‹ La laitière de MontfermeilChapitre 51 sur 102 · LE COMTE DE MOHTREVILLE — SOIRÉE DU GRAND MONDE · texte numérisé non relu

LE COMTE DE MOHTREVILLE — SOIRÉE DU GRAND MONDE

Le comte de Montreville était, à l'époque où nous commençons à faire sa connaissance, un homme de soixante ans. Issu d'une famille noble et riche, il avait servi, s'était marié, avait pris sa retraite, et avait su échapper aux orages de la révolution.

Le comte était un petit homme maigre, dont la figure froide et sévère imposait le respect. II ne manquait point d'esprit, et n'était point entiché d'une foule de préjugés ridicules que quelques vieillards voudraient remettre à la mode, comme les paniers et les perruques à boudins. M. de Montreville n'était point de ces gens qui veulent reculer lorsque tous les autres avancent; il suivait l'impulsion des temps, et, sage au milieu de bien des fous, ne blâmait que ceux qui, par exagération, intérêt personnel ou incapacité, troublaient l'eau d'un fleuve que tous les efforts des hommes ne sauraient empêcher de couler.

Mais le comte avait été élevé sévèrement par son père. Habitué de bonne heure à l'obéissance, il voulut trouver la même soumission dans son fils. A six ans, le jeune Frédéric perdit sa mère. Le comte ne voulut point se remarier; il avait un héritier de son nom, cela lui suffisait. Il plaçait Frédéric dans un des premiers collèges de la capitale. A quatorze ans, 'le jeune comte, doué d'une rare intelligence, avait déjà remporlé plusieurs prix. Cependant son éducation n'était point terminée ; mais son père, craignant qu'à cet âge il ne formât quelque liaison pernicieuse, et pressé du désir de l'avoir près de lui, afin de l'accoutumer à la plus stricte obéissance, le retira du collège et lui donna un précepteur.

Le précepteur que le comte mit près de son fils, et avec lequel nous

Et lui-même, assis dans un coin, n'en est pas aperçu. (P. 19.

ferons plus tard ample connaissance, n'était ni un savant ni un homme d'esprit; bien au contraire. Mais il était entièrement soumis à M. le comte, et n'aurait pas mené promener son élève sans en avoir préalablement demandé la permission à M. de Montreviiîe; c'est pourquoi, malgré le peu d'étendue de son génie, il avait été placé près de Frédéric.

Le comte ebérissait son fils, mais il eu! été désespéré de lui laisser

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