DERNIER COUP DE DÉ
— Une voile! une voile!.
A ce long cri de joie Que chaque écho sonore à l'autre écho renvoie, Un double cri parti de deux points divergents, Défi des assiégés, hourra des assiégeants, Clameurs à tous les cœurs par l'espoir arrachées, Répondit coup sur coup des murs et des tranchées. — Sauvés! s'écriait-on ensemble; et les bravos Éclataient à la fois dans les deux camps rivaux.
152 LA LÉGENDE D'UiN PEUPLE.
C'était au lendemain des fameuses journées Qui devaient à jamais fixer nos destinées. Montcalm — qui triomphait naguère à Carillon Se taillant un linceul dans son fier pavillon, Trahi par la victoire avait donné sa vie, Disant comme autrefois le vaincu de Pavie :
— Tout est perdu, hélas! hors l'honneur du drapeau!
Sur son corps les vainqueurs passant comme un troupeau Avaient, semant partout le carnage et la flamme, Arboré sur nos murs leur sanglante oriflamme. Québec, comme deux ans plus tôt Chandernagor, Affamé par Bigot ^^ et vendu par Vergor, Sans poudre, sans canons, sans vivres, sans ressources. De l'héroïsme ayant tari toutes les sources, Avait brisé son glaive ainsi qu'un ancien preux. Sur ses remparts croulants, sur ses créneaux poudreux, Pour relever les plis de la bannière blanche, Lévis, cet immortel soldat de la revanche. Avait, ressuscitant l'espoir au fond des cœurs,