SAINT-MALO
Voici l'âpre océan.
La houle vient lécher Les sables de la grève et le pied du rocher Où Saint-Malo, qu'un bloc de sombres tours crénelle, Semble veiller, debout comme une sentinelle. Sur les grands plateaux verts, l'air est tout embaumé Des arômes nouveaux que le souffle de mai Mêle à l'acre senteur des pins et des mélèzes Qu'on voit dans le lointain penchés sur les falaises. Le soleil verse un flot de rayons printaniers Sur les toits de la ville et sur les blancs huniers
Qui s'ouvrent dans le port, prêts à quitter la côte. C'est un jour solennel, jour de la Pentecôte.
La cathédrale a mis ses habits les plus beaux; Sur les autels de marbre un essaim de flambeaux Lutte dans l'ombre avec les splendeurs irisées Des grands traits lumineux qui tombent des croisées.
Agenouillé tout près des balustres bénits, Un groupe de marins que le hâle a brunis, Devant le Dieu qui fait le calme et la tempête. Dans le recueillement prie en courbant la tête. Un homme au front serein, au port ferme et vaillant. Calme comme un héros, fier comme un Castillan, L'allure mâle et l'œil avide d'aventure. Domine chacun d'eux par sa haute stature. C'est Cartier, c'est le chef par la France indiqué; C'est l'apôtre nouveau par le destin marqué Pour aller, en dépit de l'océan qui gronde, Porter le verbe saint à l'autre bout du monde! Un éclair brille au front de ce prédestiné.