‹ La laitière de MontfermeilChapitre 49 sur 102 · ENCORE VIRGINIE · texte numérisé non relu

ENCORE VIRGINIE

Auguste a quitté de grand matin la jolie maisonnette où il a passé quinze jours qu'il regarde comme les plus beaux de sa vie. Ce n'est pas sans effort qu'il s'est arraché d'auprès de Denise; il faut beaucoup de courage pour quitter une femme que l'on aime, lorsqu'elle vient ellemême nous offrir son cœur. Mais on doit se rappeler qu'Auguste a été riche, et tout sentiment d'orgueil n'est pas éteint en lui; sa fierté ne peut s'habituer à l'idée de n'offrir à Denise que la main d'un malheureux privé de toute ressource; enfin il craint que ce ne soit par reconnaissance de ce qu'il a fait pour Coco, par bonté, par humanité même que la jeune villageoise lui offre sa main. Un cœur froissé par l'infortune se blesse facilement ; la crainte d'une humiliation rend injuste; un bienfait semble une aumône ; les consolations ne sont plus que de la pitié.

Avec son petit paquet noué au bout de son bâton, Auguste s'est mis en route pour Paris. En revoyant la grande ville, il ne peut retenir un soupir, puis il enfonce son chapeau sur ses yeux et marche la tête baissée, craignant de rencontrer quelque ancienne connaissance. Ce n'est pourtant pas un crime d'être pauvre, pourquoi donc un malheureux semblet-il éviter les regards lorsque tant de coquins vont tète levée? Pourquoi sera-t-on pins honteux de dire : je n'ai pas le sou, que de dire : j'ai cent mille francs de dettes? C'est que, dans le monde on ne voit, on ne recherche, on n'aime que les gens qui ont de l'argent; que l'on ferme trop souvent les yeux sur la source des richesses d'une foule d'intrigants qui brillent aux dépens de vingt familles qu'ils ont ruinées, et qui, du haut de leur calèche, de leur brillant équipage, narguent ceux qu'ils ont réduits à la mendicité ; c'est que l'on excuse tous les vices chez celui qui sait les couvrir d'or, et que l'on ne pardonne pas une erreur à un pauvre diable ; c'est que l'on fera des politesses à une Messalinc parée de diamants et de cachemires, et qu'on fermera sa porte à la jeune lille qui s'est donnée

par amour à un homme qui ne peut pas l'entretenir. Tout cela est triste, mais tout cela est vrai.

Auguste n'a garde de passer rue Saint-Georges; il se dirige vers le Marais. Il faut qu'il mette la plus grande économie dans sa dépense. C'est dans une vieille maison de la rue de Berry qu'il trouve un cabinet, soi. disant garni, situé au sixième étage, et qu'il peut habiter moyennant quinze francs par mois, dont il paye la moitié d'avance.

Celui qui passait ses jours dans les plaisirs, qui donnait le ton pour les manières et l'élégance, qui était recherché, fêté, que l'on se disputait dans les réunions et que les femmes étaient hères de subjuguer, le brillant Dalville se voit réduit à habiter un grenier, à coucher sur un mauvais grabat. En entrant dans le misérable réduit qu'on vient de lui louer, il n'est pas maître d'un sentiment douloureux et se laisse tomber sur une chaise qui chancelle sous lui. En portant les yeux sur des murs que couvrent à peine quelques lambeaux de papier, en considérant des mansardes en ruine et les meubles de son cabinet, Auguste se rappelle la chambre du vieux Dorfeuil ; il se rappelle surtout le récit du vieillard, et laisse tomber sa tête dans ses mains en disant :

— Cela ne m'a pas corrigé !

Au bout de quelques instants, rappelant son courage, il prend son portefeuille, y regarde une liste qu'il a faite de toutes les personnes qui lui doivent de l'argent, et se promet d'employer sa journée du lendemain à visiter ses débiteurs. Dans ce moment, la rentrée d'une seule créance lui serait d'un grand secours; malgré toute l'économie avec laquelle il a voyagé, après avoir payé la quinzaine de son cabinet, il ne lui reste plus que onze francs. 11 s'est recommandé à la maîtresse de la maison pour des leçons de musique ou de dessin: mais trouvera-t-il des élèves, et avant de toucher le prix de ses leçons, comment vivra-t-il? De telles réflexions ne pouvaient pas donner un aspect plus riant au séjour qu'il habitait; si du moins son ancien compagnon avait encore été là pour lui donner des consolations, pour ranimer son courage !... Souvent, poussé par 1 habitude, Auguste se retournait et cherchait Bertrand près de lui; mais, au moment de l'appeler encore, il se souvenait de son abandon, et son cœur était de nouveau déchiré.

Auguste a eu un moment la pensée de se rendre à son ancien logement pour savoir si Schtrack a vu Bertrand, et si celui-ci est à Paris; mais il renonce à faire cette démarche, en songeant qu'il pourrait rencontrer Bertrand chez le vieux portier, et qu'il ne doit pas courir audevant d'un homme qui, par son in^atitude s'est rendu indigne de ses regrets.

C'est en pensant à Denise, en se rappelant les doux instants qu'il vient de passer près d'elle, qu'Auguste cherche à oublier sa triste position. Chez Denise il sait bien qu'il trouvera toujours un asile, mais il ne peut se résoudre à vivre aux dépens de la jeune fille, il se dit : — C'est par pitié, peut-être, qu'elle m'oliïait sa main.

Le lendemain, après avoir bien brossé son vieil habit et tâché de déguiser sa misère, Auguste se met en route pour chercher ses débiteurs. •Ses deux premières courses ne sont pas heureuses : l'un est mort, l'autre est parti pour Bordeaux, où Auguste ne peut pas aller le chercher. Chez un troisième, il est plus heureux ; c'est un jeune homme qui, comme Dalville, était toujours dans les plaisirs; il est en train de faire sa seconde toilette lorsque son créancier parvient jusqu'à lui.

On ne se dérange pas pour un homme pauvrement mis, et le jeune homme, qui ne reconnaît pas Dalville, lui dit en continuant d'ajuster sa cravate :

— Que voulez-vous?

— Vous voir d'abord. Est-ce que Léon ne me reconnaît pas? Surpris de s'entendre appeler par son nom de baptême, le jeune

homme jette un regard méprisant sur Auguste en disant :

— ■ Le diable m'emporte si je vous connais. Est-ce qu'il a jamais pu exister de rapports entre nous?

— Oui, monsieur, car Auguste Dalville a eu plusieurs fois l'occasion de vous rendre service.

— Auguste Dalville! s'écrie le jeune homme en se retournant de nouveau; comment, mon cher, est-ce que c'est toi?

— Moi-même !

— Oh! pas possible ! tu es fait comme un voleur! Est-ce que tu sors de prison?

— ■ Non, Dieu merci; quoique fort malheureux, je ne me suis jamais mis dans le cas d'être emprisonné.

— Ecoute donc, mon cher, ça n'empêche pas d'être honnête, ça ; j'ai été plus d'une fois à Sainte-Pélagie, moi, et il est probable que j'irai encore... Ce pauvre Auguste... Maudit nœud! je n'en viendrai jamais à bout. Eh? quel hasard t'amène, mon cher ami? Depuis un siècle on ne te rencontre plus nulle part.

— Voilà trois ans que j'ai quitté Paris, j'ai été en Italie, en Angleterre...

— Oh! diable! Et dis-moi, est-il vrai que les Anglais mettent leur cravate en groom?

