PROJET DE VOYAGE. — M. MÉNARD. EN ROUTE
— Piqué sur quatre !... s'écrie Dubourg en sautant sur sa bergère, tandis que Frédéric, surpris de le trouver là, le regarde un moment en silence, puis se livre enfin sans réserve au plaisir d'épancher son cœur et de conter ses peines à son ami.
— Ah! mon cher Dubourg ! c'est le ciel qui t'envoie !...
— Non, c'est mon propriétaire qui me met à la porte.
— Je puis donc enfin trouver un cœur qui réponde au mien, qui comprenne mes douleurs, qui plaigne mes tourments !
— Est-ce que tu as aussi parié du mauvais côté?
— La perfide ! la volage !...
— Mon ami, la fortune est femme!,., c'est tout dire.
— Oui... oh! femme bien cruelle!... Si tu savais ce qu'elle a osé dire de moi!...
— Comment ! la fortune t'a parlé?
— Je ne suis qu'un sot !... Oui, en effet, elle a raison; j'étais un sot de l'aimer !... mais c'est fini ! oh! pour jamais ! Elle croit, d'un mot, d'un sourire, me ramener à ses pieds, m'enchaîner encore! Oh! non, je ne serai plus sa dupe... je la connais maintenant !...
Dubourg se frotte les yeux et regarde Frédéric, qui, d'un air très désespéré, se promène à grands pas dans la chambre, tantôt s'arrêtant pour se frapper le front, tantôt laissant échapper un sourire amer.
— Mon ami, de qui diable me parles-tu?
Dubourg u indiqué à Frédéric l'endroit où il pourra lui faire savoir le moment de son départ. (P. 28.)
— Eh! de M™ Démange, de celte femme dont le cœur est aussi faux que la figure est jolie, de celle coquette que j'adorais depuis deux mois, et dont je croyais être aimé. Eli bien! mon clier Dubour^, elle se moquait de moi.
— Et cela félonne? Ah! mon pauvre Frédéric ! que lu es jeune encore !...
UY. 294. — PAUL DE KOCK. — ÉD. 1. ROC FF UT C1. uv. 29*
— Elle m'avait fait accroire qu'elle répondait à mon amour... et ce soir, un nouveau venu, un colonel m'enlève son cœur, et cela sans beaucoup de peine !... J'avais envie de provoquer, de tuer ce colonel...
— Cela t'aurait-il rendu ta Mme Démange moins volage?
— Non, sans doute; c'est ce que je me suis dit.
— En lui faisant la cour il a fait ce que tout autre eût fait à sa place. Ce n'est pas à lui que tu peux en vouloir ; au contraire, tu lui devrais plutôt de la reconnaissance, car il t'a appris à connaître une femme qui se moquait de toi.
— Je crois que tu as raison, dit Frédéric en s'asseyant tristement dans un fauteuil, tandis que Dubourg, entièrement réveillé, croit convenable de faire un sermon à son ami.
— Ecoute, mon cher Frédéric ; je suis plus vieux que toi; j'ai beaucoup vu le monde, et j'ai de l'expérience, quoique je fasse encore souvent des folies. Or, je te dirai que tu as une malheureuse tendance au sentiment et aux passions romanesques qui te jouera quelque mauvais tour. Tu veux absolument être aimé, adoré î... Que diable! tu veux donc passer ta vie à soupirer? Est-ce ainsi qu'un jeune homme doit faire l'amour ? Ce n'est pas qu'au fond tu sois plus constant qu'un autre, car voilà, depuis près d'un an que je te connais, ta septième passion malheureuse. Le grand mal, c'est que tes sept passions t'ont quitté les premières, et tu devrais, au contraire, leur donner l'exemple. Enfin, tu t'es toujours consolé, tu te consoleras encore de celle-ci, je te le promets. Mais, mon ami, je t'en prie, ne t'affecte plus sérieusement pour ce tqui ne devrait être qu'une folie de jeunesse. Il faut du sentiment pour plaire à ces dames, mais il n'en faut pas trop, parce que, vois-tu, l'excès du sentiment... tue le sentiment; et ce que je te dislà est fort raisonnable ; je suis sûr que ton père, le comte, m'approuverait s'il était là, et qu'il serait enchanté de voir que tu as un ami qui ne te donne que de bons conseils et qui t'en donnerait bien d'autres!... s'il n'avait pas perdu cette nuit les cinq cents francs que sa pauvre tante lui avait envoyés !...
