‹ La laitière de MontfermeilChapitre 100 sur 102 · RETOUR DE FRÉDÉRIC CONSTANCE ET SŒUR ANNE · texte numérisé non relu

RETOUR DE FRÉDÉRIC CONSTANCE ET SŒUR ANNE

Depuis dix jours que Dubourg habite chez Mme de Montreville, il cherche sans cesse comment il pourra prévenir l'effet que produira sur Soeur Anne la vue de Frédéric ; il voit chaque jour s'augmenter l'attachement de Constance pour sa protégée et la reconnaissance de la pauvre mère pour sa bienfaitrice. Les séparer lui semble plus difficile que jamais. Constance répète souvent qu'elle ne pourrait plus se passer de sœur Anne et de son fils, et la jeune muette semble auprès d'elle sentir moins vivement ses chagrins.

On attend Frédéric, déjà même il devrait être de retour; Constance s'inquiète de ce retard; elle a perdu une partie de sa gaieté, souvent des pleurs mouillent ses paupières; alors c'est sœur Anne qui s'efforce de la consoler, de lui faire comprendre que son mari reviendra bientôt.

— S'il ne m'aimait plus! dit quelquefois Mme de Montreville. Mais la jeune muette la prend par la main, la conduit devant une glace, et semble lui dire :

— Regardez- vous... peut-on ne pas vous aimer?

SOEUK ANNE

— Pardonne-moi! [V. 363.)

— Hélas! lui répond Constance, on vous a bien oubliée! et vous êles aussi jolie que moi !...

Le comte de Montre ville, qui devait revenir passer quelques jours à la campagne, est retenu à Paris par la goutte. Dubourg n'en est pas fâché; il ne voudrait pas qu'il fût témoin de la reconnaissance qu'il redoute ; il ne sait pas que le comte connaît aussi sœur Anne.

L1V. 335. — PAUL DE KOCK. — ÉD. J. ROUPP ET Cle. "V. 335

Enfin Constance reçoit une lettre de son mari : il lui marque que des affaires imprévues ont retardé son retour, mais qu'il va faire en sorte de les lerminer promptement. La lettre de Frédéric est tendre, expansive; il parait toujours amoureux. Cependant Constance n'est pas satisfaite : rester aussi longtemps éloigné d'elle lui semble déjà annoncer moins d'amour. Frédéric n'est pas là, elle peut pleurer ; devant lui, elle cacherait ses larmes. C'est toujours à sœur Anne qu'elle va confier ses peines; c'est dans son sein qu'elle verse des pleurs et trouve des consolations.

Dubourg voit dans ce retard quelques jours de gagnés et dit à Ménard :

— Tâchons d'employer ce temps à prévenir l'entrevue des deux amants.

— Prévenons-là ; c'est aussi mon avis.

— Mais voilà dix jours que je cherche, et je ne trouve rien !

— .Ma loi, je suis plus heureux que vous, avant-hier j'ai trouvé quelque chose.

— Eh! parlez donc vite en ce cas...

— C'est ma recette pour faire du punch au lait, que je croyais avoir perdue.

En quittant sa femme, Frédéric s'est rendu à la ferme pour s'informer du sort de sœur Anne et de son fils, qu'il brûle d'embrasser. Mais en arrivant chez les bons villageois, il apprend que, depuis longtemps, la jeune muette est partie pour Paris avec son enfant. Frédéric ne sait plus que penser, et ce qui le désespère, c'est qu'un messager de son père ne tarde pas à arriver apportant, comme de coutume, de l'argent et divers objets pour celle que le comte nomme sa libératrice ; ce qui prouve qu'il ne sait pas que sœur Anne a quitté la ferme, et que celle-ci n'a point trouvé à Paris la demeure de son protecteur.

Frédéric est désolé ; les habitants de la ferme partagent son chagrin. Ils se. repentent d'avoir laissé partir sœur Anne ; mais comment auraientils pu s'opposer à son dessein? Qu'est-elle devenue? que fait-elle dans Paris, sans amis, sans protecteur ? S'ils savaient que l'infortunée a été indignement dépouillée de ce qu'elle possédait, leur douleur serait bien plus grande encore.

Frédéric ne reste qu'un jour à la ferme; il repart pour Paris, et tout le long de la route tâche d'obtenir des renseignements qui puissent le mettre sur les traces de sœur Anne. Arrivé à Paris, il ne descend pas à son hôtel : il veut que son retour soit un mystère, afin de le cacher à sa iemme, et pour avoir le temps de faire des perquisitions sur la jeune muette et son fils. Pendant plus de huit jours, il parcourt cette ville

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immense, courant dans les quartiers les plus déserts et les plus populeux, montant souvent dans les mansardes, et partout s'informant si l'on a vu une jeune femme muette avec un enfant. Mais ses recherches sont infructueuses; il ne recueille aucun indice qui le mette sur les traces de sœur Anne. Le cœur ulcéré, il se décide enfin à retourner près de Constance; il est bien loin de penser que c'est là qu'il doit trouver ceux qu'il cherche depuis si longtemps.

