‹ La lâegende d'un peupleChapitre 48 sur 67 · DU CALVET · texte numérisé non relu

DU CALVET

Elle voulut, habile aux ruses de Satan, Donner une revanche aux défaites d'antan, Et, justice empruntée au code des vipères, Se venger sur les fils du courage des pères!

Alors on vit, devant le spectre au front hideux, Un homme se lever et crier :

A nous deux!

C'était toi. Du Calvet, qui, méprisant la rage Du despote, osait seul tenir tète à l'orage, Et brandir, au-dessus de tous ces fronts étroits, A ton bras indigné la charte de nos droits.

Ta sentence de mort ce jour-là fut écrite !

En butte désormais à la haine hypocrite

De tous nos Ilaldimands, forbans grands ou petits

Dont son honnêteté gênait les appétits,

L'homme dut, poursuivi par leur froide malice.

De toutes les douleurs épuiser le calice.

Un tyran que l'histoire a marqué du fer chaud

Lui confisque ses biens et le met au cachot.

Et, pendant qu'il languit sous les verrous du sbire,

Troupeau fanatisé que la vengeance inspire,

Autour de sa maison, à coups de pistolets.

Les doux représentants du doux régime anglais.

Trouvant que leur victime était trop peu punie,

D'une épouse mourante ont hâté l'agonie !

Libre enfin, le héros qu'aucun malheur n'abat Ne songe qu'à s'armer pour un nouveau combat. Vaincu dans une lutte, il en provoque une autre. Et porte auprès du roi sa cause avec la nôtre.

On l'écoute, on s'émeut ; — le barbare Haldimand Par ses pairs est mandé devant le parlement. L'accusateur triomphe, et, refoulant ses larmes, Retraverse les mers pour mieux fourbir ses armes.

DU CAL VET. 2\ô

Son fils est près de lui sur le pont du vaisseau.

Hélas! le vieux lion avec le lionceau, Victimes d'un hasard qui confond la pensée, Disparaissent tous deux pendant la traversée.

Ce qu'ils sont devenus nul ne l'a su jamais.

Nous n'avons pas le droit d'en rien conclure, mais Ton peuple, Du Calvet, te proclame sans crainte Le premier des mnrf^yps de notre cause sainte; Et siTàpreocéan connaît seul ton tombeau. Dans nos fastes ton nom n'en luira que plus beau ^*

Vous fûtes glorieux, jours de dix-huît cent douze, Quand nos pères, grands cœurs qui battaient sous la blouse,

Oubliant d'immortels affronts, Sous les drapeaux anglais, en phalanges altières, La carabine au poing se ruaient aux frontières

En chantant avec les clairons!

Gars à la joue imberbe, hommes aux mains robustes, Toujours prêts à venger toutes les causes justes. Comme à braver tous les pouvoirs !

Toujours prêts, ces vaillants, au premier cri d'alerte, A répondre, arme au bras et la poitrine ouverte, A l'appel de tous les devoirs!

Regardez-les passer, ces héros d'un autre âge, Conscrits dont le sang-froid, la gaité, le courage

Font honte au soldat aguerri !

D'où viennent-ils? Des champs! Oli vont-ils? A la gloire! Gomment s'appellent-ils? Ils s'appellent Victoire : •

Demandez à Salaberry !

Les reconnais- tu, France? Angleterre, salue! Ce sont nos Voltigeurs ; leur bande résolue

N'attend ni grades ni faveurs ; Ils vont mourir sans crainte ou vaincre sans jactance. Ce sont toujours tes fils, souris d'orgueil, ô France

Albion, compte tes sauveurs!

Le canon étranger mugissait à nos portes ; D'un ennemi jaloux les nombreuses cohortes Menaçaient nos murs délabrés.

En face du péril prêts à perdre la tête, Nos conquérants d'hier, pâles dans la tempête, Se regardaient tout effarés.

On voulait, il est vrai, se défendre quand même ; Mais en voyant l'orage et le danger suprême

Naitre et grandir de toute part, On sentait que, devant la force numérique, La puissante Angleterre allait, dans l'Amérique,

Voir crouler son dernier rempart.

Soudain un cri partit : — Français, à la rescousse! — Alors, n'écoutant plus que l'instinct qui les pousse

Vers les généreux compromis.

Nos jeunes gens, les fils des vaincus de naguère, Accoururent joyeux, et partirent en guerre

Sous les vieux drapeaux ennemis !

— Mais ces drapeaux sont teints du pur sang de vos veines, Leur disait-on; tremper dans ces discordes vaines, C'est pour jamais plier vos fronts ;

no LA LÉGENDE D'UN PEUPLE.

Cet ennemi qui vient va venger vos défaites... Au recruteur anglais ces conscrits disaient : — Faites ! Le devoir parle, nous irons!

Et puis, l'arme à l'épaule ! au vent les chansonnettes ! . . . Un jour, pour repousser sept mille baïonnettes,

Ou leur crie : — Enfants, haut les cœurs ! — Ils ne sont que trois cents, serrés comme des piques ; Mais nos trois cents, à nous, mieux que tes Grecs épiques,

0 LéonidaSj sont vainqueurs !

Oui, France! Ces trois cents soldats d'une semaine, Le soleil, tout un jour de lutte surhumaine,

Les vit, de leur sang prodigué.

Sous le fer et le feu, riant des projectiles, Un contre vingt, inscrire auprès des Thermopyles

Le nom rival de Châteauguay!

Victoire inespérée, elle fut décisive.

Quand on signa la paix, nous avions l'offensive: Nous revîmes des jours plus beaux;

Et nos héros, n'ayant plus de miracle à faire, Après avoir fixé le sort d'un hémisphère, Retournèrent à leurs sabots.

Maintenant, sur nos murs, quand un geste ironique Nous montre, à nous Français, l'étendard britannique

Que le sang de Wolfe y scella.

Nous pouvons — et cela suffit pour vous confondre — Indiquer cette date, ô railleurs! et répondre :

— Sans nous il ne serait plus là!

Honneur à vous, conscrits, qui dans ce fier poème. Voulûtes de nouveau, sous la bannière même

De nos orgueilleux conquérants, Rajeunir sur nos bords la légende de gloire Qui dit que, lorsque Dieu frappe fort dans l'histoire,

C'est toujours par la main des Francs " !

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