Yov!a? à-ootooâ'j-.'.ïiv. De Migrât. Abrali.
d'une autre naUire, pourquoi n'en serait-il pas de même dans les plus anciens monuments de la science kabbalislique? Or jamais, nous le répétons, on ne trouvera ni dans le Zohar, ni dans le Livre de (a création, le moindre vestige de cette civilisation brillante, transplantée par les Plolémées sur le sol de l'Egypte. Sans parler des difficultés extérieures, précédemment signalées, et que nous maintenons ici dans toute leur force, est-ce que Simon ben Jochaï et ses amis, ou les auteurs quels qu'ils soient du Zohar, auraient pu, sans autre guide que les écrits de Philon, y démêler ce qui est emprunté aux divers philosophes de la Grèce, dont les noms sont rarement prononcés par leur disciple d'Alexandrie, et ce qui appartient à une autre doctrine, fondée sur l'idée d'un principe unique et immanent, substance et forme de tous les êtres? Une telle supposition ne mérite pas d'être discutée. D'ailleurs, ce que nous avons appelé la partie orientale du syncrétisme de Philon est loin de s'accorder, sur tous les points importants, avec le mysticisme enseigné par les docteurs de la Palestine. Ainsi, Philon ne reconnaît en tout que cinq puissances divines, ou cinq attributs; les kabbalistes admettent dix Sephirolh. Philon, même quand il expose avec enthousiasme la doctrine de l'émanation et de l'unité absolue, conserve toujours un certai:n dualisme, celui de l'Etre et des puissances, ou de la substance et des attributs, entre lesquels il nous montre un abîme infranchissable. Les kabbalistes considèrent les Sephiroth comme des limites diverses dans lesquelles le principe absolu des choses se circonscrit lui-même, ou comme des vases, pour me servir de leur propre langage. La substance divine, ajoutent-ils, n'aurait qu'à se retirer, et ces vaso.s seraient rompus et desséchés, llappelons-nous aussi qu'ils enseignent expressément l'identité de l'Etre et de la pensée. Philon, toujours dominé à son insu par cette idée de Platon et d'Anaxagore que la matière est un principe distinct de Dieu et éternel
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comme lui, se trouve naturellemeiu conduit à considérer la vie comme un état de déchéance et le corps comme une prison : de là aussi son mépris pour le mariage, qu'il regardait seulement comme une satisfaction donnée à la chair. Tout en admettant avec l'Écriture que l'homme, dans les premiers jours de la création, quand il n'avait pas cédé encore aux voluptés des sens, était plus heureux qu'aujourd'hui, les kabbalistes regardent cependant la vie en général comme une épreuve nécessaire, comme le moyen par lequel des êtres finis, tels que nous, peuvent s'élever jusqu'à Dieu et se confondre avec lui dans un amour sans bornes. Quant au mariage, il n'est pas seulement pour eux le symbole, mais le commencement, la condition première de celte union mystérieuse; ils le transportent dans l'âme et dans le ciel; il est la fusion de deux âmes humaines qui se complètent l'une par l'autre. Enfin, le système d'interprétation appliqué par Philon aux livres saints, quoique le même, pour le fond, que celui des kabbalistes, ne peut cependant pas avoir servi d'exemple à ces derniers. Sans doute Philon n'ignorait pas absolument la langue de ses pères, mais il est facile de prouver qu'il n'avait sous les yeux que la version des Septante, dont se servaient d'ailleurs tous les Juifs d'Alexandrie. C'est généralement sur les termes de celte traduction et des étymologies purement grecques que se fondent ses interprétations mystiques ^ Dès lors que deviennent ces ingénieux procédés employés dans le Zohar et dont la puissance est tout à fait anéantie quand ils cessent de s'appliquer à la
1. En voiji quelques exemples : dans ces mots qui s'adressent au serpent dont la femme doit écraser la tète, aùxôç aoy -cTjp/jas'. xeoaXT^v, il trouve, avec raison, une faute grammaticale; mais celte faute n'existe pas dans le texte hébreu. {Leg. Alleg., 111.) 11 fait dériver du grec odo^rsOcu le mot Phison, le nom d'un des quatre fleuves qui sortent du Paradis tenestre. Le mot Evitât vient de eu et de i'Àwç. II lui importe peu que le nom de Dieu, Qiôc, soit précédé ou non de l'article 6, etc. Voy. Gfr'trer, oiiv. cit., t. I, p. 50.