Tous les jours Dubourg va se mettre en embuscade sur une route, et place M. Ménard en vedette sur une autre, afin de l'avertir s'il voyait arriver Frédéric. Comme il n'y a que ces deux chemins pour venir à la maison de campagne, il se croit certain de ne pas le manquer. Mais un matin, M. Ménard, qui a emporté Horace avec lui, ne voit pas, en lisant une ode, que celui qu'il guette vient de passer, et Frédéric arrive ehezjlui et entre précipitamment dans l'appartement de Constance, qui, seul alors, pensait à son mari.

Elle lève les yeux, pousse un cri de joie et vole dans ses bras. Toutes les peines de l'absence sont déjà oubliées sur le sein de son époux, Frédéric répond avec tendresse à ses marques d'amour. Après les premiers moments donnés au plaisir de se revoir, Constance lui dit :

— Pendant ton absence, j'ai recueilli dans cette maison une infortunée... Oh ! j'espère que tu l'aimeras comme moi!...

— Tout ce que tu fais est bien, ma chère Constance, ton saurait t'égarer ; je suis certain d'avance que tu as bien placé tes bienfaits.

— Ah! c'est une jeune femme si intéressante!... une victime de l'amour, et nous autres nous compatissons toujours à ces peines-là!... Son séducteur l'a abandonnée avec un enfant charmant... dont je folle... Il se nomme Frédéric comme toi... Mais qu'as-tu donc, mon ami? tu pâlis, tu trembles...

— Ah! la fatigue peut-être... l'empressement que j'ai misa revenir... Frédéric s'assied, car il chancelle : ce que vient dédire Constance lui

cause une émotion dont il n'est pas maître. Il regarde en frémiautour de lui.

— Et cette femme... cet enfant... où sont-ils, demande-t-il d'un tremblante.

— Elle loge dans le pavillon du jardin... Mais je l'aperçois... Ve venez vile, mon amie, dit Constance en courant au-devant de sœur A qui s'avançait avec son lils. Mou mari est revenu, ah ! que je sui heureuse!... Maintenant rien ne manque a mon bonheur.

Constance, prenant la jeune muette par la main, l'entraîne d ma l'appartement où son époux est encore. Ed aperc vaut Frédéric, sœur A

pousse un cri déchirant; elle court, se précipite dans ses bras et s'évanouit en lui montrant son fils.

Frédéric soutient d'une main sœur Anne, dont la tête inanimée est appuyée sur sa poitrine; de l'autre il se couvre les yeux et semble craindre de regarder autour de lui. Son fils est à ses pieds, il tient encore la main de sa mère, et Constance, surprise, tremblante, s'est arrêtée devant eux.

En un instant, mille sensations différentes paraissent agiter l'épouse de Frédéric. Elle change de couleur, ses yeux expriment la surprise, l'inquiétude; elle frémit et semble vouloir repousser la pensée que son cœur vient de concevoir. Mais ses regards, tour à tour fixés sur sœur Anne et son époux, cherchent à s'assurer de la vérité. Son premier mouvement est de courir à sœur Anne et de la retirer des bras de Frédéric.

— Qu'a-t-elle donc?... que signifie l'état où l'a mise votre vue? balbutie Constance en regardant Frédéric. Mon ami, répondez donc, connaissez-vous cette jeune femme?

Frédéric n'a pas la force de répondre ni de regarder Constance. Mais il aperçoit son fils, et le prenant dans ses bras, il le couvre de baisers: alors un coup affreux vient frapper le cœur de Constance, toute la vérité s'est dévoilée à ses yeux.

Dubourg arrive, suivi de Ménard; en apercevant Frédéric, il devine lout ce qui vient d'arriver, et court sur-le-champ porter secours à sœur Anne en s'écriant :

— Encore évanouie!... quelque accès de délire, je gage!... Oh! je vous l'ai dit, celte infortunée a des moments où elle perd la raison.

Constance ne répond rien. Elle abandonne sœur Anne aux soins de Dubourg et de Ménard et se rapproche de son mari, qui tient toujours l'enfant dans ses bras.

— Il est charmant... n'est-ce pas?... dit-elle d'une voix entrecoupée et les yeux toujours attachés sur son époux. Frédéric garde le silence. Constance prend l'enfant et Farrache brusquement de ses bras ; mais bientôt se repentant de ce mouvement dont elle n'a pas été maîtresse, elle couvre l'enfant de baisers en s'écriant avec douleur : Pauvre petit! ah! tu n'es pas coupable, toi !...

