UV. 2S8. — PAUL DE KOCK. — ÉD. J. ROUFF KT C'». LIV
Si*? UVUE DE PAUL DE KOCK.
se voit la compagne de l'homme qu'elle chérit, elle passe près de lui le reste de ses jours. Un si doux avenir vaut bien les rêves les plus agréables, et l'on ne cherche pas à s'endormir quand on tient le bonheur en réalité.
Enfin le jour est venu; Denise se lève, et reste plus longtemps que de coutume à sa toilette : cela est bien pardonnable quand on sait que l'on va paraître devant celui que l'on désire nommer son époux. Elle sort de sa chambre et se rend au jardin, où chaque matin elle trouve Auguste ; mais il n'y est pas, et la petite s'étonne qu'il dorme encore : car elle pensait qu'il avait dû éprouver la même insomnie qu'elle, et qu'il serait pressé de ta revoir.
Elle va s'asseoir sous le bû.^quel où ils on!, causé la veille ; de là, ses yeux voient le pavillon ; elle attend avec impalience qu'Auguste en sorte; mais la porte du pavillon ne s'ouvre pas, et c'est Coco, que Denise n'avait pas encore vu, qui accourt vers la jeune fille en tenant une lettre à la main.
— Tiens, ma petite Denise, mon bon ami m'a donné cela pour toi, dit Coco en présentant la lettre.
■ — Ton bon ami! tu as donc déjà vu M. Auguste?
— Oui ; oh! il était levé avant le jour.
— Où donc est"il maintenant?
— Il m'a bien embrassé, puis il est sorti ; je ne sais pas où il est allé.
Denise sent déjà quelque chose qui l'oppresse ; elle ouvre la lettre eu tremblant, et lit : « Je vous aime, ma chère Denise; ne doutez pas de mon amour; mais irai-je unir ma misère à votre sort, après avoir par ma faute perdu ma fortune? irai-je vous offrir la main d'un homme qui ne connaît pas même les travaux champêtres par lesquels on peut faire valoir votre bien? Non, Denise, je ne suis pas digne d'èlre votre époux, je ne puis me résoudre à vivre aux dépens d'une femmo qui pour moi sacrifierait un heureux avenir. Votre bon cœur vous aura sans doute portée à me faire l'offre de votre main ; peut-être même n'avez-vous feint de m'aimer que pour m'engager à accepter vos offres g-énéreu es, mais je ne le dois pas. Adieu, Denise! si je redevenais riche, je volerais près de vous; mais je ne l'espère plus! Adieu! j'irai vous revoir lorsque j'aurai la force de ne plus vous regarder que comme ma sœur. »
Une pâleur mortelle couvre le front de la jeune iille, qui laisse tomber la lettre en s'écriant :
— Il ne croit pas à mon amour!
— Eh bien? et mon bon ami? dit Coco, t'écrit-il où il est allé?
• — Hélas! il nous abandonne, il nous fui!, il pense que nous ne l'aimons pas!
Denise fond eu larmes, l'enfant court dans ses bras; elle le presse contre son cœur, elle lui dit en sanglotant :
— Ah ! j'en mourrai de chagrin, tu lui dira; que c'est lui qui en est cause, peut-être alors croira-t-il que je l'aimais!