— Ce n'est pas de cela que je me suis occupé dans mes voyages. Je

ssoue l'ai dit. Léon, je ne suis pas heureux ; mais lorsque j'étais riche, vous avez eu recours plus d'une fois à ma bourse, je vous ai prêté plus de mille francs, la moitié de celle somme me serait maintenant fort nécessaire, ef je viens vous prier de me donner cet acompte sur ce que vous me devez.

— Parbleu, mon cher Auguste, tu prends bien mal ton temps. J'ai perdu hier à la roulette tout ce qui me restait. J'avais voulu essayer de tenter la fortune. Je n'ai plus rien, et si je ne trouve pas aujourd'hui une dizaine de louis pour mener au bois de Boulogne une petite femme charmante, je suis un homme perdu. Il est probable que ma belle ira au bois avec un autre, et tu sens bien... Trouves-tu ma cravate bien mise?

— Léon, je vous croyais un meilleur cœur. Vous trouverez dix louis pour aller promener votre belie, et vous ne les trouverez pas pour moi, à qui vous devez, pour moi, qui suis dans une fâcheuse position.

— Mon cher, je ne te dis pas que je ne les trouverai point. Reviens dans quelques jours, je te promets de mettre de côté tout ce que je gagnerai au jeu, et ce sera pour toi. Mon pauvre Dalville, d'honneur, je suis désolé. Voilà un bout de col qui ne se tient pas bien ; c'est une chose terrible, ça dérange toute l'harmonie d'une toilette.

Auguste sort de chez le jeune fat en s'étonnant d'avoir pu faire autrefois sa société d'un homme dont la tète est aussi vide que le cœur. Il se rend à la demeure d'autres débiteurs. Les uns sont absents, les autres ont cb ange de logement.

Auguste rentre chez lui harassé de fatigue et conservant peu d'espoir d'être plus heureux le lendemain. Pendant plusieurs jours il ne cesse de courir après ses débiteurs : mais la plupart sont introuvables ou invisibles ; ceux qu'il parvient à voir n'ont jamais d'argent, et il lui est impossible de ressaisir chez lui le jeune Léon. Il a cherché en vain la demeure du marquis de Gligneval : mais un jour, en retournant chez lui, il aperçoit M. le marquis.

— Que me voulez-vous? dit M. de Gligneval avec hauteur.

— J'ai à vous parler, monsieur.

— Je ne vous connais pas.

— Vous ne me connaissez pas? s'écrie Auguste avec fureur et en barrant le passage au marquis, qui allait s'éloigner. Le ton d'Auguste, le feu de ses yeux, rendent sans doute la mémoire à M. de Gligneval. qui tâche de sourire en reprenant :

— Ah! pardon!... un million de pardons !... c'estM. Dalville... j'étais si préoccupé... j'allais dîner... on m'attend... et...

— Monsieur, depuis longtemps vous me devez de l'argent que vous ne m'aviez emprunté que pour quelques jours.

— Je vous dois de l'argent? Oh! je vous assure que vous vous trompez.

— Comment ! monsieur...

— Oh ! permettez ! je vous ai payé ! je vous réponds que je vous ai payé, il y a déjà longtemps, c'est pour cela que vous l'aurez oublié.

— Vous osez me soutenir...

— Mon cher ami, vous confondez ma dette avec celle d'un autre ; vraiment je vous ai payé ! cherchez bien, vous vous rappellerez : ces choses-là trompent quand on prête à beaucoup de monde, on oublie; c'est comme au boston, il y a des gens qui vous demandent toujours deux fois pour le coup. Adieu ! au revoir ! je vais diner.

M. de Cïigneval est déjà loin. Auguste est resté pétrilié de l'impudence de son débiteur ; mais que faire à un homme qui nie sa dette et contre lequel on n'a point de titre? Lui donner des soufflets, ce serait an moins un dédommagement, et cependant la justice vous donnerait tort.

Auguste rentre chez lui plus triste, plus accablé encore, et, pour surcroît de maux, la fatigue, l'inquiétude ont allumé son sang. La fièvre le dévore; il est seul sur un grabat, et bientôt il lui sera impossible de se procurer les objets qui lui seront nécessaires pour recouvrer la santé.

Etendu sur son lit, où il a passé toute la journée, Auguste cherche le sommeil, qui fuit sa paupière. Il souffre, il respire avec peine, et les accents de la gaieté troublent le silence de son asile. La personne qui habite au-dessous de lui paraît chanter en travaillant, sa voix perce à travers le mince plancher qui la sépare du pauvre malade, et de son lit de souiïrance celui-ci distingue de temps à autre un refrain de chansonnette ou un air de vaudeville. — Ceux-là, se dit-il, n'ont pas la lièvre comme moi ! Ah! ce serait bien le cas d'être philosophe ; mais la nature parle plus haut que la philosophie.

Après une nuit passée sans repos, le malheureux, que la soif dévore, s'aperçoit qu'il n'a plus d'eau pour la satisfaire. Il rassemble ses forces, qui I Le son lit, et se traîne jusque chez sa portière, car il n'use pas s'adresser à des voisins, et d'ailleurs il est seul entre deux greniers à son sixième étage. La portière, en voyant Auguste, s'écrie :

— Ah ! vous êtes malade, monsieur?

— Oui, je soull'rc beaucoup depuis hier.

— Faut vous soigner, faut pas sortir.

— Ah! cela me sérail bien impossible.

— Laissez la clef à votre porte, monsieur, j'irai voir ce soir s'il vous faut quelque chose.

Auguste remercie la portière, regagne avec peine son grenier, et se rejette sur son grabat.

La portière aimait à causer, comme toutes ses pareilles, et bientôt les gens de la maison qui s'arrêtèrent dans sa loge surent qu'il y avait au sixième un jeune homme d'une figure fort distinguée, qui allait probablement avoir une fluxion de poitrine.

Parmi les personnes qui entrèrent chez la portière, se trouva la chanteuse qui logeait au-dessous du malade ; cette chanteuse n'était autre que Virginie, qui, à force de faire des folies et des conquêtes, n'avait pas non plus attrapé la fortune. Ensuite, les folies fanent vite le teint, les veilles cernent les yeux, les fatigues en tous genres nuisent à la beauté, et la beauté était presque la seule richesse de Virginie, qui, avec trois ans de plus, avait des amoureux de moins. Tout cela était cause qu'on logeait au Marais dans un très modeste appartement du cinquième étage, que l'on passait souvent ses soirées à travailler, parce qu'on ne trouvait plus pour chaque soir une partie de plaisir, et enfin que l'on chantait en travaillant, parce qu'on avait conservé sa gaieté et sa voix. Virginie avait bon cœur, elle n'avait jamais péché que par excès de sensibilité ; mais il y a des femmes qui n'en ont que pour le plaisir, et Virginie en trouvait encore pour les infortunés. En apprenant qu'il y a au-dessus d'elle un jeune homme qui est malade et qui est seul, Virginie dit à la portière :

— Avez-vous été voir s'il n'a besoin de rien?

— Je n'y suis pas encore allée, parce que j'ai mon pot-au-feu à soit gner; mais j'y monterai ce soir.

— Eh ben ; vous êtes encore bonne enfant! et d'ici là si ce pauvre monsieur est plus mal?... Je vais y aller, moi. Je suis seulement fâchée de ne pas avoir su cela plus tôt, car j'ai chanté hier toute la soirée, et quand on a la fièvre, on n'aime pas les roulades; mais j'étais en voix ! j'aurais joué Armide!... Je vais voir mon voisin... vous dites qu'il est jeunes

— Mais certainement, un homme de vingt-neuf ans environ.

