‹ La lâegende d'un peupleChapitre 40 sur 67 · DERNIER COUP DE DÉ · texte numérisé non relu

DERNIER COUP DE DÉ

Eiifin, le lourd trois-màts, toutes voiles dehors,

Et démasquant soudain ses deux rangs de sabords,

Vaisseau fatal sur qui l'ombre du destin plane,

Sous les canons du fort pare à se mettre en panne.

Nul étendard ne flotte à son mât d'artimon.

Est-il contre ou pour nous? est-il ange ou démon?

On ne respirait plus. Lévis, la mort dans l'Ame. <f-^ «^2^^»^^-^

Attendait calme et froid le dénoûment du drame.

Tout à coup, du vaisseau qui présente son flanc, Un éclair a jailli dans un nuage blanc : C'est un coup de canon. L'âpre voix de la poudre. Répercutée au loin comme un éclat de foudre. Va se perdre, sinistre, au fond des bois épais. Et les guerriers saxons du haut des parapets. Et les soldats français penchés sur les falaises, Virent monter au vent. . . ipg fr^j^ çAulcursan^laises!

Le sort avait parlé, notre astre s'éclipsait.... L'exil cruel, sans fin, d'un peuple commençait.

Un roi sans cœur, jouet d'une femme lubrique, Pour défendre la France et sauver l'Amérique, N'avait pas même su — le lâche libertin ! — Dépêcher vers nos bords le traînard du destin *M

h'ATALANTE

Quand je lis ton histoire héroïque, ô Vengeur! Mon cœur français tressaille, et je deviens songeur.

Ce fut un fier tableau dans un immense cadre : Un seul vaisseau luttant contre toute une escadre. Troué par les boulets, vaincu, désemparé. Qui, parmi les horreurs d'un combat effaré, Et pendant que le feu ronge son oriflamme, Au sein d'un tourbillon de fumée et de flamme, S'abîme en pleine mer avec ses matelots Gomme un soleil sanglant qui plonge dans les flots. Cela semble un feuillet de la légende antique.

Le drame est saisissant! Pour scène l'Atlantique; Pour décor l'horizon des mornes océans; Pour acteurs ces trois-ponts avec leurs mâts géants, Lançant à pleins sabords la mitraille et la bombe ; Et, penché sur le gouffre où descend l'hécatombe, Toujours fier d'assister à ces chocs surhumains, Pour spectateurs, un monde au loin battant des mains!

Ton sort fut plus modeste, ô ma pauvre Atalante! Ce n'est pas une mer que ta chute ensanglante; Nulle armée en tes flancs étroits ne s'engloutit; Un théâtre moins vaste, un cadre plus petit Donnèrent un éclat moindre à ta fin stoïque ; Mais qui dira lequel est le plus héroïque — Quels que soient les échos qu'ils aient fait retentir Du grand homme mourant ou de l'obscur martyr?

On touchait à la fin de la lutte sans trêve. Epave fulgurante échouée à la grève, U Atalante, enfermée en un cercle de feu, Luttait depuis l'aurore à la grâce de Dieu.

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