Dubourg et Ménard ont emporté sœur Anne dans le pavillon ; Frédéric et Constance sont restés seuls avec l'enfant. Frédéric a les regards baissés vers la terre, et semble craindre de rencontrer ceux de Constance, qui s'est assise à quelque distance de lui et a pris sur ses genoux le petit Frédéric. Elle tâche de retenir ses larmes, mais elle n'a plus la force de parler. Pendant quelques moments, ils ne rompenl point le silence. Enfin

Frédéric lève les yeux, il aperçoit sa femme caressant le fils de sœur Anne... A celte vue, il est sur le point de se jeter aux pieds de Constance et de lui tout avouer... Mais Dubourg revient précipitamment.

— Allons!... j'espère que ce ne sera rien, dit-il en regardant Frédéric et en lui faisant signe de ne point se trahir. Cette jeune muette a des accès de délire; alors elle croit voir partout son amant... Oh ! j'avais déjà conseillé plusieurs fois à madame de ne point la garder auprès d'elle.

— En effet,, balbutie Frédéric en cherchant à se remettre, je r:e conçois rien à tout ce qui s'est passé... J'ai été tellement ému de l'état de celte infortunée... que je ne pensais pas à ce que je faisais...

Constance ne dit rien; elle se contente de regarder Dubourg et son

époux...

— Je vais lui ramener son fils, dit Dubourg en s'avançaut pour

prendre l'enfant.

— Laissez, dit Constance, Frédéric se chargera de ce soin... Frédéric se trouble, il ne peut supporter les regards de sa femme. En

vain Dubourg lui dit tout bas :

— Allons, morbleu ! de la tète, ici... Songe que c'est pour son bonheur qu'il faut la tromper!

En ce moment, M. Ménard court tout effaré.

— Elle a repris ses sens, dit-il bas à Dubourg ; mais il n'y a pas moyen de la faire rester tranquille dans sa chambre !... C'est un diable !... Elle veut absolument le voir... Elle court éperdue dans le jardin...

— Eh ! pourquoi l'avez-vous quittée ?... Dubourg sort aussitôt de l'appartement.

— Qu'est-ce donc? dit Constance, serait-elle plus mal?...

— Xon, madame, répond Ménard, qui ne sait plus ce qu'il faut dire ni faire, mais je crains... la tète... les femmes... l'amour... quid femina possit !...

— Je vais la secourir, dit Constance, je vais lui ramener son fils... peut-être que sa vue... Ne venez -vous pas avec moi, Frédéric? ne voulezvous pas joindre vos soins aux miens pour calmer cette infortunée?

Frédéric hésite, il ne sait ce qu'il doit faire; il brûle de revoir sœur Anne, dont l'état affreux a brisé son cœur; mais eu la voyant, il craint de se trahir. En ce moment, des cris se font entendre : c'est sœur Anne qui traverse le jardin; les domestiques et Dubourg courent après elle; les gens de la maison, en voyant son agitation, en l'apercevant courant les cheveux épars dans les allées du jardin, ne doutent point qu'elle n'ait perdu la raison, et Dubourg les fortifie dans cette idée, qui peut empêcher qu'ils ne devinent la vérité

Mais sœur Anne vient d'apercevoir Frédéric à travers une des croisées du rez-de-chaussée; aussitôt elîe court, elle pénètre dans l'appartement, puis, aussi prompte que la pensée, s'élance dans les bras de Frédéric, repousse Constance qui était près de lui, et la regardant d'un air à la fois inquiet et jaloux, semble lui dire : C'est moi seule qui ai le droit d'être à cette place.

Tous les valets se sent arrêtés à la porte de l'appartement pour considérer ce tableau. Constance éprouve un affreux serrement de cœur en voyant sœur Anne dans les bras de son mari ; cependant elle conserve assez de force pour s'avancer vers ses gens et leur dire d'une voix tremblante : Eloignez-vous, mes amis ; cette infortunée n'a pas la tête à elle... mais nous saurons bien la calmer...

Les valets s'éloignent. Ménard est allé chercher Dubourg, auquel il a toujours recours dans les moments difficiles ; sœur Anne reste seule avec son fils, entre Frédéric et Constance.

La jeune muette semble vouloir s'attacher à Frédéric, qui n'a pas le courage de la repousser; elle lui sourit, elle prend ses mains qu'elle pose sur son cœur... puis lui présente son fils. Mais en même temps ses regards inquiets se reportent sur Constance, qui, assise à quelques pas, cache sa tète dans ses mains, ne pouvant supporter ce tableau ; mais les pleurs l'étouffent ils se font enfin un passage, elle sanglote... Sœur Anne frémit... La douleur de Constance semble la toucher vivement. Frédéric ne peut plus se contenir; il court se jeter aux genoux de Constance; mais sans le regarder, elle le repousse doucement : — Allez, allez, lui dit-elle, cette infortunée a plus de droits à votre amour... cet enfant est votre fils... Consolez-la de tout ce qu'elle a souffert depuis que vous l'avez abandonnée... Je sais maintenant toute la vérité... Non, elle n'a point perdu la raison... elle a retrouvé son séducteur... le père de son enfant.

