B. — GYMNASTIQUE
Effets locaux et généraux. — Les exercices gymnastiques de Brandi sont les succédanés du massage du ventre. Ils exercent, par l'attitude et par le mouvement, une action sur la circulation locale, abdominale et sur la circulation générale. Ils décongestionnent ou congestionnent. Les premiers sont actifs, les seconds tantôt actifs, tantôt passifs.
La contraction des muscles postérieurs, notamment celle des groupes dorso-lombaires et pelvi-trochantériens, dans une altitude telle que la paroi abdominale aussi peu tendue que possible ne soit nullement comprimée, d obéisse aux mouvcmenls respiratoires diaphragmatiques, arrête les bémorrbagies utérines.
Des mouvements qui arrêtent le sang! Quelle contradiction avec notre enseignement classique! Des exercices musculaires hémostatiques! Voilà qui choque nos plus anciens préjugés. Le repos n'est-il pas nécessaire à toute femme qui perd ebroniquemenf du sang? Cependant le simple interrogatoire, si négligé, des femmes intelligentes, nous apprend que celles qui sont vigoureuses voient leurs règles augmenter pendant la nuit, ou dans la station debout prolongée, et diminuer au contraire par certains exercices musculaires comme une marebe continue, régulière et modérée, ou même parla danse et le patinage suspendus avant toute fatigue. Cette observation donne déjà quelque crédit à l'invraisemblable prétention de la gymnastique à l'hémostase; mais voici qui est plus invraisemblable encore et pourtant réel : trois ou quatre mouvements de tel ou tel groupe musculaire répétés deux ou trois fois et même une seule fois par jour produisent un effet hémostatique durable.
Quand une fille ou une femme qui perdent du sang exécutent correctement quatre ou cinq mouvements d'abduction fémorale, siège soulevé, avec résistance alternative du médecin et de la malade de façon à faire travailler les masses fessières et les masses dorsales, on constate, s, celte perle se fait par suintement el non par rupture ou section vasrula.re, que 1 écoulement diminue ou s'arrête dans la majorité des ras, premier lait qui attire l'attention. On constate ensuite que le succès absolu ou rolaltl ou lécher dépendent de l'exécution plus ou moins correcte, d'une juste mesure dans les exercices gradués suivant les forces de la malade, de son état gênerai, de son genre de vie, des complications utéro-annexielles, sero.nl fad dont l'analyse exige des observations n és multipliées. On constate enfin quun net'it nombre de malades accuse pendani celle gymnastique d'abduction fémorale siège soulevé, une sensation de plénitude thoracique, el des
bouffées de chaleur. Effel imputable en partie à la déclivité et alors mécanique; mais ce u'esl pas tout. L'index placé sur L'utérine d'une métrorrhagique en cours de traitement perçoit : 1° avant l'abduction fémorale : des pulsations amples mais molles, tumultueuses. Grandes ondes se mêlant les unes aux autres; 2° pendant l'abduction fémorale : des pulsations serrées, précipitées, difficilement saisissantes; 3° après L'abduction fémorale retour graduel aux pulsations amples mais nettes, rythmées ' Que conclure de ces faits? La sensation de plénitude et les bouffées prouvent qu'il y a une dérivation circulatoire vers les parties supérieures du corps, et cela justifie la conception de Brandt, qui appelait clérivative sa gymnastique décongestionnante. On peut invoquer encore eu faveur clé la dérivation la loi d'afflux du sang dans les muscles en travail (x 3), en particulier pour l'hémostase utérine due à la contraction des pelvi-trochantériens. La fessière, s'aliméntant à l'bypogastrique comme l'utérine, détournerait au profit de ses branches une partie du (lot de l'utérine. De môme la contraction des masses dorso-lombaires détournant à son profit une partie du contenu de l'aorte, soulagerait ainsi la circulation abdominale. Celle hypothèse est-elle fondée? Quoi qu'il en soit, la dérivation, effet mécanique, ne suffit pas. En effet, l'hémostase utérine est rarement instantanée; elle est, en règle, graduelle, et ce qu'il y a de plus extraordinaire dans ce phénomène, c'est — je le répète — que trois ou quatre mouvements musculaires exécutés même une seule fois par jour finissent par entraîner l'hémostase complète el persistante. J'admets en outre un effet réflexe à cause de la modification des pulsations utérines, indice d'une vaso-constriction pendant les exercices. Les hémôrrhagies chroniques de la femme sont toutes entretenues pailles troubles vaso-moteurs, par une parésie des plexus abdomino-pel viens, qui entraîne l'engorgement. En favorisant chaque jour, pendant quelques instants, par des attitudes qui suppriment toute compression abdominale, et par des mouvements accélérateurs, le cours du sang dans les territoires vasculaires voisins, on facilite plus ou moins l'évacuation du territoire abdomino-pelvien par l'excitation réflexe des vaisseaux de ce territoire.