Frédéric n'avait pas fait grande attention au discours de Dubourg ; mais cependant il était plus calme, parce que les crises les plus violentes sont toujours celles qui durent le moins, et que le jeune homme se croyait beaucoup plus amoureux qu'il ne l'était réellement.
— Comment se fait-il que je te trouve ici, au milieu de la nuit? dit-il enfin à Dubourg.
— Mon ami... que veux-tu!... une suite de circonstances malheureuses... D'abord mon propriétaire, qui est un véritable Vautour; ensuite une soirée chez la petite Delphine... tu sais... je t'y ai mené une fois...
mais comme il te faut toujours du sentiment, tu n'y es pas retourné ; et pourtant elle t'en aurait donné, pour ton argent, qui aurait bien valu celui de Mme Dernange. Enfin, mon cher, j'ai joué, et j'ai perdu tout ce que je possédais! Je ne savais vraiment plus que devenir!... J'ai pensé à toi, je connais ton amitié ; je ne comptais d'abord te voir quVdemain ; mais, tout étant en l'air dans cette maison, j'ai cru que je pouvais t'attendre ici, où j'ai fait un somme pendant qu'on te soufflait ta belle»
— Mon pauvre Dubourg!...
— Oh ! oui, bien pauvre, en effet!
— Ecoute... il me vient une idée.
— Voyons ton idée.
— La vie de Paris m'ennuie...
— Elle m'ennuie bien davantage, moi qui n'ai plus le sou !
— La vue de ces femmes coquettes me fait mal !... ■ — Oh ! c'est fait pour cela!
— Je veux fuir les infidèles !
— Je ne sais pas trop où tu pourras aller.
— Ces sociétés où l'on cause sans rien dire, où l'on se connaît sans se lier, où l'on se rend plutôt par désœuvrement que par plaisir ; tout cela me déplaît. Je ne vais dans le monde que depuis deux ans et demi, et j'en suis déjà fatigué ; enfin, voici mon projet...
— Est-ce que tu veux te faire ermite ?
— Non, mais je veux quitter Paris pour quelque temps; je veux voyager, parcourir divers pays : c'est de cette manière, c'est en comparant les mœurs, les usages des habitants de ce globe ; c'est en admirant les merveilles, les beautés de la nature, que l'on se forme l'esprit, le jugement, que l'on agrandit ses connaissances, et que le cœur éprouve des jouissances qu'il ne pourrait trouver dans ces réunions formées par la mode, l'étiquette et le désœuvrement.
— Supérieurement pensé! dit Dubourg en se levant de sa bergère; il faut voyager, mon ami, il n'y a rien de plus utile pour la jeunesse. Mais quand on voyage seul, on s'ennuie, on n'est heureux qu'à demi lorsque l'on n'a personne à qui l'on puisse communiquer les sentiments que font naître un site enchanteur, un monument antique, une ruine imposante!... D'ailleurs, tues trop jeune pour courir seul le monde; il te faut un compagnon sage, éclairé, expérimenté surtout; eh bien! mon ami, je m'offre pour être ton mentor.
— J'allais te le proposer, mon cher Dubourg.
— Parbleu, c'est avec grand plaisir!...
— Mais n'as-tu rien qui l<i retienne à Paris?
— Oh! rien du tout, pas même un lit de sangle!
— Peut-être quelque attachement de cœur?
— Oh! pour des attachements, je ne suis pas comme toi, moi! J'en ferai tout le long de la route, ou, pour mieux dire, je n'en ferai plus. C'est fini, je veux être sage, rangé; tu seras édifié, de ma conduite.
— Allons, mon cher Dubourg, voilà qui est décidé, nous voyagerons ensemble.
— ■ Ah çà! il n'y a plus qu'une petite difficulté: et ton père, s'il ne veut pas que tu voyages?
— Oh! je ne pense pas qu'il s'y oppose; je lui ai déjà dit quelques mots à ce sujet, et il m'a paru au contraire m'approuver.
— Alors tout va le mieux du monde ; mais lui diras-tu que tu m'emmènes?
— Pourquoi pas? je dirai qu'un de mes amis, voyageant aussi, pourra m'accompagner quelque temps...