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langue sacrée ' ? Du reste, nous l'avouons, celte différence dans la forme n'aurait pas à nos yeux une très grande importance, si Philon et les kabbalistes s'accordaient toujours dans le choix des textes, des passages de l'Ecriture qu'ils donnent pour base à leur système philosophique, ou bien si, abstraction faite du langage, les mômes symboles éveillaient en eux les mêmes idées. Mais cela n'arrive jamais. Ainsi la personnilication des sens dans la femme, dans Eve, notre première mère, de la volupté dans le serpent qui a conseillé le mal, de l'égoïsme dans Caïn, que l'homme a engendré en s'unissant à Eve, c'est-à-dire aux sens, après avoir écouté le serpent: Abel, type de l'esprit qui méprise entièrement le corps et succombe par son ignorance des choses de ce monde ; Abraham, type de la science divine ; Agar, de la science mondaine; Sarah, de la vertu ; la nature primitive de l'homme renaissant dans Isaac, la vertu ascétique représentée dans Jacob, et la foi dans Tiiamar, toutes ces riches et ingénieuses allégories qui, selon nous, sont la seule propriété du pbilosophe d'xVlexandrie, n'ont pas laissé le plus faible vestige, soit dans le Zohar, soit dans le Livre de la création. Pour toutes ces raisons, nous croyons avoir le droit de dire que les écrits de Philon n'ont exercé aucune influence sur la kabbale.
Nous arrivons maintenant à la seconde conséquence que l'on peut tirer de ces écrits et du caractère de leur auteur- Nous avons vu avec quelle absence de discernement, avec (piel oubli de la saine logique, Philon a pour ainsi dire mis au pillage la philosophie grecque tout entière ; poui-quoi lui supposerions-nous plus d'invention, plus de sagacité et de profondeur dans cette partie de ses opinions qui nous rap-
1. Comment, par exemple, la subslancc abslraile aurait-elle pu être appelée le non-être (^ij^) sans ce texte hébreu, xïm ]\sa nn^îl' 0"e deviendraient les noms dos trois premières Sephiroth? Comment l'imité de Dieu et du monde rcsullcrail-elle de ces trois mots, s'ils étaient traduits, ;-\^^ ^^2 ^D''
pelle au moins les principes dominants du système kaLbalistiqne? Ne serait-il pas juste de penser qu'il l'a trouvée toute faite dans certaines traditions conservées parmi ses coreligionnaires, et qu'il n'a fait que la parer des brillantes couleurs de son imagination ? Dans ce cas, ces traditions seraient bien anciennes, car elles auraient été apportées de de la Terre-Sainte en Egypte avant que tout commerce religieux eût cessé entre les deux pays; avant que les souvenii's de Jérusalem et la langue de leurs pères fussent complètement éteints parmi les Juifs d'Alexandrie. Mais nous ne sommes heureusement pas obligés de nous en tenir aux conjectures; il y a des faits qui nous prouvent jusqu'à l'évidence que plusieurs des idées dont nous parlons étaient connues plus d'un siècle avant l'ère chrétienne. D'abord, Philon lui-même, comme nous l'avons dit précédemment, nous assure avoir puisé à une tradition orale, conservée par les anciens de son peuple ' ; il attribue à la secte des thérapeutes les livres mystiques d'une antiquité très reculée * et l'usage des interprétations allégoriques, appliqué sans exception et sans limite à toutes les parties de l'Écriture sainte, « La loi tout entière, dit-il, est à leurs yeux comme un être « vivant dont le corps est représenté par la lettre, et l'âme « par un sens plus profond. C'est dans ce dernier que l'âme « raisonnable aperçoit à travers les mots, comme à travers un « miroir, les merveilles les plus cachées et les plus extraordi- « naires^.» Rappelons-nous que la même comparaison est employée dans le Zohar, avec cette différence, qu'au-dessous du
i. De Vilâ Mosis, I; éd. Mang., liv. II, pag. 81.