Le réveil graduel de la tonicité des vaisseaux ainsi excités indirectement chaque jour, supprime la congestion, très aisément, s'il n'y a nulle altération des parois vasculaires et des tissus ambiants, très difficilement si La chronicité depuis longtemps installée a modifié parois et fissus, si les veines sont variqueuses et si la suspension élastique de l'utérus et des annexes fait défaut.
Si donc la gymnastique décongestionnante a des effets mécaniques de dérivation, elle en a d'autres réflexes, d'excitation des centres vasoconstricteurs. Elle doit à ces derniers son véritable pouvoir curatif. Elle rééduque graduellement le système nerveux. C'est par une petite — presque homéopathique — mais quotidienne excitation des centres vasomoteurs que j'explique la persistance des effets hémostatiques abdominaux de la gymnastique des membres, et je cite à l'appui de ma théorie ces paroles d'un savant fort compétent sur la question des vaso-moteurs. « La répétition d'une irritation, a dit François Franck, laisse en quelque
sorte sa trace dans Les centres nefrveux cjiii continuent, malgré la suppression des excitations provocatrices, à déterminer la reproduction des effets que ces excitations avaient causés; il se erre là une sorte d'habitude des centres qui ont subi une série de sollicitations et en conservent l'impression : c'est eu réduction le phénomène de l'éducation ci de l'habitude '. ■•
Mais je n'ai parlé que de la gymnastique décongestionnante cl à côté d'elle il y a la gymnastique congestionnante. Voilà qui semble contradictoire et t'ait pour ruiner ma théorie de l'action réflexe des mouvements musculaires, à moins d'admettre deux actions réflexes antagonistes, l'une vaso-constrictive abdominale pour les mouvements musculaires qui décongestionnent le pelvis, l'autre vaso-dilatatrice pour les mouvements musculaires qui le congestionnent. Non; il n'y a pas antagonisme, il n'j a pas deux actions réflexes différentes, il n'y eu a qu'une, vaso-constrictive aus<i bien pour les mouvements congestionnants que pour les décongestionnants. Cependant la gymnastique congestionnante congestionne; mais, mécaniquement, par l'attitude.
C'est par la tension de la paroi abdominale comprimanl les viscères, ou par un obstacle momentané à la circulation périphérique (circumduclion fémorale passive), et surtout par l'effort dans une attitude épuisante, que la gymnastique congeslionnanle engorge les vaisseaux abdomino-pelviens. Le mouvement en lui-même a, quand il esl actif, une action vaso-constrictive, qui annihile presque celle de l'attitude, dès que la malade habituée, exécute les exercices sans peine. J'appuie celle théorie sur les deux faits cliniques suivants : 1° les effets hémorrhagiques de la gymnastique congestionnante sont moins constants que les effets hémostatiques de la décongestionnante; 2° un exercice décongestionnant devient congestionnant dès qu'il entraîne la fatigue.
A côte de la gymnastique congeslionnanle el décongestionnante se placent deux autres variétés d'exercices. Ce sont :
1° Les exercices respiratoires par lesquels on termine et quelquefois ou commence les séances de Kinésithérapie. Ils activent les combustions, agrandissent le champ pulmonaire, expulsent l'air résidual, procurent une sensation de détente, de repos, apprennent aux femmes la respiration diaphragmatique et, par la mise enjeu de ce muscle, entretiennenl l'élasticité des appareils suspenseurs viscéraux et des a aisseaux abdomino-pelviens. A cet égard, l'effel physiologique de celle variété d'exercice rentre dans la catégorie suivante.