Frédéric est atterré. Pâle, tremblant, il reste aux genoux de Constance et sœur Anne, les yeux fixés sur lui, parait attendre ce qu'il va dire. Mais Frédéric a saisi une main de Constance, il la couvre de larmes et de baisers : à cette vue, un gémissement plaintif échappe à la jeune muette et elle tombe de nouveau sans connaissance sur le parquet.

Constance s'empresse de lui porter secours. — Eloignez-vous, dit-elle a Frédéric, votre vue lui fait trop de mal... Ah ! vous pouvez me la confier, ie ne serai pas pour elle différente d'autrefois...

Frédéric ne répond rien, il sort éperdu ; il rencontre Dubourg et Ménard qui accouraient : — La feinte est inutile, leur dit-il. Constance a deviné la vérité... elle sait tout!...

— Puisqu'elle sait tout, dit Ménard, il ne faut plus rien lui cacher.

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Constance prodigue à sœur Anne les soins les plus empressés. La jeune muette rouvre enfin les yeux. En apercevant l'épouse de Frédéric, son premier mouvement est de la repousser ; puis portant ses regards autour d'elle, c'est Frédéric qu'elle veut apercevoir. Constance lui présente son fils, qui tend vers elle ses petits bras. Sœur Anne parait émue de la conduite de Constance; elle la regarde avec moins de jalousie, mais tout son corps frissonne, ses dents se choquent avec violence, ses yeux se ferment de nouveau, une pâleur effrayante couvre son visage.

Constance la fait transporter dans le pavillon. On la met au lit ; une fièvre ardente la consume, un délire réel s'est emparé de ses sens; elle porte autour d'elle des regards inquiets, elle ne reconnaît plus personne, elle repousse même son fils.

— Pauvre petite! ah! je ne t'abandonnerai pas!... dit Constance, et elle passe toute la journée assise auprès du lit de sœur Anne ; ce n'est que sur le soir que, la voyant un peu plus calme, elle se décide à la quitter ; mais elle laisse auprès d'elle des domestiques assidus, et se promet bien de revenir souvent s'informer de son état.

Constance rentre dans son appartement, où Frédéric l'attendait. Mais combien ce jour qui les réunit est différent de ceux qu'ils passaient ensemble autrefois! Constance garde le silence, mille sentiments l'agitent; son sein palpite avec violence, mais elle tâche de cacher tout ce qu'elle souffre et de paraître calme devant son époux. Frédéric, ainsi qu'un criminel qui attend son arrêt, est immobile près de sa femme, dont la bonté lui fait plus vivement sentir ses torts. 11 s'approche d'elle enfin, et n'osant lui parler, se jette à ses genoux.

— Que faites- vous, dit Constance avec douceur; mon ami, pourquoi vous mettre à mes genoux?... Vous n'êtes point coupable envers moi!... Ah! c'est aux genoux de celle que vous avez trahie, abandonnée, qu'il serait plus juste de vous précipiter. Je n'ai pas le droit de me plaindre; votre faute n'est que trop commune à bien des hommes... Vous avez connu cette infortunée avant de vous marier... Elle esl devenue mère... Mais, dans le monde, on ne verrait dans votre conduite rien que de fort naturel! Bien loin de vous blâmer, on vous approuverai peut-être d'avoir oublié une femme qui ne pouvait pas être votre épouse. Cependant, je l'avoue, je ne vous jugeais pas semblable à ces étourdis qui se fonl un mérite des larmes qu'ils font répandre. Combien votre faute a eu des suites funestes!... Si vous saviez tout ce que cette infortunée a souffert! En proie à ce que la misère a de plus affreux, elle allait périr de besoin quand je l'ai secourue ; périr... avec votre (ils... Ab ! Fréd iric ! sentez-vous à quels remords vous auriez été livre?... Vous pleure/... Ah! mon ami,

laissez couler vos larmes, j'aimerais mieux perdre votre cœur, que de le croire capable d'insensibilité.

Ecoutez-moi : vous avez retrouvé la mère de votre enfant, vous ne devez plus l'abandonner. Si vous vous en rapportez à moi, j'assurerai son sort... elle habitera dans une maison que je lui achèterai dans quelque riante campagne: rien ne lui manquera. Son fils est charmant... j'aurais voulu lui servir de mère: mais il serait affreux de la séparer de son enfant. Il recevra près d'elle une bonne éducation. Lorsqu'il sera grand, vous serez l'arbitre de son sort, et croyez bien que je ne trouverai jamais que vous faites trop pour lui. Voilà ce que je vous propose de faire pour celle que vous avez aimée... Mais... il est impossible que ce plan ne vous convienne pas... Peut-être... en revoyant cette infortunée, avez-vous senti renaître l'amour qu'elle vous inspira autrefois... Peut-être l'aimez-vous encore...