— Pauvre garçon ! il est peut-être malade d'amour!... Oh! non, les hommes n'en perdent jamais la santé... Je suis curieuse de le voir... Il serait vieux, j'irais tout de même ; mais un jeune homme, c'est toujours plus séduisant.

Virginie monte l'escalier, et, sans s'arrêter chez elle, arrive au sixième; la clef était sur la porte du cabinet d'Auguste. — Quand on demeure là, se dit Virginie, on ne mange pas des petits pois au mois de janvier ! et elle frappe doucement à la porte en disant :

— Monsieur, c'est votre voisine d'au-dessous qui vient savoir si vous avez besoin de quelque chose ?

— C'est toi, Auguste!... c'est toi! (P. 3ii0.)

On ne répond pas. Elle se décide à ouvrir doucement la porte ; elle enire dans le galetas, auprès duquel sa chambre est un palais. Elle s'approche du lit sur lequel est couché le malade, dont la lièvre a redoublé, et qui n'a plus la force d'ouvrir les yeux ; elle penche sa tète vers lui, et pousse un cri en reconnaissant Auguste

Ce cri fait ouvrir les yeux au malade ; il essaye de tendre la main à

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Virginie, tandis qne celle-ci se jette sur lui. l'embrasse à plusieurs remises, essuie la sueur qui coule de son front, et le moment d'après mouille son visage de ses larmes en s'écriant, :

— C'est toi, Auguste ! c'est toi! ah! mon Dieu !... dans ce grenier !... sur ce grabat!... Mon pauvre ami !... seul, malade !... et je ne le savais pas!... Pauvre Auguste!... et je chantais hier pendant qu'il gémissait !... Ah ! je sens que ça m'étouffe... je ne peux plus parler.

Mais enfin Virginie sent que ses pleurs et ses baisers ne suffisent plus au malade, qui lui fait signe que la soif le dévore.

— Attends!,., attends, mon ami. lui dit-elle, je vais le donner... Eh ! mon Dieu ! il n'v a rien ici que de l'eau!... mais cela ne te vaut rien, <> ! redouble ta lièvre... le vais courir... il faut que lie médecin vienne sur-!. -

:ip... je vais le chercher... je vais... Xe B'àma pas, mon ami;

te serai pas longtemps ; et à présent tu ne seras plus seul : je ne le q ni lierai plus!

Et Virginie court à la porte,, revient encore vers le lit, recouvre ' Balade, lui arrange la tète, puis descend l'escalier quatre à quatre, et arrive tout eii'arée chez la portière en disant :

— Ui. .u ! ©ù y a-t-il un médecin?

: — Mais il y en a plusieurs dans le ipafftàe». Est-ce que le monsieur est plus mal?

— Son adresse, bien vite !

— L'adresse d'un médecin ! LV abord nous eu avons un dans la rue... ! • delà i'ruil:. "d y a celui qui m'a sai ... mai.-...

Virginie nï dus la porld re. èl iéjjà à 1"; ;:i'o;i lui

a donnée; elle monte chez l< . . ■ . .• sur-ie-

c'uainp voir un malade, avec ©ed accent q:. mmes seules savent

prendre quand il s'agit de l'objet de leur tendres

Le médecin ne répond pas, mais il prend son chapeau, cela valait mieux, e! suit Vir:.. ;i le conduit chez Auguste : il monte les six

étages presque aussi vite qu'elle, et entre dans le galetas sans paraître remarquer autre chose que le malade.

Honneur aux gens qui consacrent leur vie à soulager l'humanité. et qui montrent le même empressement pour le pauvre que pour le riche ! Le nombre en est grand, et si Molière a fait des plaisanteries sur les médecins, sans doute il serait le premier aujourd'hui à leur rendre justice.

Virginie regardait avec inquiétude ia figure du docteur pendant que celui-ci tàtait le pouls du malade.

Les veux du médecin n'annonçaient rien de bon ; tandis qu'Auguste»

indifférent à tout ce qui se passait autour de lui, semblait ne plus rien voir, ne plus rien entendre.

— Eh bien, monsieur? dit enfin Virginie.

— ■ Ce jeune homme n'est pas" bien... la fièvre est forte... toutannonce qu'elle doit augmenter encore; cependant, avec beaucoup de soins, j'espère que nous le sauverons.

— Ah! monsieur, ne négligez rien, je vous en prie!

— Mais il est bien mal ici... la petitesse de ce cabinet, le peu d'air qu'il respire... l'ardeur du soleil qui darde sur les toits et rend ces mansardes brûlantes... ce séjour est fort malsain.

— Ah! dès aujourd'hui il quittera ce grenier... il habitera ma chambre tant qu'il sera malade. C'est ici dessous ; il sera bien mieux: au moins elle est grande, on peut s'y retourner. Il y serait déjà si j'avais pu soûle l'y transporter... Si vous étiez assez hon pour m'aider, monsieur, œ sera bientôt fait !

— Voyons, mademoiselle.

Et le médecin se rapproche du grabat) soulève le seul matelas qui soit sur la paillasse; Virginie en fait autant de l'autre côté: tous don:.; emportent ainsi Auguste et le descendent à l'étage au-dessous, puis le déposent sur le seul lit qui soit dans la chambre.

— Où coucherez-vous donc, mademoiselle ? dit le médecin à Virginie.

— Oh! monsieur, cela ne m'inquiète pas. Je descendrai la pailla • qui est là-haut: d'ailleurs, tant qu'il sera malade, je n'aurai pas envie de dormir.

Le médecin la regarde de mon veau, puis écrit une ordonnance, et s'éloigne en promettant de revenir le lendemain de grand matin.

Virginie restée seule regarde l'ordonnance, et cherche à lire, en disant :

— Dieu! que ces médecins écrivent mal! comme des chats. Sirop de.., infusion de... C'est égal, l'apothicaire comprendra: le plus clair, c'est qu'il faut des sirops, des tisanes... par conséquent de l'argent. Pauvre Auguste, je suis bien sûre qu'il n'en a pas!... je n'en ai guère non plus ; mais c'est égal; il faudra bien en trouver. 11 m'en a assez donne quand il était riche... Allons vile chercher tout ce qu'il faut.

Virginie prend sa bourse et va acheter ce qui esl nécessaire pour faire la tisane que le médecin a ordonnée. Elle ne s'amuse pas à habiller chez la portière, et se hâte de revenir chez elle pour soigner le malade. Celui ci, dont la fièvre s'est changée en délire, ne la reconnaît plus et paraît être hoaucoup plus mal. Virginie redouble de s. dus, de zèle.

Elle parvient non sans peine, à lui faire prendre de la potion qui esl ordonnée : pendant toute lanuil. elle ne g-oûte pas an moment de repos.

3ô2 OEUVRE DE PAUL DE KOCK

Sans cesse près du lit du malade, elle ne le quitte que pour retourner à son ouvrage. Elle travaille en linge, car depuis que les plaisirs ont diminué, elle a senti qu'il fallait pour vivre autre chose ;que de beaux veux et un joli sourire. Ce travail lui rapporte peu de chose; mais elle redouble d'ardeur depuis qu'elle a Auguste à soigner.

