III
Quelquefois le coupable est un personnage influent du même çof, et la djemâa hésite à sévir contre lui. Dans ce cas, le maître de l'ànaïa et sa famille changent de çof; c'est leur droit ^; et ils profitent de la première occasion pour introduire Tennemi dans le village.
Si un individu viole lui-même son àuaïa et dévalise, par exemple, son protégé, il est voué à Tinfamie. Pour rappeler sans cesse sa honte, on suspend un bat d'âne dans l'endroit le plus fréquenté du village. C'est ce que Ton appelle le bât de celui qui a cassé sa propre ânaïa.
Nous verrons, au paragraphe de l'ànaïa du village (p. i07), comment la djemâa sait venger sur l'étranger la violation de son droit ou du droit d'un de ses membres.
Si l'ànaïa impose une terrible responsabilité à celui qui Taccorde , elle engage aussi celui qui l'a sollicitée à la plus grande circonspection. S'il commettait quelque fait répréhensible , toute garantie cesserait de le couvrir : aucun privilège ne protégerait plus l'imprudent.
Il ne faut pas confondre cette ânaïa de sauvegarde avec Tânaïa de paix, que toute personne a droit d'interposer entre des individus qui se querellent ou qui se battent dans une rixe, et qui n'est qu'un simple appel à la concorde et à la modération.
Si les querelleurs ou les combattants n'en tiennent pas compte , ils en sont quittes pour une amende, et, si le médiateur se mêlait lui-même à la dispute, sous le prétexte de prêter main-for le à son ânaïa méprisée, il serait puni comme les coupables -.
Dans quelques villages, le médiateur a le droit, en imposant l'ànaïa de paix au nom de la djemâa , de fixer la somme dont sera
> « Celui qui pûase à l'ennemi paye 60 réaux, à moins que son dnaïa nait été lio* tée^ auquel cas il ne paye rien, o (Ait Mahmoud.)
^ « Celui qui viole l'ànaïa d'un individu dans une rixe, 5 réaux. Celui qui a interposé l'àna'ia du village, el qui frappe celui qui la viole avanl que la djemâa ait connu de l'affaire, paye la même amende que celui qui a violé TAnaïa. » (Taouriil-en-Tidits.)
A fortiori, si c'est sa propre âna'ia qui a été violée.
<< Celui qui viole l'ànaïa de la djemâa ou d'Un particulier, 6 réaux. » (Imecheddalen. )
Voir aussi les textes cités au paragraphe : De VAnaia de la djemda.
puni le récalcitrant , et cette somme est exigée par le village à titre d'amende'.
Chacun, du reste, a le devoir * d'user de Tànaïa de paix de la djemàa, toutes les fois qu'il est témoin d'une querelle.
En matière d'ànaïa, il y a toujours solidarité entre l'individu et le viUage.