— Soit! arrange tout cela pour le mieux; si cela est nécessaire, tu me présenteras à ton père, qui ne me connaît qu'imparfaitement, et tu verras comme je sais me donner un air noble et imposant. Surtout ne parle pas de l'argent de ma tante, de la petite Delphine, de mon prétendu mariage et de mes trois jumeaux...
— Sois tranquille.
— Quant à ma famille, si elle n'est pas noble, cela ne l'empêche pas de valoir celle du comte de Montreville, et d'être fort considérée en Bretagne.
— Eh! mon Dieu! je sais tout cela.
— Ce n'est pas pour toi que je le dis, c'est pour ton père. Ainsi, voilà qui est convenu; il est déjà grand jour; j'ai assez dormi, mais tu as besoin de repos. Couche-toi; dans la journée tu parleras à ton père, et tu viendras me rendre réponse. Je t'attendrais sur les six heures au café de la Rotonde.
— C'est entendu.
— Ah! j'oubliais!... Prête-moi une douzaine de louis : je t'en dois déjà une trentaine, mais nous compterons au premier envoie de ma tante.
— C'est bien!... Eh! entre amis, est-ce que l'on doit compter?
— Ah ! mon cher Frédéric, il n'y a pas beaucoup d'amis comme toi. Dubourg met dans sa poche les dix louis que lui présente Frédéric ;
puis, laissant ce dernier se livrer au repos, il sort de l'hôtel en fredonnant un couplet nouveau, et va se promener sur les boulevards, aussi content que s'il venait d'être nommé à un emploi de douze mille francs où il n'y aurait rien eu à faire.
Dans le courant de la journée, Frédéric se présente chez son père. Il tremblait un peu en abordant le comte de Montreville, qui, loin d'aider la confiance de son fils, attendait qu'il lui expliquât ce qu'il désirait de lui.
Frédéric, après avoir salué son père avec respect, commence son discours, dans lequel il s'embarrasse quelquefois, parce que les yeux du comte, constamment attachés sur sa figure, semblaient vouloir lire au fond de sa pensée. Il s'explique cependant, et attend avec crainte la réponse de son père. Celui-ci paraît réfléchir, et garde quelques minutes le silence : Frédéric n'ose le rompre... Enfin le comte lui adresse la parole.
— Vous voulez quitter Paris, Frédéric?
— Oui, monsieur le comte.
— Vous êtes déjà las des plaisirs... des bals... des sociétés?... C'est de bonne heure.
Frédéric soupire et se tait. Le comte laisse échapper un sourire ironique en ajoutant :
— Vous ne dites pas tout. .. Avouez que quelque dépit amoureux... Frédéric baisse les yeux et rougit. Le comte poursuit d'un ton plus
doux :
— Allons, tout cela est de votre âge. Voyagez, j'y consens; cela ne peut que servir à votre instruction. Si cependant votre présence me devenait nécessaire, j'espère que rien alors ne retarderait votre retour...
— Oh! mon père, un seul mot, et je serai près de vous...
— C'est bien, j'y compte.
— Un de mes amis... un jeune homme... nommé Dubourg, d'une ancienne famille de Bretagne, se dispose aussi à voyager quelque temps... Si vous le permettez, je me joindrai à lui...
— ■ Non, monsieur, je ne le veux point : j'ai entendu parler de ce M. Dubourg, que vous nommez votre ami ; et quoique je ne l'aie aperçu avec vous que deux ou trois fois, je le connais assez pour ne point vouloir qu'il soit le compagnon de voyage de mon fils. Sa famille est honnête, je le sais, mais M. Dubourg est, dit-on, un fort mauvais sujet...
— Mon père, je vous assure...
— Ne m'interrompez pas, monsieur. Je ne puis à Paris vous empêcher de vous trouver avec de pareils étourdis; mais lorsque vous devez voyager pour vous instruire et mûrir votre raison, je vous le répète, ce n'est point avec un monsieur Dubourg que vous devez parcourir le monde. Je ne veux pas non plus que vous emmeniez Germain; ce valet se dérange depuis quelque temps. D'ailleurs, il faut en voyage savoir se
passer de valets. Avec voire argent, vous en trouverez partout où vous vous arrêterez.
— Je partirai donc seul, mon père?
— Non, vous n'avez pas encore vingt et un ans, vous êtes trop jeune pour être livré à vous-même. Attendez... oui... voilà l'homme qu'il vous faut; M. Ménard vous accompagnera.
— Quoi... monsieur le comte... mon précepteur?