Tout en travaillant, Virginie regarde encore le malade et se dit : — Pauvre garçon !... il parait que ses voyages n"ont pas été heureux. Mais comment se fait-il que ce brave Bertrand ne soit pas avec lui ? il faut que Bertrand soit mort pour n'être plus auprès d'Auguste... C'était un ami celui-là! non pas comme ces freluquets qui le grugeaient. Et Denise, qui l'aime tant!.:, si elle savait qu'il est dans cet étal!... Si je lui écrivais... non, cela pourrait fâcher Auguste: il l'a peut-être revue; ils sont peutêtre brouillés!... on ne peut pas savoir!... Il faut le guérir d'abord: après cela, il me contera toutes ses aventures.

Le lendemain le docteur est exact; il ne peut encore se prononcer sur l'état du malade, mais il promet de revenir dans la soirée, et recommande à Virginie les mêmes soins.

Pendant trois jours Auguste est fort mal. Le docteur n'a point ménagé ses visites, et Virginie a fait exactement tout ce qu'il a prescrit. Mais vers le soir du troisième jour, elle ne trouve rien dans sa bourse, et n'a point d'ouvrage prêt à rendre.

Cependant il faut de l'argent pour mille choses nécessaires au malade, mais Virginie n'est point embarrassée : elle détache des bracelets et des boucles d'oreilles, seuls bijoux qui lui restent du temps de son ancienne élégance, et elle court les vendre chez un bijoutier aussi gaiement que si elle allait en partie fine.

Les soins de Virginie et du médecin ne sont point infructueux. Le quatrième jour, Auguste est mieux; il n'a plus le délire, et se voit avec étonnemcnt dans une chambre qu'il ne connaît pas. Il serre la main à Virginie, et veut parler; mais le docteur a recommandé le repos, et Virginie dit à Auguste :

— Tais-toi, attends pour causer que tu sois rétabli; en attendant, ne t'inquiète de rien: tu es chez moi, et je te soignerai aussi bien que si tu avais douze nègres: tout ce que je te demande, c'est de bien boire de la lisane et de ne penser qu'à des bosquets de roses. Quand tu iras mieux encore, je te chanterai tout ce que tu voudras: je danserai même, si ça t'amuse, afin de te rendre ta gaieté.

Ausruste sourit et se tait. Le mieux continue ; mais la convalescence loit être fort longue : et comme avec un malade il faut sans cesse se procurer mille choses, l'argent des bijoux est bientôt dépensé.

LÀ LAITIERE DE MOXTFERMEIL 353

Alors, pendant qu'Auguste dort, Virginie regarde dans sa garderobe tout ce qui est superflu; à la rigueur, il n'y aurait que le nécessaire. Cependant, elle trouve moyen de faire un paquet de plusieurs objets, en se disant :

— Cela me débarrassera d'un tas de vieilleries qui m'ennuyaient. Et le paquet va rejoindre les bijoux.

Auguste, ayant un peu de force, peut faire à Virginie le récit de ses aventures. Lorsque celle-ci apprend que c'est Bertrand qui a volontairement quitté son maître, elle laisse échapper de ses mains une tasse de tisane qu'elle allait présenter à Auguste, en s'écriant :

— Les bras m'en tombent! Ce Bertrand que je jugeais digne d'èlre embaumé!... que je croyais un caniche pour rattachement!... Fiez-vous donc aux hommes !... Mon ami, il faut que la bière de tes Anglais lui ait changé tous les sentiments.

Mais quand Auguste fait le récit de son séjour chez Denise, Virginie l'interrompt pour lui conter le chagrin de la petite villageoise, son désespoir en apprenant son départ, enfin tout l'amour qu'elle a pour lui.

— Il se pourrait! dit Auguste; elle m'aime réellement!... elle ne m'a donc pas trompé!... Ce n'est pas seulement par pitié qu'elle m'offrait sa main!...

— Comment, si elle t'aime!... Elle vous adore, monsieur; celte pauvre petite me faisait une peine!... elle pleurait tant! Mais ces messieurs sont uniques! quand on les aime ça les étonne; quand on ne les aime pas, ça les étonne encore.

— Ah! Virginie, quel plaisir tu me fais!

— En ce cas, rétablis-toi bien vite, et va consoler cette pauvre Denis»*.

— Oh! non.. . je n'irai pas.

— Comment, vous n'irez pas? Vous savez qu'elle vous aime, qu'elle se désole de votre absence, et vous n'irez pas la retrouver!

— Je suis dans la misère; je ne puis accepter sa main.

— Mon bon ami, voilà une délicatesse qui n'a pas le sens commun. Quand les gens nous aiment bien, ce qui est à eux est à nous, et si un prince devenait amoureux de moi, quoique je n'aie rien non plus, je ne ferais pas la moindre façon pour l'épouser.

Auguste se tait et Virginie ne lui parle plus d'une chose qui semble le chagriner. Pour rendre des forces au malade, ce ne sont plus des tisanes qu'il doit prendre, c'est du vin vieux, de bons consommés que le médecin lui ordonne; et Virginie, qui, pour faire de l'argent, visite en vain ses tiroirs, se décide à vendre un châle, qui est sa plus belle parure, et qu'elle ne quittait presque pas.

Hais Auguste voit tout ce qu'il coûte à Virginie, la peine qu'il en ressent retarde encore sa convalescence. Il la contemple, travaillant sans cesse, passant une partie des nuits à l'ouvrage, et il soupire en se disant.:

— C'est pour moi qu'elle se tue!... et je ne pourrai pas reconnaître tant de soins!...

Lorsque Virginie revient chez elle, après s'être procuré de l'argent parle dernier moyen qui lui restait, Auguste s'aperçoit qu'elle n'a pins le châle qu'elle portait habituellement: il lui dit d'une voix faible :

— D'où venez-vous donc, Virginie ?

— De me promener un peu, de prendre l'air. .. J'ai vu que tu dormais et que tu n'avais pas besoin de moi.

— Pourquoi donc n'avez-vous plus votre chàle?

— Mon châle?... mais je ne l'ai pas mis parce qu'il faisait trop chaud,

— Vous l'aviez en sortant.

— Je l'avais... Tiens, la vérité, c'est que je l'ai prêté à une amie qui va ce soir dans le beau monde... mais elle me le rendra.

— Virginie, vous me trompez.

— Non, monsieur, je ne vous trompe pas.

— Je vous coûte beaucoup... et pour me soigner, pour que je ne manque de rien, vous vous privez.de tout! vous vous dépouillez pour moi.

— Qu'est-ce que ces idées-là, monsieur Auguste?... Je me prive de tout!... Je ne me prive de rien, entendez-vous monsieur? Qui est-ce qui vous a dit que je n'étais pas à mon aise, que je n'avais pas d'argent de côté?...

— Et tu travailles une partie de la nuit!

— Je travaille parce que cela m'amuse, et que je n'aime pas dormir. Du reste, je ne manque de rien... j'avais du m<:/jo; je suis bien la maîtresse de le dépenser... Me dire qu'il me gêne ! fi ! que c'est vilain ! moi, qu'il a tant de fois obligée! être fâché de ce que je le soigne... Non, monsieur aimerait mieux que ce fût une autre, peut-être. Si vous me dites encore des bêtises comme cela, je jette le pot-au-feu par la fenêtre. Quant à mon châle, c'est vrai que je ne l'ai plus, mais il me déplaisait. D'abord la couleur n'est plus à la mode ; ensuite je ne veux plus de rosaces : ces! un mauvais genre.