Ah! Frédéric, je vous en conjure, soyez sincère... laissez-moi lire au fond de votre cœur : pour vous rendre heureux, il n'est point de sacrifice dont je ne sois capable... Oui, mon ami, je saurai tout supporter... excepté la vue de vos regrets pour une autre. Si vous l'aimez... si elle vous plaît encore... je partirai, j'irai m'ensevelir au fond d'une de nos terres... vous ne me verrez plus, et vous serez libre de garder auprès de vous la mère de votre enfant.

Constance ne put retenir davantage les pleurs qui la suffoquaient. Elle avait fait un long effort sur elle-même, mais tout son courage venait de l'abandonner en proposant à Frédéric de se séparer de lui.

— Moi te quitter! lui dit-il en la serrant dans ses bras. Ah! Constance! peux-tu croire que j'aie cessé un instant de t'aimer!... Non, je le le jure, toi seule possèdes mon cœur. Je sens mes torts ; je veux assurer le repos de sœur Anne, je le dois; en la revoyant, pouvais-je ne pas éprouver une vive émotion!... Et cet enfant, oui, je l'aime, je veux faire son bonheur, et tu ne saurais m'en blâmer. J'approuve tous tes plans, tous tes projets; je connais la bonté de ton cœur, la noblesse de ton âme. Ah ! combien peu de femmes se conduiraient comme toi! Agis, ordonne : que sœur Anne s'éloigne, qu'elle parte dès demain...

— Demain!... oh! non, mon ami; l'infortunée est malade!... bien malade!... elle ne quittera ces lieux que lorsqu'elle sera entièrement rétablie. Tant qu'elle sera ici... tu éviteras de la voir; ta présence ne peut que lui faire du mal... Tu ne la verras pas, promets-le-moi : c'est le seul sacrifice que je te demande.

— Ah! je ferai tout ce que tu m'ordonneras.

— Quand elle sera rétablie, alors je la conduirai moi-même dans sa

Son front sévère lui annonce qu'il n'esl plus temps de le prévenir. [P. S -

in. CCG. — paii dk kock. — kd. j. rciik kt c1'. ui. 1.16

nouvelle demeure, et je ne la quitterai qu'après être certaine que rien ne lui manquera.

Frédéric presse tendrement Constance dans ses bras : sa bonté la lui rend encore plus chère. Une femme ne devrait jamais employer que de telles armes : les reproches, les plaintes, éloignent un mari ; la douceur, l'indulgence, finissent toujours par ramener un cœur.

Dans les bras de son époux, Constance retrouve le bonheur; il lui jure qu'il n'aime qu'elle, et il croit à ses serments : pourrait-elle vivre sans son amour?

Le lendemain, de grand matin, Constance se rend au pavillon du jardin, et Frédéric va apprendre à Dubourget à Ménard la noble conduite de sa femme.

— Elle ne ressemble pas à beaucoup d'autres, dit Dubourg ; conservela précieusement! tu ne saurais trop l'aimer!... c'est un vrai trésor que tu possèdes.

— Il est certain, dit Ménard, que la conduite de Mme de Montreville est digne d'une héroïne de Plutarque ; et après celle de Cunégonde, femme de l'empereur Henri II, qui mania un fer ardent pour prouver sa chasteté. je ne connais rien de plus beau dans l'histoire.

Sœur Anne est toujours dans un état alarmant, elle ne reconnaît personne; mais l'infortunée semble à chaque instant chercher quelqu'un et lui tendre les bras. Constance veille à ce qu'il ne lui manque rien, ellemême conduit près d'elle un médecin, et place à côté de la malade une vieille domestique qui ne la quitte pas un moment. Constance prend ensuite le petit Frédéric sur ses bras et va le porter dans ceux de son époux.

— Aime-le bien, lui dit-elle; c'est en faisant le bonheur de l'enfant que tu répareras le mal que tu as fait à lanière. Ah! je sens que je l'aime aussi comme s'il était mon fils. Dès que je l'ai vu, un secret pressentiment semblait me dire qu'il t'appartenait, et bien loin de le moins aimer, cette idée me le faisait chérir encore davantage.

Frédéric embrasse son fils, qui souvenl passe près do lui une grande partie du temps, car le pauvre petit ne reçoit plus de caresses de qui est toujours en proie à un violent délire et, pendant près de quinze jours, aux portes du tombeau. Pendanl ce temps, Constance passe des journées cl souvent des nuits entières dans le pavillon, ne s'en rapportanl ;i personne pour les soins qu'il faut prodiguer à la jeune malade : c'esl elle qui la veille, qui la soutien! dans les moments les plus cruels de son délire ; elle surmonte la fatigue, elle ne sent pas ses peines, elle ne s'occupe que de sœur Anne; en vain Frédéric la supplie chaque jour de mén sa sailli'', de prendre du repos.

