L'ATALANTE
Trois gros vaisseaux anglais la foudroyaient; et seule, Contre cent vingt canons chargés jusqu'à la gueule Et vomissant sur elle une averse de fer, UAtalanle échouée affrontait cet enfer.
Vauquelain, un héros qu'eût envié la Grèce, Défendant jusqu'au bout sa corvette en détresse, Au seul mât que n'eût point rasé le tourbillon, Dans la tempête avait cloué son pavillon. Et, sombre, il regardait beaupré, chaînes, cordages, Grands huniers en lambeaux, lourds éclats de bordages, Vergues et galhaubans, guindeaux, câbles, crampons. Sous les chocs meurtriers qui labouraient les ponts. Avec des cliquetis horribles de ferrailles. Pêle-mêle sauter dans des vols de mitrailles.
Sur le vaisseau mourant rien qui ne soit atteint. De ses seize canons le dernier s'est éteint, En jetant je ne sais quel hoquet d'agonie.
— Commandant, dit quelqu'un, la bataille est finie; La sainte-barbe est vide, et je suis seul debout! —
Et l'artilleur blessé s'affaissa tout à coup, Laissant Vauquelain seul sur l'épave croulante Qui, le matin encor, se nommait VAtalanle.
L'incendie attaquait le vaisseau par l'avant. Alors, du grand désastre unique survivant, Au pied du tronçon noir où la bannière blanche Claquait encore au vent de la sombre avalanche. Le vaincu du destin se coucha pour pleurer.
Quelques instants plus tard, quand, pour s'en emparer. L'amiral ennemi, du pont de sa chaloupe, De VAtalante en feu se hissa sur la poupe :
— Capitaine, dit-il, compliments superflus !
Que font donc vos marins que vous ne tirez plus ?