Auguste ne dit plus rien; il se contente de soupirer en pressant dans les siennes la main de Virginie, et celle-ci affecte d'être plus gaie que jamais, et fredonne toute la journée pour lui prouver qu'elle n'a nul regret de son chàle.

Le médecin est venu voir son malade: il le trouve beaucoup mieux, il complimente Virginie sur les soir, qu'elle lui a prodigués, et celle-ci,

quoique ne sachant comment elle payera, le prie de lui dire ce qu'on lui doit.

Mais le docteur lui répond qu'il ne se fait jamais payer quand il va plus haut qu'au quatrième ; et il se dérobe aux remerciements d'Auguste et de Virginie, en recommandant de nouveau au convalescent de se ménager et d'attendre pour sortir le retour de ses forces.

— Voilà un bien digne homme ! s'écrie Virginie en regardant le médecin s'éloigner. Il n'est pas beau ; certainement on ne peut pas dire qu'il soit beau ; il a même un œil un peu plus petit que l'autre. Eh bien ! il me fait l'effet d'un amour depuis que j'ai vu l'empressement qu'il a mis à te soigner.

Auguste sourit, les discours de Virginie ramènent souvent la gaieté dans ses yeux ; mais lorsqu'il pense à sa situation, son front se rembrunit, et il soupire, malgré tous les efforts de sa garde, qui lui répète sans cesse : — Tu ne soupirais pas tant que ça quand tu me faisais la cour.

Auguste voudrait déjà se lever et sortir, mais il n'en a pas encore la force; et cependant Virginie lui donne tout ce que le médecin prescrit. Mais la convalescence doit être longue; et tout en disant chaque jour à Auguste qu'il ne s'inquiète pas et qu'elle a de l'argent pour longtemps. Virginie s'aperçoit un matin qu'il ne reste plus rien de la vente de son châle.

Cependant le docteur, qui est encore venu la veille voir son malade, a dit qu'il pouvait manger du poulet, et Virginie, tout en fouillant dans ses coffres, dans ses tiroirs et dans sa bourse, où elle ne trouve rien, se dit tout bas: — C'est égal, le médecin a dit qu'il pouvait manger du poulet, et je veux qu'il en mange aujourd'hui !... j'ai beau chercher... rien qui puisse faire de l'argent ! pas seulement de quoi avoir une alouette... et mon ouvrage ne sera iini qu'après demain!.. . Tant pis !... quand je devrais me mettre en gage moi-même, il mangera du poulet aujourd'hui.

Et Virginie met son chapeau, son petit fichu qui a remplacé le grand châle; puis, luisant Auguste encore endormi, elle sort doucement de elle en disant : — Je ne rentrerai pas sans un poulet.

CELUI QU'ON DEVAIT ATTENDRE. — RETOUR AI' VIL1 kGE

Virginie marchai! sans trop savoir où elle irail : elle cherchait dans sa mémoire qui pourrait l'obliger, <it la mémoire esl souvent endéfaul quand

on lui demande le nom d'un véritable ami. Si Cézanne eût été encore à Paris, Virginie n'aurait point hésité à se rendre chez elle, parce qu'elle connaissait la bonté de son cœur ; mais Cézanne courait alors sur les traces de son Théodore, qui avait quitté la capitale, et son Théodore la Hienait'trës loin.

Les autres connaissances de Virginie lui offraient trop peu de ressources, et il en était plusieurs auxquelles elle n'aurait pas voulu s'adresser. Cependant le résultat de chaque réflexion était toujours : — Il me faut un poulet pour Auguste, et j'en aurai un : je ne sais pas trop comment je ferai... mais chaque fois que je me suis mis dans la tète de faire une chose j'y suis toujours parvenue, et il s'agissait souvent d'objets beaucoup plus intéressants qu'un poulet ; ce serait bien le diable, si, pour une petite volaille, je n'en venais pas à mon honneur!

Et Virginie s'arrêtait devant les marchands de volailles et devant les rôtisseurs ; elle passait et repassait, se creusait la tète, ne trouvait pas d'argent, et poussait un grand soupir en regardant ce dont elle voulait régaler le convalescent.

Les mines drôles de Virginie, dont la mise décente n'annonçait pas le besoin, et les veux qu'elle lançait aux poulets rôtis faisaient quelquefois sourire les passants, qui ne voyaient dans l'extase de la grisette qu'un sentiment de gourmandise ; et celle-ci, en voyant sourire ceux qui la regardaient, murmurait entre ses dents: — Les imbéciles !... quand ils me riront au nez... qu'est-ce que cela me fait? Pas un n'aura seulement la galanterie de m' offrir un poulet?... Les hommes deviennent peu aimables.

Depuis dix minutes, Virginie tournait et retournait devant la boutique d'un rôtisseur, et auprès de cette boutique était celle d'une petite mercière. Virginie n'avait pas remarqué la mercière parce qu'elle ne lorgnait que des poulets ; mais, à travers ses montres chargées de gants, de iil et de ruban, la petite marchande avait remarqué Virginie, dont l'air singulier «levait effectivement piquer la curiosité.

Les femmes ont un instinct de sentiment qui leur fait comprendre tout de suite ce que les hommes seraient une heure à deviner, et ce que même ils ne devinent pas toujours. La jeune mercière voit dans les yeux de Virginie que ce n'est pas un sentiment de gourmandise qui la fait rester en contemplation devant la marchandise de son voisin. Elle sort par le fond de la boutique ; — sa cour est aussi celle du rôtisseur, — elle entre par là chez celui-ci, se fait donner un beau poulet gras, l'enveloppe dans un double papier, et rentre chez elle par le même chemin.

Puis elle se metsurle seuil de la porte et regarde Virginie, à qui elle ne sait comment offrir son présent. Virginie est quelque temps sans

LA LAITIEKL DE M ONTl'EIUI K! i.

Bertrand couri à Virginie, l'enlève dons ses bras et l'i mh tsse P 163.) i.tv. 290. — p\fi dr kock — 6n. s. roupf ET c1", uv. 200

faire attention à la jeune marchande : cependant celle-ci la regarde d'un air expressif, el semble avoir tant envie de lui parler, que Virginie s'approche d'elle.

Aussitôt la jeune mercière lui dit tout bas et en rougissant beaucoup :

— Madame, vous avez sans doute oublié votre bourse?... Si vous vouliez me permettre de vous offrir...

Et en même temps on glissait le poulet sous le bras de Virginie en tremblant comme si l'on eût fait une sottise ; mais on tremble souvent beaucoup plus pour faire le bien. Virginie ne peut que serrer la main de la jeune mercière en lui disant:

— Vous m'avez devinée... Ah! si vous saviez le plaisir que vous me faites... si vous saviez pourquoi je... Mais vous me reverrez... je viendrai vous remercier, et m' acquitter envers vous.

— Oui, oui, madame... dit la jeune marchande ; et elle est déjà rentrée toute confuse dans le fond de sa boutique, tandis que Virginie, légère comme une plume, avec son poulet sous le bras, regagme gaiement sa demeure en se disanl :

— Je savais bien que j'en aurais un !... J'ai toujours de l'espérance, moi !

Cependant le poulet n'était pas encore arrivé cbez Auguste. Au détour d'une rue, Virginie, qui probablement ne regardait qu'a ses pieds, est brusquement coudoyée par un homme qui fail rouler la volaille sur le pavé.

