LIV. 286. — PAUL DE KOCK — ÉD. J. ROUFF ET Cio
liv. 230
Denise se trouve seule sur la terre avec Coco, qui n'a encore que huit ans. Elle loue sa maison, qui lui devient trop grande, et va se loger dans la maisonnette de Coco, qu'elle fait agrandir en y ajoutant un nouveau pavillon. Là, Denise se trouve mieux, il lui semble qu'elle se rapproche d'Auguste. La jeune fille n'a plus besoin d'être laitière, elle prend avec elle une vieille pavsanne qui se charge des travaux de la maison. Denise s'occupe de son jardin, et cherche dans des livres des connaissances nouvelles. Du vivant de sa tante, Denise ne pouvait que rarement se livrer à son goût pour la lecture, parce que la mère Fourcy trouvait que sa nièce était déjà trop savante pour une paysanne ; mais maintenant rien n'empêche la jeune fille de suivre son penchant et de chercher à former son esprit.
Peu à peu, Denise quitte le gros jupon de laine, le tablier, le corset de bure ; elle prend des vêtements simples, mais qui se rapprochent de la mise des dames de la ville. Alors les villageois se disent :
— Décidément, Denise Fourcy veut faire la dame ; voyez-vous, depuis la mort de sa tante aile ne se met plus comme nous : aile se donne une tournure et aile fait des phrases en parlant.
Denise s'inquiète peu de ce que pensent les habitants du village ; son seul désir serait de plaire à celui qu'elle attend toujours, et elle se dit en se regardant dans son miroir :
— Peut-être m'aimera-t-il mieux comme cela... Il ne me trouvera plus si gauche, si embarrassée ; mais cela lui sera bien égal, car il ne m'aime pas, et il croit que je ne l'aime pas non plus !... Mon Dieu ! pourquoi lui ai-je dit cela !... C'est M. Bertrand qui en est cause... il m'a trompée en me disant qu'Auguste ne viendrait pas au village si je l'aimais... Oh ! oui... je suis sûre qu'il m'a trompée ; car c'est depuis ce temps qu'Auguste m'a reçu si mal à Paris, et n'est plus venu ici. Mais quand je le reverrai, ah ! je lui dirai la vérité ; on a toujours tort de mentir... et je le nrierai bien de ne pas me mentir non plus...
Une année s'écoule encore ; Denise a vingt ans, et Coco en a neuf. L'enfant est heureux ; la gaieté, la santé brillent sur son joli visage. Denise est toujours triste, et veut eu vain éloigner de sa pensée le souvenir d'Auguste, qu'elle commence à ne plus espérer revoir.
— Peut-être est-il fixé dans un pays étranger !..« se dit-elle: peut-être est-il marié... et il ne reviendra jamais!...
Alors des larmes mouillent ses paupières,, el l»-s caresses de l'enfant ne font qu'augmenter son chagrin, car i! lui <lil sans cesse *
— Heverrai-je bientôt mon bon ami?
Souvent Denise se promet d'être raisonnable, d'éloigner de son cœur
une folie passion, et de ne plus penser à Auguste. Alors elle sort pour chercher dans la campagne quelque distraction ; mais, soit hasard, soit préférence, elle se retrouve toujours dans le petit sentier du bois où elle a fait la culbute