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— Laisse-moi la veiller, dit Constance ; en lui prodiguant mes soins, il me semble que je répare une partie du mal que tu lui as fait.

Frédéric n'a pas un moment de tranquillité tant qu'il sait sœur Anne en danger: il brûle du désir de la revoir encore, mais il a promis à sa femme de ne plus se trouve: en sa présence, et comment manquer à sa promesse après tout ce que Constance fait pour lui ? Souvent il s'approcho du pavillon où habite l'infortunée, il attend avec impatience que quelqu'un en sorte pour lui demander des nouvelles de sœur Anne; mais lorsque c'est Constance qui vient à lui, il cache une partie de ce qu'il éprouve, il craint de lui laisser voir tout l'intérêt qu'il prend à la jeune muette.

Grâce aux soins assidus de l'épouse de Frédéric, la jeune malade revient ii la vie; son délire cesse, elle reconnaît son enfant, elle lo presse de nouveau sur son coeur, et ne veut plus s'en séparer. Lorsque, pour la première fois, elle revoit Constance, tout son cœur frissonne ; mais bientôt, paraissant revenir à la raison, elle s'empare d'une main de sa bienfaitrice, et la couvre de baisers et de pleurs; elle semble vouloir lui demander pardon du mal qu'elle lui a fait.

— Infortunée, dit Constance en lui serrant tendrement la main, ah! je serai toujours la même pour vous, c'est à moi détacher de réparer vos malheurs... Je suis votre amie... votre enfant est le mien, désormais son sort et le vôtre sont assurés... ah! ne me refusez point, c'est une dette que l'on acquitte. Votre fils est charmant... son bonheur vous fera un jour oublier vos peines. Du courage !... vous pouvez encore être heureuse.

Sœur Anne soupire, et ses regards semblent dire le contraire; Constance elle-même ne pensait pas qu'il fût possible d'oublier Frédéric, mais pour consoler les autres, il est bien permis de mentir un peu. La jeu::c muette promène un moment ses yeux dans la chambre, mais bientôt, les ramenant sur sa bienfaitrice, elle parait résignée et semble lui dire: Je ferai ce que vous ordonnerez.

Mmo de Montreville apprend à son époux que sœur Anne est sauvée, mais la convalescence doit être longue; le médecin a dit que la malade serait longtemps avant de pouvoir voyager, mais que le voisinage du jardin qui entoure sa demeure lui serait favorable pour essayer doucement le retour de ses forces.

Frédéric apprend avec joie que sa victime renaît à la vie; chaque jour, le désir de la revoir, ne fût-ce qu'un moment, le tourmente davantage ; un autre s'y joint encore : pendant que la jeune muette était bien mal, on lui amenait son fils, et il passait une partie de la journée avec lui. Il s'est habitué à le voir, il a connu les douceurs de l'amour paternel, et ce sentiment n'est pas de ceux que le temps ou l'absence

affaiblit. Frédéric, qui n'ose laisser connaître à sa femme le désir qu'il éprouve de voir encore sœur Aune, ne craint pas de lui demander son fils.

— Mon ami, dit Constance, il fait maintenant la seule consolation de sa mère, voudriez- vous l'en priver? Plus tard, lorsque le temps aura un pou calmé ses peines, je ne doute pas qu'elle ne consente à vous l'envoyer quelquefois; mais en ce moment elle a besoin de l'avoir sans cesse auprès d'elle.

Frédéric se tait, il tâche de dissimuler ce qu'il éprouve, car Constance le regarde et semble vouloir lire dans le fond de sa pensée.

Sœur Anne recouvre lentement ses forces; ce n'est qu'au bout de plusieurs jours que, soutenue par le bras de Constance, elle descend dans le jardin avec son fils. Tout en conduisant la jeune convalescente. Constance jette autour d'elle des regards inquiets: elle craint d'apercevoir Frédéric ; mais elle lui a dit que sœur Anne irait prendre l'air hors du pavillon, et c'est lui recommander de ne point s'offrir à sa vue. Frédéric sait aussi que sa présence ne peut que produire une sensation^dangereuse pour la convalescente, et il reste enfermé dans son appartement.

Sœur Anne est plus calme, mais cettettranquillité semble plutôt la suite d'un profond abattement que d'une entière résignation : elle ne regarde plus autour d'elle, ses yeux sont constamment baissés vers la terre, elle ne les reporte que sur son fils; elle ne pleure plus, mais l'expression de ses traits annonce les souffrances de son âme ; cependant ses forces reviennent, bienlùt elle est en état de sortir seule avec son enfant pour se promener autour du pavillon.

Encore quelques jours, et Mmo de Monlrcville doit partir avec sœur Anne et son fils pour la terre dans laquelle elle veut les installer. Frédéric approuve le projet de sa femme, mais il brûle du désir de revoir celle qu'il a tant aimée, et qu'il n'est pas bien sur de ne point aimer encore.

