PREMIÈRE MOISSON
Ce site, c'est Québec.
Au nord montent splendides Les échelons lointains des vastes Laureutides. En bas, le fleuve immense et paisible, roulant Au soleil du matin son flot superbe et lent. Reflète, avec les pins des grands rochers moroses, Le clair azur du ciel et ses nuages roses.
Nous sommes en septembre ; et le blond fructidor, Qui sur la plaine verte a mis des teintes d'or,
Au front des bois bercés par les brises flollantes Répand comme un fouillis de couleurs éclatantes; On dirait les joyaux d'un gigantesque écrin. Un repos solennel plein de calme serein Plane encor sur ces bords où la chaste nature, Aux seuls baisers du ciel dénouant sa ceinture, Drapée en sa sauvage et rustique beauté, Garde tous les trésors de sa virs^inité.
Cependant un lambeau de brise nous apporte
Comme un refrain joyeux qu'une voix mâle et forte,
Mêlée à des éclats de babil argentin,
Jette dans l'air sonore aux échos du lointain.
Ce sont des moissonneurs avec des moissonneuses;
Ils suivent du sentier les courbes sablonneuses.
Et, le sac à l'épaule, ils cheminent gaîment.
Ce sont des émigrés du doux pays normand.
Des filles du Poitou, de beaux gars de Bretagne,
Qui viennent de quitter leur lande ou leur campagne
Pour fonder une France au milieu du désert.
L'homme qui les conduit, c'est le robuste Hébert,