— Il ne l'est plus depuis longtemps, et ce n'est plus comme tel, mon fils, qu'il sera près de vous ; c'est comme ami, comme sage conseiller, M. Ménard a de l'instruction, et, avec cela, est doué du caractère le plus doux, le plus patient!... Vous le connaissez assez, je pense, pour ne pas être fâché de l'avoir pour compagnon de voyage. M. Ménard n'est point un pédant qui blâmera vos plaisirs; c'est un homme qui vous aime, et qui saura, je l'espère, empêcher le fils du comte de Montreville d'oublier ce qu'il se doit.
— Mais, mon père...
— C'est assez. Je vais mander M. Ménard; s'il accepte, comme je le pense, dès demain vous pourrez vous mettre en route.
Frédéric s'éloigne. Il n'est pas fort content du choix de son père, quoiqu'il sache que M. Ménard est un fort bon homme ; mais il aurait préféré voyager avec Dubourg, dont la gaieté intarissable s'accorde fort bien avec son caractère sentimental ; ce qui paraît d'abord singulier et ce qui est pourtant très commun : les petits hommes aiment les grandes femmes, et les petites femmes les beaux hommes ; les bavards aiment les gens taciturnes; les gourmands ne dînent bien qu'avec ceux qui ne le sont pas ; les forls s'allient aux faibles ; les hommes de génie recherchent les femmes qui s'occupent de leur ménage , les femmes auteurs ont rarement pour maris des hommes d'esprit; les gens à prétentions ne peuvent vivre qu'avec ceux qui n'en ont point; les fripons ne recherchent que les honnêtes gens, les femmes les plus tendres aiment souvent les hommes les plus fous, et le plus volage sera aimé par la plus fidèle ; enfin les libertins courent après l'innocence, et l'innocence se laisse souvent séduire par les mauvais sujets. Les extrêmes se touchent, les contrastes se rapprochent, et c'est dans l'opposition des lumières et des ombres qu'un peintre trouve ses plus beaux effets.
— Eh bien ! dit Dubourg en apercevant Frédéric qui vient le trouver au rendez-vous, quelle nouvelle?
— Mais, pas très bonne...
— Ton père ne veut pas que tu voyages ?
— Au contraire, il v consent.
— Il me semble alors que tout va bien...
— Mais... c'est que... il ne veut pas...
— Achève donc!
— Il ne veut pas que je voyage avec toi.
— Parce que?
— Parce que... il dit...
— Il dit... parle donc!
— Il dit que tu es un... mauvais sujet.
— A peine s'il m'a vu trois fois !
— Il paraît qu'on lui a parlé de toi...
— H y a toujours des gens qui calomnient l'innocence... Sais-tu bien que si M. le comte n'était pas ton père... je... quoique, au fait, il ait un peu raison. Et pourtant s'il savait comme je suis corrigé!... et quelle morale je me suis faite depuis hier au soir !... Mais ensuite?
— Ensuite, il me donne pour compagnon de voyage M. Ménard, mon ancien précepteur.
— Donner un précepteur à un jeune homme qui va avoir vingt et un ans!... voilà de ces choses qui me font mal !... N'importe, laissons faire M. le comte, nous ferons aussi nos volontés.
— Gomment?
— Tu ne seras pas fâché que je t'accompagne, n'est-ce pas ?
— Non, sans doute.
— Moi, je ne serai pas fâché de quitter Paris pour quelque temps ; cela donnera à mes créanciers, qui sont sans cesse à courir après moi, le temps de se reposer un peu.
— Mais mon père ?
— Sois tranquille!... ne dis rien! j'arrangerai les choses de manière... Quel homme est-ce que ce précepteur?
— Oh ! le meilleur homme du monde!... mais ce n'est pas un génie!...
— Tant mieux.
— Il fait grand cas des savants...
pas.
ranî
— Je lui parlerai latin, grec, anglais, chinois même s'il ne l'entend
— Je crois qu'il n'a jamais voyagé qu'avec la carte.
— Je lui dirai que j'ai fait le tour du momie.
— Mais il est flatté de se trouver avec des personnes d'un certain
— Je m'en donnerai un qui ne scia pas mince
— Out'l est donc ton projet?
— Je te le répèle, j'ai rangerai tout cela; va rejoindre ton père, pars avec ton précepteur... Ah! fais-toi donner le plus d'argent possible, parce que cela ne nuit jamais en voyage; aie soin seulement de me faire savoir l'heure de ton départ et la route que tu prendras.