— Maudit imbécile ! s'écrie Virginie en se baissant pour ramasser le poulet. Mais cette voix a frappé l'homme qui l'a coudoyée, et qui s'était contenté de s'excuser en suivant son chemin". Il s'arrête, revient sur ses pas, et s'écrie à son tour :

• — Eh oui! mille baïonnettes!... c'est mam'zelle Virginie!... Ah! morbleu! elle pourra peut-être me donner de ses nouvelles.

— Tiens!..-, c'est Bertrand!... dit à son tour Virginie qui a aussi reconnu l'ancien caporal. (!'est ce brave lier... Ah ! qu'est-ce que je dis donc?... c'est un vilain, un ingrat, un mauvais cœur, je ne l'aime plus. Laissez-moi porter mon poule!... ne me retenez pas, monsieur.

— Que vous m'aimiez ou non, mademoiselle, ce n'est pas de cela qu'il s'agil dans ce moment. Un mot, s'il vous plaît : l'avez-vousvu, savez- VOUS OÙ il esl... ce qu'il est devenu ?...

— Qui ça?

— Eh ! morbleu ! mon lieutenant, M. Auguste!

Tiens! si je sais où il est!... Cette question !... lorsqu'il loge dans ma chambre depuis quinze jours !...

360 Œl VRE DE PAUL 1)1". KOCK

— Il est chez vous !... Je l'ai retrouvé !... Je vais le revoir !... Dans sa joie, Bertrand serre Virginie dans ses bras, et fait encore

tomber le- pauvre poulet, qui, cette fois, roule jusque dans le ruisseau, et Virginie est prête à pleurer, et s'écrie :

- Voulez-vous me laisser tranquille ! C'est pour Auguste ce poulet : el lorsque j'ai eu tant de peine à l'avoir, vous êtes cause qu'il ne pourra plus le manger !

— Ah !... ne pleurez pas !... je vous en achèterai d'autres, dix, vingt poulets!... un bœuf, si vous voulez!... Mais, pour Dieu, menez-moi bien vite près de mon lieutenant... Il me tarde de l'embrasser !...

— Com nient! vous l'aimez donc encore?

— Si je l'aime !... Qui est-ce qui a pu douter de mon attachement, de mon dévouement à sa personne?

— Ce n'est donc pas exprès qu'en Angleterre vous l'avez abandonné?

— Abandonné!... Lorsque c'est pour le servir... pour le rendre au bonheur...

— Ah! ce pauvre Bertrand !... J'étais bien sûre, moi, que c'était un bon garçon !... Venez, mon petit Bertrand, allons trouver Auguste: ah! il sera bien content quand il saura que vous êtes toujours digne de son amitié.

Virginie et Bertrand se dirigent vers la rue de Berry. Chemin faisant, Virginie apprend au vieux soldat tous les chagrins qui ont assiégé Auguste, et la maladie grave qu'il vient de faire. En écoutant ces détails, Bertrand s'essuie parfois les yeux en s'écriant : — Saerebleu! pourquoi ne lai-je point rejoint plus tôt!... Mais je ne suis de retour à Paris que d'avanlhier ; et demain je me disposais à aller le chercher à Montfermeil, espérant v être plus heureux que dans cette ville, où depuis deux jours nous avons, Schtrack et moi, couru tous les quartiers sans découvrir mon lienlenanl.

On arrive chez Virginie ; en montant l'escalier Bertrand est aussi ému que s'il allait revoir son fils, et Virginie lui dit :

— Il ne faut pas tout de suite vous montrer à Auguste ; il est encore bien faible, et votre présence pourrait lui causer trop d'émotion... Vous comprenez, Bertrand ?

— Oui, mademoiselle.

— Je vais entrer d'abord, et je préparerai tout doucement Auguste, et puis ensuite je vous ferai signe...

— Oui, mademoiselle, j'attendrai dans une autre chambre...

— Non, comme je n'en ai qu'une, vous attendrez sur le carré... Je laisserai la porte entr'ouverte...

— Fort bien; mais ne soyez pas longtemps à me faire signe, car je brûle de Je presser dans mes bras.

On est devant la porte de Virginie, elle l'ouvre à demi, et Bertrand se colle tout contre, osant à peine respirer. Auguste était levé et assis près d'une fenêtre ; il attendait avec impatience le retour de Virginie, donl la longue absence l'inquiétait.

— Me voici, mon ami, dit Virginie en entrant chez elle et tournai il autour d'Auguste d'un air aussi embarrassé que devant le rôtisseur. Me voici, j'ai été un peu longtemps... mais c'est que... j'ai fait une rencontre qui vaut bien mieux qu'un poulet.

— Tu as fait une rencontre ?

— Oui... c'est quelqu'un que... quelqu'un...

Avant que Virginie ait trouvé ce qu'elle veut dire, Bertrand, qui ne peut plus y tenir, ouvre la porte, s'élance vers Auguste et le serre dans ses bras en s'écriant : — C'est moi, sacrebleu ! c'est moi!... Mais je ne peux pas rester plus longtemps caché... Il faut que je l'embrasse.

Pendant quelques minutes, Bertrand ne peut quitter les bras d'Auguste : et Virginie s'écrie :

— Là, voyez-vous !... il n'a pas pu attendre que je lui fasse signe... il va faire mal à Auguste.

. — Non, dit le convalescent, non, le bonheur n'en fait pas '.... Mon pauvre ami!... te voilà donc revenu !...

— Vous avez pu croire que je vous avais abandonné !... dit Bertrand en prenant la main d'Auguste. Vous avez douté du cœur de voire vieux compagnon, de votre fidèle serviteur! Ah! je conviens que mon dépari précipité devait vous surprendre... mais quand vous saurez !...

— Te voilà, Bertrand, tout est oublié !...

— oh ! écoutez-moi d'abord, <'i noms verrez ensuite >i je me suis mal conduit. Vous vous rappelez que je vous laissai dans une salle de L'auberge du village où nous venions de déjeuner. Je venais de payer notre ilépcnse, lorsqu'on traversant la cour j'aperçois un homme dont la figure me frappe, et que je reconnais sur-le-champ pour notre fripon de Destival

— Destival !... s'écrie Auguste.

— Ton voleur!... dit Virginie.

— Il montait en chaise de poste au moment où je l'aperçus. 11 n'axait pu me voir, mais la voiture étail partie avant que je fusse revenu de ma surprise;. Alors, sans me donner le temps de vous prévenir, ne voulant pas perdre une minute, de crainte que notre homme ne m'échappât, je cours à l'écurie, je selle mon cheval, je le monte el m'éloigne au grand galop pour courir sur les traces de notre fripon.

Je ne tardai pas à rattraper la chaise de poste : mais en pays étranger, je savais qu'il ne serait pas facile de faire regorger notre coquin, et qu'il ne fallait espérer de justice que de moi-même. Je suivais donc la voiture on attendant un moment favorable pour trouver mon homme en particulier.

Pondant deux jours la maudite voiture ne fait que relayer ; enfin, au bout de ce temps, en passant dans un petit bourg-, on s'arrête à l'auberge de la poste, et mon fripon, qui a sans doute besoin de repos, descend do la chaise et entre dans l'auberge. Je ne tarde pas à l'y suivre, et je demande à parler au voyageur qui vient d'arriver. On m'indique sa chambre.