2° Les exercices tonifiants du plancher et des parois antéro-latérales et postérieures de la grande cavité splanchnique . Je les qualifierai volontiers de gymnastique ORTHOPÉDIQUE viscérale, car rendre l'énergie aux parois de ladite cavité, c'est fortifier les ligaments viscéraux. Chaque mouvement du tronc retentit sur eux. C'est à ce point que j'utilise le redressement avec résistance, du tronc latéralement infléchi pour diagnostiquer les lésions
1. Bulletin de l'Académie de médecine, 21 juil. 18%, p. 03. Hypertension el hypotension artérielles.
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droites ou gauches du système suspenseur utéro-annexiel. Quand les muscles abdominaux el dorsaux sont insuffisants, les reins se creusent, Le ventre bombe et les attaches péritonéales s'allongent. Que de Biles el de femmes déclarent ne pouvoir se passer de corset, non par coquetterie mais parce qu'il les soutient! Privées de muscles sacro-lombaires et abdominaux, tuteurs naturels de la colonne vertébrale et des viscères, elles ne peuvent se passer d'un tuteur artificiel, bien inférieur, car il ne prévient ni les dévialions, ni les dilatations, ni les ptôses. Il les favorise au contraire. Lapins élastique des ceintures ne vaut pas une bonne sangle musculaire. M. Glénard lui-même n'y contredirait pas.
TRAITEMENT
Règles générales. — Le traitement des affections chroniques est quotidien, dimanche excepté. Certaines métro- ou ménorrhagiques exécuteront la gymnastique, même le dimanche, au moins clans les débuts. Les malades vont chez le médecin, sauf impotence absolue. Elles viennent à pied, posément. Si la course est trop longue, pas de véhicule secouant. Les tramways, les bateaux sont le meilleur mode de transport. La malade ne doit pas attendre chez le médecin. Evitez tout ce qui peut l'énerver. Elle dégrafe el dénoue ses vêtements de façon que la respiration soit absolument libre el le ventre facilement exploitable. Elle exécute un exercice gymnastique, sans effort thoraco-ahdominal quand la décougcslion est indiquée; trois à quatre mouvemements, pas plus. Puis elle s'étend sur une chaise longue, cuisses fléchies sur le hassin, jambes fléchies sur les cuisses, tronc un peu relevé. Le médecin s'assied à gauche, et introduit dans le vagin ou dans li' rectum l'index gauche, en passant l'avant-bras sons la cuisse de la malade. La main qui touche est ouverte (position de Brandi, de Lisfranc, d'Aran) et non pas fermée suivant la mode classique. Alors commence le massage exécuté avec la main droite libre. Il est entrecoupé de pauses el dure deux, trois, quatre, cinq minutes au plus dans la majorité des cas. Après le massage, la malade exécute un ou deux exercices gymnasliques. Elle rajuste ses vêlements et s'en va. Chaque séance prend dix minutes au plus pour la plupart des malades, surtout au début, non compris le temps du dégrafage el du rajustement. Aucun meuble spécial n'est nécessaire, aucun instrument, sauf pour des cas exceptionnels, le vibrateur mécanique. La durée du traitement des affections chroniques est de trois mois en moyenne.
Autant <iue possible la malade ne doit pas souffrir pendant la séance, mais ce n'est pas toujours possible. Jamais elle ne doit souffrir immédiatement après, mais au contraire, éprouver une sensation relative ou absolue de bien-être cl de légèreté. C'est avec le bon sommeil la condition sine qtia non du succès. Les douleurs ou malaises reparaissent régulièrement pendant un certain temps, trois ou quatre heures après les séances, et de plus s'accenluenl périodiquemenl au moment des molimèns. Les femmes
malades ont deux molimens par mois; l'un commence à la fin des règles
pour se terminer vers Le quinzième jour. C'est le moli o intercalaire.
L'autre commence vers le vingtiè jour. Il aboutit aux règles. Les meilleurs jours pour les malades réglées tous les vingt-huit, jours coïncident à peu près avec les 14°, 15°, 26* et 27e, en comptant du début de la menstruation. C'est aussi à ce moment, surtout à la veille de l'écoulement sanguin, que les progrès locaux sont constatés. Alors aussi s'éclairent d'une vive lumière diagnostic et pronostic.
Les vieilles lésions chroniques exigent un premier traitement non interrompu de trois mois au moins. Second traitement après interruption. Les malades retournent à la Kinésithérapie comme à une cure. Ces cures sont de plus en plus espacées et de moins en moins longues. En bien des circonstances les progrès ne cessent pas avec la cure. Ils continuent et s'accentuent. Les opérations nuisent, d'ordinaire, au traitement.
Tant vaut l'ouvrage, tant vaut l'ouvrier, est un proverbe applicable à la Kinésithérapie; pas autant qu'on pourrait croire cependant, car à cause du réflexe dynamogénique le massage et la gymnastique sont bons en euxmêmes avant -de l'être suivant la main qui les pratique, à condition que l'opérateur soit patient, jamais brusque et dose intelligemment les agents physiques qui lui servent de médicament. Plutôt trop peu que trop, est un axiome de Brandt, toujours utile aux jeunes praticiens, et souvent aux anciens.