DERNIER COUP DE DE. 1S
Dans un suprême effort écrasé les vainqueurs " !
Et l'Anglais dans les murs, le Français sous la tente, Assiégés, assiégeants, s'épuisaient dans Tattente Des secours si longtemps implorés d'outre-mer.
Tous les matins, Lévis, de son regard amer. Les yeux rougis, sondait les lointains du grand fleuve. Murray, de son côté, braquait vers Terre-Neuve Sa lunette de nuit qui tremblait dans sa main....
Et l'on se demandait : — Qu'adviendra-t-il demain?
Chez les deux combattants l'angoisse prédomine ; Désormais l'ennemi r.ommnn, c'est la famine!
Le courage de l'homme a dit son dernier mot; Le destin maintenant a la parole ; il faut
Que l'aube à l'un ou l'autre apporte l'espérance. L'aube, est-ce l'Angleterre, ou sera-ce la France?. Jamais deux joueurs, l'un devant l'autre accoudé, N'avaient encor pâli sur un tel coup de dé.... Terrible incertitude, anxiété profonde, La voile à l'horizon, c'est la moitié du monde!
Une voile! une voile! a-t-on crié là-bas; Et, minés par la faim, brisés par les combats, Déguenillés, transis, vaincus de la souffrance, Nos soldats ont poussé ce cri sublime : — France!
Doute affreux! Incliné sous ses huniers géants, Un navire doublait la pointe d'Orléans.
De quel côté, mon Dieu, va pencher la balance? Maintenant les deux camps haletaient en silence. Qu'on juge s'ils étaient poignants, accélérés, Les battements de cœur de ces désespérés! La pâleur de la mort glaçait tous les visages; Les minutes étaient longues comme des âges!