J'y monte, j'entre et je commence par m'enfermer avec notre homme, qui. en me voyant, manque de tomber en défaillance sur un fauteuil. Je vais à lui, je lui prends le bras, et lui dis : — Vous êtes un voleur, vous avez ruiné mon maître, mais vous n'en ruinerez pas d'autre ; je vous ai appris autrefois à vous servir d'une arme, nous allons voir si v:. us vous souvenez de mes leçons... Voici deux pistolets, prenez-en un... -\ous serons très bien dans cette chambre... quatre pas de distance suffisent quand on ne veut pas se manquer. Dépêchons. Au lieu de prendre l'arme que je lui présente, le misérable se jette à mes genoux et me demande grâce. Moi, je lui redemande votre fortune. Il tire de sa poche un portefeuille, me fait voir dedans pour cent soixante milie francs de billets sur la Banque de France, et me jure que c'est tout ce qui lui reste de ce qu'il a emporté de Paris.

Je réfléchis que cela vaut mieux que rien, et qu'il faut d'abord vous rendre cet argent avant de tuer notre fripon; je prends le portefeuille, et laissant le coquin plus mort que vif, je sors de sa chambre, où je 1 enferme. Je remonte à cheval et reviens au grand galop à l'endroit où je vous avais laissé ; en y arrivant mon cheval crève, et je ne vous trouve plus. Je cours de tous côtés, on ne peut me donner de vos nouvelles. Je prends la route de l'Ecosse, où nous devions nous rendre. Je passe trois semaines à visiter jusqu'au plus petit hameau, je ne suis pas plus heureux ; enfin je me décide à revenir en France, et avant-hier j'étais à Paris.

Mon premier soin fut d'aller questionner Schtrack; il ne vous avait pas vu, il ignorait l'adresse de mademoiselle ; nous nous mimes à battre le pavé pour tâcher de vous découvrir... Mais vous voilà!... je vous ai retrouvé... Je puis vous remettre ce que j'ai sauvé de votre fortune!... voilà ma conduite, mon lieutenant, maintenant m'en voulez-vous encore?

Pour toute réponse, Auguste tend ses bras à Bertrand, qui lui pressente le portefeuille, tandis que Virginie saute dans la chambre, danse avec les chaises, et jette sa capote en l'air eu criant: — Vive Bertrand!... Ajuste n'est plus pauvre!... nous allons joliment nous amuser!...

Quand ce premier mouvement d'ivresse est calmé, Auguste raconte à Bertrand ce qu'il a fait depuis qu'il l'a quitté. Il ne lui cache pas l'état misérable où il était réduit lorsque Virginie est venue dans son grenier. Il lui apprend ce qu'elle a fait pour lui, son travail, ses veilles, tous les sacrifices qu'elle faisait chaque jour pour lui avoir ce qui lui était nécessaire.

Pendant ce récit, Virginie veut faire taire Auguste en lui disaul : — Ça n'est pas vrai ; il en dit beaucoup trop; ne le croyez pas, Bertrand ; et d'ailleurs, si j'ai fait tout cela .c'est qu'apparemment ça me faisait plaisir.

Mais Bertrand, qui n'a pu entendre sans attendrissement le récit d'Auguste, court à Virginie, l'enlève dans ses bras, et l'embrasse en disant :

— C'est bien cela!... c'est très bien!...

— Oui, mais vous me serrez trop fort. Bertrand.

Les tristes pensées ont fait place à celles du bonheur: ce n'est plus eu soupirant qu'Auguste pense à Denise. Déjà il voudrait être auprès d'elle, il brûle de la revoir, de récompenser son amour: car, après tout ce que Virginie lui a dit. il ne doute plus du cœur delà jeune villageoise. Cependant il ne peut partir sur-le-champ pour Montfermeil ; mais, comme Je bonheur rend vite la santé, au bout de deux jours, qui se sont passés en projets charmants pour l'avenir et en emplettes pour le présent. Auguste est en état de sortir.

Avant d'aller au village, d'où il pense ne revenir de quelque temps k Paris, Auguste termine ses affaires ; il retourne chez son ancien notaire et le charge de lui placer convenablement ses fonds, dont il ne garde que ce qui lui sera nécessaire pour l'exécution de ses projets.

Auguste veut assurer un sort à Virginie; depuis quelle est moisis jeune, elle désire avoir un petit établissement. Bertrand lui loue une jolie boutique; Auguste y fait porter un petit fonds de broderies, de nouveautés, et Virginie est établie lin gère.

Elle va s'asseoir avec fierté dans son comptoir, et lait mettra sa porte: A In Pucellei en jurant a Auguste que désormais elle ne veul plus s'occuper que de son commerce.

Auguste a reçu les remerciements de Virginie <•! ses compliments pour Denise, qu'elle ne veut aller voir qui' lorsque sa nouvelle conduite an .1

entièrement fait oublier l'ancienne. Il va monter en cabriolet avec Bertrand, et partir pour Montfermeil, lorsque Virginie s'écrie:

— Ah ! mon Dieu!... j'ai oublié la petite marchande au poulet... je voulais te la recommander pour que tu lui donnes au moins ta pratiqua de gants.

— Quelle marchande? quel poulet? dit Auguste.

Virginie raconte ce qui lui est arrivé le jour où elle a rencontré Bertrand. Auguste, après avoir encore témoigné à Virginie toute sa reconnaissance pour ce qu'elle a fait pour lui pendant sa maladie, veut connaître et remercier la jeune femme qui a mis tant de délicatesse à obliger. Il fait monter Virginie dans son cabriolet, on se dirige vers la demeure de la jeune marchande.

Le cabriolet s'arrête devant la boutique de la mercière, les trois personnes en descendent : la jeune marchande est étonnée, elle n'a jamais vu venir des gens en voiture pour lui acheter du filou des aiguilles. Mais eile rougit en reconnaissant Virginie, qui entre la première en disant ;i Aug nste :

— C'est madame qui s'est montrée si bonne pour moi pendant que vous étiez convalescent.

Auguste s'approche pour saluer la jeune marchande, qui est toute honteuse des remerciements qu'on lui adresse. Mais, avant qu'il puisse parler, un vieillard, qui était dans l'arrière-boutique, et qu'on n'avait pas encore remarqué, s'avance vers lui en s'écriant :

— Ma fille ! mon Anna! c'est nous qui devons remercier cet homme généreux!... C'est notre bienfaiteur!... c'est à lui que je dois l'existence el I'- bonheur de te voir heureuse.

Auguste regarde le vieillard, il reconnaît le pauvre Dorfeuil. et. avan qu'il soit revenu de sa surprise, le père et la fille sont à ses pieds, et couvrent ses mains des pleurs de la reconnaissance.

C'est alors Bertrand et Virginie qui demandent des explications. Auguste veut s'y dérober: mais le vieux Dorfeuil le retient. Il raconte t'iul ce qu'il lui doit, et termine son récit en disant à Auguste:

— Vous le voyez, vos bienfaits nous ont porté bonheur. J'ai payé nia dette; et, depuis trois ans, mon Anna ayant réussi dans toutes ses entreprises, a pu enfin s'établir en ces lieux, où, près d'elle, je passe en paix mes vieux jours.

Bertrand embrasse encore Auguste ; Virginie embrasse tout le monde, puis (in se sépare en se promettant de se revoir. Virginie retourne à sa boutique, qu'elle ne veut plus quitter, et Auguste conduit enfin son cabrioe! vers le village de Denise.

Bertrand, qui a quitté le cabriolet, vient saluer Denise. (P. 366.

En approchant de Montfermeil, Auguste seul son cœur battre avec force; il regarde Bertrand en lui disant :

— Nous aîTons la voir!... Ah! si tu savais comme ils m'ont reçu. comme ils m'ont fêté quand j'étais malheureux !

— Et vous les avez quittés?

