III
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terrassa. Les Ak'bil intervinrent et voulurent punir Tagresseur : les Aït Yenni s'y opposèrent. Le blessé était étranger et seul de sa tribu sur le marché : les maîtres du souk' tinrent à honneur de lui faire rendre justice et de faire respecter leur décision. Us appelèrent à leur aide tout leur çof, les Aït Ouasif et les Alt Menguellat, qui se trouvaient réunis sur le marché. De leur côté, les Alt Yenni furent soutenus par les Aït Attaf . Une efiFroyable mêlée s'engagea : aux cris des combattants, au bruit sourd des hachettes qui s'abattaient sur les crânes et des pierres qui rebondissaient sur le sol, se mêlaient par intervalles les détonations des pistolets, et le soir des centaines d'hommes gisaient, sanglants ou morts, sur ce champ de carnage.
Le droit du marché, on le voit, est celui où domine le moins la règle et où, comme aux temps antiques, la justice a besoin de s'appuyer sur la force brutale *.
La faute en est évidemment à l'absence d'un pouvoir unique , au fractionnement de la nation en villages autonomes et en tribus hostiles.
Chose remarquable ! quand ce pouvoir souverain manque , la civilisation extrême et la demi-barbarie arrivent aux mêmes moyens et aux mêmes résultats. Quelle différence y a-t-il entre la lapidation populaire du marché kabyle et la pendaison américaine des pionniers qui h/nchent un voleur dans les placers de la Californie?
Hercule promenait rélernelle justice
Sous son manteau sanglant taillé dans un lion.
(Alfred de Musset.)