Il sait que tous les malins, au point du jour, sœur Anne va avec son fils s'asseoir dans un berceau peu éloigné du pavillon. Un malin, il se lève pendant le sommeil de Constance ; le jour ne va pas tarder à paraître, il ne peut résister au désir de revoir la jeune muette et son fils : il ne lui parlera pas, il ne se montrera pas à ses yeux, mais il la verra encore une fois. C'est le lendemain qu'elle doit partir, ce jour est donc le dernier qui lui reste pour satisfaire le désir qui le tourmente.

Frédéric s'est habillé sans bruit, il s'approche du lit où repose Constance; elle parait agitée, niais ses yeux sont fermés ; elle dort, il veut profiter de ce moment; il se bâte, il sort doucement de la maison... il est

dans les jardins. L'aurore commence à peine à dissiper les brouillards de la nuit, tout repose encore... il marche précipitamment vers le berceau favori de sœur Anne... son cœur bat avec force... il lui semble être encore à ces moments de son premier amour, lorsque, arrivant dans le bois de Yizille, ses yeux cherchaient la jeune muette sur les bords du ruisseau où ils se donnaient rendez-vous.

Elle n'est pas encore dans le berceau, elle ne doit point s'y rendre avant un quart d'heure au moins ; il s'assied sur le banc où elle a l'habitude de se placer, de là on aperçoit le pavillon dans lequel elle repose avec son fils... Frédéric a les yeux fixés sur cet endroit... son cœur est plein... son âme renaît à ces émotions si douces qu'il éprouvait en contemplant la misérable chaumière de Marguerite... Dans ce moment, il oublie tout ce qui s'est passé depuis ce temps, il attend avec impatience qu'elle sorte... qu'elle se montre... il lui semble qu'il va là voir encore, accourant vers lui, en conduisant son troupeau.

Le temps passe bien vite dans de tels souvenirs! Tout à coup la porte du pavillon s'entr'ouvre... un enfant paraît... c'est son fils : Frédéric est sur le point de courir l'embrasser, mais il se rappelle la promesse qu'il a faite à Constance. S'il s'approchait du pavillon, il serait vu de sœur Anne, qui ne peut être éloignée de son enfant ; il faut au contraire éviter ses regards. Il passe derrière le bosquet, et là, caché par une épaisse charmille, il attend en tremblant qu'elle paraisse.

A peine a-t-il quitté le berceau que la jeune muette sort du pavillon et prend son fils par la main. Frédéric ne la perd pas de vue ; elle est vêtue d'une simple robe blanche, ses cheveux noués sans apprêt retombent sur son front, où se peignent la tristesse et la souffrance... elle sourit cependant en regardant son enfant, puis s'arrête, jette un regard dans le jardin, et soupire profondément.

Frédéric ne peut se lasser de la contempler; ce nouveau costume, sous lequel il peut la regarder à son aise (car en présence de sa femme il n'a point osé l'examiner), lui semble augmenter ses grâces et l'embellir encore. Elle s'avance de son côté... elle vient dans le berceau... il respire a peine... elle s'assied sur le banc... la voilà tout près de lui... quelques Qchcs de feuillage les séparent, mais il entend ses soupirs, il peut compter les battements de son cœur. Comme elle parait triste !... hélasi qui la consolera maintenant? c'est lui qui cause ses peines, et il ne peut plus les faire cesser. L'enfant passe ses petits bras autour du cou de sa mère; il semble, par ses caresses, vouloir déjà dissiper ses ennuis; elle le serre sur son sein, et cependant ses larmes coulent encore... Frédéric n'est plus maître de lui... il entend ses sanglots... il oublie sa promesse, il

ne voit plus que les pleurs de sœur Anne, qui retombent sur son cœur. Il écarte brusquement les branches qui le séparaient d'elle... il esta ses pieds, et embrasse ses genoux en s'écriant : — Pardonne-moi !

En voyant Frédéric, sœur Anne a fait un mouvement pour se lever et fuir, mais elle n'en a pas eu la force; elle retombe sur le banc, elle veut détourner les yeux, un pouvoir invincible la force de les reporter sur son amant. Il est à ses genoux, il est suppliant : elle n'a pas le courage de le repousser ; elle met son fils dans ses bras... .bientôt elle-même presse Frédéric sur son cœur... En ce moment, un cri part à peu de distance. Frédéric, troublé, effrayé, sort du bosquet, regarde de tous cotés... il ne voit personne, il revient vers sœur Anne... mais déjà elle a pris avec son fils le chemin du pavillon; il veut la retenir encore... elle s'échappe de ses bras ; ses yeux lui adressent un doux adieu ; elle vient de goûter un moment de bonheur, mais elle ne veut pas se rendre coupable envers sa bienfaitrice en restant plus longtemps auprès de Frédéric.