— Mon ami, je n'avais plus rien à offrir à Denis* .

:iv. LfH. — PAl L Dt KOCK. — ÉD. J. ROI FF ET C:e. LIV. -

— Et maintenant que vous êtes beaucoup plus riche qu'elle, si elle allait vous refuser à son tour, il n'y aurait plus de raison pour que cela iinisse. Les amoureux n'ont pas le sens commun.

Au lieu de suivre la route qui le conduirait au village, Auguste ne peut résister au désir de prendre par le sentier du bois où il a embrassé jadis la petite laitière.

Arrivés près de l'endroit où Jean le Blanc s'est emporté, Auguste aperçoit clans le bois un petit garçon sur un âne ; un peu plus loin, une jeune fille est assise au pied d'un arbre.

— Les voilà! s'écrie Auguste.

Et déjà il a sauté hors de son cabriolet ; il court dans le bois, il est près de la jeune fille. Il se jette à ses genoux, couvre ses mains de baisers, et lui dit:

— C'est moi. Denise, je reviens près de toi, et pour ne te plus quitter.

La jeune fille doute si elle veille ; elle regarde Auguste, qu'elle voit élégant comme autrefois, et Coco accourt en disant:

— Voilà mon bon ami ! il est mis comme le jour où j'ai cassé la marmite.

— C'est vous!... dit Denise. Ah ! si vous saviez tout le chagrin que votre lettre m'a fait ! Méchant ! me quitter parce qu'il est pauvre ! oser dire que je ne l'aime pas ! qu'il ne reviendra me voir que quand il ne m'aimera plus !... Est-ce que c'est comme caque vous revenez?. ..Ah! dites-lemoi tout de suite, ne me laissez plus espérer le bonheur... cela fait trop de mal d'être trompée dans ce qu'on désire !...

Pour toute réponse, Auguste la presse tendrement contre son cœur; et ses yeux disent à l'aimable fille que ce n'est pas l'amitié seule qui le ramène. Bertrand, qui a quitté le cabriolet, vient saluer Denise.

— Bertrand aussi ! dit la petite, il est revenu !...

— Oui, et c'est à lui. que j'accusais de m'avoir abandonné, que je dois aujourd'hui mon bonheur.

Quelques mots ont bientôt mis Denise au fait de tout, elle tend la main à Bertrand en disant :

— Ah! mon cœur n'a jamais douté du sien !... Est-ce que l'on peut cesser d'aimer les gens parce qu'ils sont malheureux?... Puis, réfléchissant qu'Auguste a recouvré une partie de sa fortune, elle s'écrie :

— Oh ! mon Dieu ! je ne pourrai donc plus être votre femme !

— Si, Denise, vous serez ma femme, dit Auguste en lui prenant la main, car vous êtes la seule qui puissiez faire mon bonheur ; et je ne puis douter de la sincérité de votre amour.

— Mais je ne suis qu'une villageoise

— Que je préfère aux dames de la ville.

— Je serai gauche dans Je monde.

— J'ai appris ce qu'il valait, et me soucie fort peu de ses jugements ; d'ailleurs, quand il vous connaîtra, ma Denise, il sera forcé de vous rendre jii 'lice.

— Oh! je ne veux pas le connaître, moi, mon ami ; si vous m'épousez, convenons que je resterai toujours ici. Vous irez seul à Paris lorsque vous le voudrez ; quand vous serez las de la ville, alors vous reviendrez trouver votre petite laitière.

Auguste embrasse Denise, et l'on se met en marche pour la maisonnette. On trouve tout charmant quand on est heureux; pour les deux amants la maisonnette est devenue un palais; mais Bertrand, qui n'est point amoureux, et qui songe toujours à l'avenir, dit à Auguste :

— Mon lieutenant, cette maison n'est pas assez grande pour vous : d'ailleurs elle appartient à Coco, c'est sa propriété.

Il faut vous en acheter une fort jolie, et pas trop chère, que vous pouvez apercevoir d'ici, dans laquelle vous serez logé convenablemen!. et où vous pourrez recevoir quelques amis, parce qu'enfin il ne faut pas s'isoler de toute société, le moyen que votre amour dure longtemps n'est pas de vous enfermer pendant six mois avec votre femme. Maintenant que vous connaissez le monde, vous ne serez plus sa dupe. Vous prendrez les hommes pour ce qu'ils sont, vous verrez ceux dont la société vous amusera, et vous ne jouerez plus si gros jeu, parce que voilà le cas, ou jamais, d'être sage.

Auguste approuve la proposition de Bertrand. La jolie maison esl louée, et, au bout de huit jours, Denise, rayonnante d'amour et de plaisir, embellissant par ses grâces, par ses attraits la parure modeste qu'elle a choisie, est conduite à l'autel par l'homme qu'elle chérit. Tous les habitants du village vont voir marier lapetite laitière. Les paysannes se (lisent:

— C'esl pour le coup qu'elle va faire la dame à présent ! elle épouse un beau monsieur!... comme elle va être fière !...

Mais les paysannes se trompent: Denise, en devenant Mm8 Dalvi reste aussi douce, aussi bonne que lorsqu'elle était elle-même une sin villageoise.

En ramenant chez lui sa jeune épouse, Auguste donne bien encore par-ci par-là, quelques regards ;i de jolies femmes qui se trouvent sur sa route, mais c'est seulement par habitude, et l>eni>e seule a sou cœur.

Fidèle à sa promesse, Denise ne veuf plus quitter sou village

pendant longtemps Auguste ne s'éloigne pas de sa femme. Plus tard, cependant, il l'ait quelques voyages à Paris. Dans une de ses visites à la capitale, Auguste apprend que la vive Athalie s'est séparée de son époux, parce que la mère Thomas a fait un second voyage à Paris, et que M. de la Thomassinière, ayant fait à son tour de mauvaises spéculations, et s'étant laissé ruiner par M. de Cligneval, a été forcé d'abandonner toutes ses propriétés à ses créanciers, et s'est fait cocher de cabriolet, état dans lequel il semble beaucoup plus à sa place que lorsqu'il était au milieu d'un salon.

Le marquis de Cligneval s'étant permis, dans une partie d'écarté, de faire quelques tours d'escamotage, qui ne furent point du goût de la société, a été forcé de se battre en duel et tué par son adversaire. Quant à Destival, ayant voulu faire en Angleterre des affaires dans le même genre qu'à Paris, un de ses clients, dont il emportait l'argent, lui donna un coup de poing dont il ne se releva pas.

C'est M. Monin qui apprend toutes ces nouvelles à Auguste, non sans lui avoir demandé auparavant comment allait l'état de sa santé, et qui, après avoir visité sa tabatière, va rejoindre Bichette, qu'il a laissée dans un bosquet du café Turc avec M-. Bisbis.

Auguste revoit aussi Dorfeuil et sa fille; mais il ne va que rarement chez la jeune mercière, parce qu'elle est fort jolie. En revanche, il voit souvent Virginie, qui n'est plus jolie, mais qui est tout à fait rangée, et dont le cœur excellent fait oublier ses folies d'autrefois.

Lorsqu'il a passé quelque temps à Paris, Auguste retourne à Montfermeil ; c'est toujours avec un nouveau plaisir qu'il se retrouve près de sa petite laitière, de son fidèle Bertrand, et de Coco, qui, en grandissant, se félicite souvent d'avoir cassé sa marmite.

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— Mais elle est si aimable cette p< lite Delphine. 1'. 3.;

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