Les deux jeunes gens se sont séparés. Dubourg a indiqué à Frédéric l'endroit où il pourra lui faire savoir le moment de son départ, et l'a quitté sans vouloir lui donner d'autre détails sur son projet.
Laissons aller Frédéric et Dubourg, et sachons quel est ce M. Ménard, dont le jeune comte ne nous a donné qu'une légère esquisse, et qu'il est nécessaire de connaître avant de voyager avec lui.
M. Ménard est un homme de cinquante ans, très petit, très gros et très joufflu. Il a un double menton qui s'accorde assez bien avec un nez placé entre ses joues comme un gros marron. Il a, comme M. Tartufe, les oreilles rouges et le teint fleuri. Son ventre commence à le gêner un peu; mais ses petites jambes, ornées de deux énormes mollets, paraissent de force à supporter encore une plus forte machine.
M. Ménard a passé presque toute sa vie à enseigner des jeunes gens; il a conservé ces formes douces et bénignes qu'un précepteur du grand monde adopte toujours avec ses élèves. M. Ménard n'est point très savant, mais il se fait gloire de ce qu'il sait, et n'est pas insensible aux éloges. Son génie étroit s'est encore rétréci en ne s'exerçant jamais qu'avec des enfants; mais M. Ménard est probe, humain, conciliant; sa seule faiblesse est de se croire grandi d'un pouce lorsqu'il se trouve avec un grand seigneur, et son seul défaut est un penchant très prononcé pour les plaisirs de la table, qui lui occasionnent quelquefois de légères indispositions ; non qu'il boive outre mesure, mais parce qu'il retourne trop souvent à une dinde aux truffes ou à un salmis de perdreaux,
Le comte de Montreville a envoyé chercher M. Ménard, qui s'est empressé de se rendre à ses désirs, et qui accepte avec joie la proposition qu'il lui fait.
Voyager dans une bonne chaise de poste, avec le fils du comte de Montreville!... avec celui de ses élèves qui lui fait le plus d'honneur! c'est une bonne fortune pour l'ex-précepteur; qui justement se trouve alors sans emploi.
Le comte lui recommande de veiller sur Frédéric, mais de ne point contrarier ses fantaisies lorsqu'il ne s'agira que de folies de son âge. Le comte, satisfait de la soumission que son fils a montrée en acceptant son précepteur pour compagnon, veut l'en récompenser en le laissant maître de se rendre où bon lui semblera.
Tout étant convenu entre le comte et les deux vovaseurs, M. de
Je quitte Paris parce que je n'y trouvais que des femmes coquettes ou insensibles. (P. 35.)
Montreville remet à M. Ménard une somme assez forte qui est à la disposition de Frédéric.
— Mon fils, dit le comte, voyagez en homme de votre rang, mais cependant ne dissipez pas follement celte somme. J'ai su, par une conduite rangée, par un ordre constant, vous ménager une fortune raisonnable pour l'époque où je vous marierai ; mais vous ne devez point anticiper
LIY. 295. — PAUL DE KOCK. ÉD. J. ROLTF ET C>». L1V. 29j
sur vos biens. Cependant, si vous avez de nouveau besoin d'argent, M. Ménard me le fera savoir.
Frédéric promet à son père d'être sage ; mais il vient d'écrire à Dubourg pour l'informer qu'il partira le lendemain matin, et prendra la route de Lyon.
Les préparatifs d'un jeune homme sont bientôt terminés. Ceux de M. Ménard sont un peu plus longs: en homme prévoyant, il ne monterait pas en voiture sans avoir placé dans le coffre un pâté de Lesage, et dans sa poche une petite bouteille de madère.
Enfin tout est terminé : Frédéric est enchanté de partir, de s éloigner de Paris et surtout de M"8 Dernange. Le pauvre garçon croit qu'elle le regrettera et que son départ va la désoler!... Quand il aura voyagé quelque temps il perdra toutes ses chimères.
Mais la voiture les attend. Le postillon est en selle. Frédéric a pressé contre son cœur la main de son père ; M. Ménard a salué six fois le comte et n'est monté dans la chaise qu'à reculons, afin d'avoir l'honneur de le saluer encore; Frédéric se jette dans le fond de la voiture; le postillon fait claquer son fouet, et les voilà en route pour l'Italie.