Sœur Anne et son fils sont rentrés dans leur demeure; Frédéric est

seul dans les jardins : il est encore tout ému du plaisir qu'il a éprouvé en revoyant son amie, mais ce plaisir est mêlé d'inquiétude. Ce cri qu'il a entendu le tourmente. Il parcourt le jardin, il cherche de tous côtés, et ne rencontre personne. Il se persuade qu'il s'est trompé ou que la voix partait de la campagne. Un moment il songe à sa femme. Si Constance l'avait aperçu!... mais il rejette cette idée, Constance dormait lorsqu'il a quitté son appartement. Il retourne vers la maison. Les domestiques se lèvent. Dubourg et Ménard descendent dans les jardins. Frédéric n'ose se rendre près de sa femme, il attend l'heure de déjeuner pour la revoir.

i Frédéric se promène avec ses amis; mais il est pensif, inquiet.

— Te chagrinerais-tu du prochain départ de sœur Anne? lui dit Dubourg; mon ami, il est indispensable. Un homme ne pcul pas demeurer sous le même toit avec sa femme et sa maîtresse, lors même que cette dernière ne lui est plus rien; car la femme doit toujours craindre li rencontres, les accidents, les reconnaissances... et pour peu qu'elle aime son mari, elle ne dort pas tranquille,

— Certainement, dit Ménard, on ne peut pas vivre avec La chèvre ei le loup. C'est comme si vous mettiez dans la même cage un serin el un pierrot, ils Uniront toujours par se battre. Ce n'est pas pour M1"' de Mhmtrevillc que je dis cela: c'est un ange de douceur... el certes, l'autre petite femme ne lui dira jamais un mot plus haut que l'autre... Mais enfin, aaturam expellas fucâ, tamen usque récurret. D'ailleurs, un philosophe grec a dit : Voulez-vous avoir l'enfer sur terre? logez avec votre femme el votre maîtresse. .

— Eh ! monsieur Ménard, bien loin d'en avoir la pensée, je voudrais déjà que cette infortunée fût loin de ces lieux. Je sens trop .. qu'il ne faut pas compter sur mes résolutions...

— Il n'y a qu'une chose au monde sur laquelle on peut compter : c'est une indigestion quand on va se baigner en sortant de table.

L'heure du déjeuner est venue: Constance parait; elle va, comme à l'ordinaire, embrasser son mari.

— Je m'étais trompé, elle ne sait rien, se dit Frédéric. Cependant il croit remarquer que sa femme est pâle, que ses yeux

sont rouges et gonflés, que sa main tremble dans la sienne. Il s'informe avec empressement de sa santé.

— Je n'ai rien, répond Constance, je ne suis point malade... je ne souffre pas.

Mais le ton de sa voix semble démentir ses paroles.

La journée s'écoule. Frédéric voit avec surprise que Constance ne l'ait aucun préparatif pour son départ et celui de sœur Anne. Il se hasarde enfin à lui parler.

— J'ai changé d'avis, dit Constance en s'efforcent de cacher son émotion; je ne vois pas pourquoi cette jeune femme quitterait cette maison... elle est si bien avec nous! Sa présence ne peut vous déplaire... son absence, au contraire, pourrait vous causer trop de regret.

— Que dites-vous? s'écrie Frédéric.

Mais Constance poursuit d'un ton froid, et sans avoir l'air de remarquer le trouble de son mari.

— Non, elle ne partira pas. Cela est inutile maintenant...

En disant ces mots, Constance s'éloigne et va s'enfermer dans son appartement. Frédéric ne sait que penser de cette nouvelle résolution de sa femme ; et le soir par ordre de Mme de Montreville, sa femme de chambre va annoncer à sœur Anne qu'elle continuera à habiter le pavillon, et qu'il n'est plus question de départ.

La jeune muette apprend avec étonnement cette nouvelle; mais en secret son cœur ne peut être indifférent au bonheur de rester près de Frédéric. Elle s'étonne cependant que celle qui lui a prodigué tant de soins ne soit pas venue lui expliquer le motif de ce changement. Mai* plusieurs jours se pussent, et elle ne voit pas Mmc de Montreville. On a toujours les mêmes attentions pour sœur Anne et son fils, mais sa bienfaitrice ne revient plus visiter les habitants du pavillon.

Constance passe tout son temps dans son appartement; elle n'adresse pas un mot à Frédéric; mais ses traits sont abattus ; on voit qu'elle souffre et qu'elle fait tous ses efforts pour le cacher. Frédéric n'ose la questionner,

Là, voiw élèverez votre iiis. t. 372.

ou, quand il le fait, elle lui répond toujours avec douceur: — Je n

ai

rien.

— Morbleu! dit Dubourg, tout ceci n'est pas naturel!... Cette jeune femme a un fond de tristesse!... Elle veut que l'autre reste ; je n'y comprends rien...

— Ni moi non plus, dit Ménard; mais je pense, comme vous, que

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