‹ La lâegende d'un peupleChapitre 43 sur 67 · FORS L'HONNEUR · texte numérisé non relu

FORS L'HONNEUR

C'est par un soir humide et triste de l'automne.

Dans les plis du brouillard la plainte monotone Du Saint-Laurent se mêle aux murmures confus Des chênes et des pins dont les dômes touffus Couronnent les hauteurs de l'île Sainte-Hélène. Au loin tout est lugubre; on sent comme une haleine De mort flotter partout dans l'air froid de la nuit. Au zénith nuageux pas un astre ne luit.

Tout devrait reposer; pourtant, sur l'île sombre, lo A certaines lueurs qui se meuvent dans l'ombre, On croirait entrevoir, vaguement dessinés, — Groupes mystérieux partout disséminés, Et se serrant la main avec des airs funèbres, — Comme des spectres noirs rôder dans les ténèbres.

Tout à coup, sur le fond estompé des massifs, Et teignant d'or le fût des vieux ormes pensifs, Dans les pétillements attisés par la brise Et les craquements sourds du bois sec qui se brise. Eclatent les rougeurs d'un immense brasier.

ao Prenant pour piédestal l'affût d'un obusier.

Un homme au même instant domine la clairière. A son aspect, un bruit de fanfare guerrière Retentit; du tambour les lointains roulements Se confondent avec les brefs commandements Qui, prompts et saccadés, se croisent dans l'espace. Place! c'est la rumeur d'un bataillon qui passe. Un autre bataillon le suit, et tour à tour

FORS L'HONNEUR! 4f,[i

On voit les régiments former leurs rangs autour Du rougeoyant foyer dont les lueurs troublantes 3û Éclairent vaguement ces masses ambulantes, A chaque baïonnette allumant un éclair.

Alors, couvrant le bruit, un timbre mâle et clair, • Où vibre je ne sais quel tremblement farouche, Résonne, et, répétés tout bas de bouche en bouche. Au milieu des rumeurs qui flottent dans le vent. Laisse tomber ces mots :

— Les drapeaux en avant!

Arrêtons-nous devant cette page d'histoire!

Nos conquérants étaient maîtres du territoire. Cerné dans Montréal, le marquis de Vaudreuil, ifo Après plus de sept ans de luttes et de deuil.

Après plus de sept ans de gloire et de souffrance, Ne voyant arriver aucun secours de France, Dans sa détresse amère avait capitulé.

L'orgueilleux ennemi même avait stipulé, — La rougeur à ma joue, hélas! en monte encore, — Que le lendemain même, au lever de l'aurore, Nos défenseurs, parqués comme de vils troupeaux. Au général anglais remettraient leurs^dra^eaux. Leurs drapeaux ! . . .

Ces drapeaux dont le pli fier et libre ^ Durant un siècle avait soutenu l'équilibre Contre le monde entier, sur tout un continent! -Ces drapeaux dont le vol encor tout frissonnant Du choc prodigieux des grands tournois épiques, Cent ans avait jeté, des pôles aux tropiques, Son ombre glorieuse au front des bataillons ! Ces drapeaux dont chacun des sublimes haillons, Noir de poudre, rougi de sang, couvert de gloire, "Cachait dans ses lambeaux quelque nom de victoire ! Ces étendards poudreux qui naguère, là-bas.

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