‹ La laitière de MontfermeilChapitre 57 sur 102 · LIV. 297. — PAUL DE KOCK. — KU. J. ROUIT Kf C10 LIV · texte numérisé non relu

LIV. 297. — PAUL DE KOCK. — KU. J. ROUIT Kf C10 LIV

le charpentier de l'endroit avait fait d'une dimension capable de recevoir l'énorme surface de son centre de gravité. Cette manière de vivre, loin de diminuer son embonpoint, lui laissait au contraire faire chaque jour de rapides progrès. Cela commençait à devenir inquiétant, et l'aubergiste, qui boitait, mettait cinq minutes à faire le tour de sa femme.

L'hôtesse avait entendu les cris de Go!on, les exclamations de son mari, et, se doutant qu'il se passait quelque chose d'extraordinaire, elle avait quitté son large fauteuil et enfilé le corridor qui conduisait à la grande salle. Comme ce corridor était étroit., l'hôtesse en bouchait hermétiquement la largeur, et sa personne frottait contre les deux cloisons qui formaient le couloir; il eût donc été impossible à quelqu'un de le traverser en même temps que l'hôtesse, à moins de sauter par-dessus sa tète, ou d'essayer de passer entre ses jambes.

C'est contre cette énorme masse que M. Ménard, auquel la vue des pistolets a rendu ses jambes de vingt ans, est allé se jeter, en voulant se sauver loin du théâtre du combat. Malgré la violence avec laquelle le précepteur s'est précipité sur elle, l'hôtesse n'en est point ébranlée ; ferme comme un roc, et d'ailleurs soutenue par les deux côtés du corridor, la grosse maman se contente de crier d'une petite voix de fausset un : « Qu'est-ce que c'est?... qui va là?... »

Ménard, encore étourdi du coup qu'il s'est donné, vent, malgré cela, obtenir le passage, et il revient vers la personne qu'il a cognée, espérant qu'elle se sera rangée d'un côté ou d'un autre : il prend à droite, et va se frapper le nez contre une gorge qui dame le pion à celle de la Vénus hottentote, il se re ule et prend à gauche... il va embrasser le haut d'un bras qui masquerait une croisée.

— Ah! mon Dieu!... où suis-je? dit le pauvre Ménard, qui ne comprend rien à ce qu'il rencontre, et, voulant toujours avancer, va la tète en avant comme les béliers, tandis que l'hôtesse crie plus fort :

— Qu'est-ce qui estlà?... qu'est-ce qu'il veut donc Faire?... où veutil donc passer?

Les cris de l'hôtesse attirent l'attention des voyageurs, car la paix est rétablie dans la grande salle depuis que Frédéric et Dubourg ont montré leurs pistolets; les quatre marchands sont devenus polis et ont marmotté quelques excuses, dont les jeunes gens se sont contentés, ne désirant pas avoir affaire à de pareils adversaires. C'est donc vers le couloir que se porte maintenant l'attention générale.

— C'est la voix de ma femme, dit l'aubergiste; pour qu'elle ait quitté son fauteuil, il faut qu'il lui soit arrivé queuque chose de ben émoustillant !...

SŒUR AiN'NE 47

L'hôte se dirige vers le couloir, avec Goton, qui tient une lumière. Dubourg et Frédéric les suivent; ils arrivent devant l'hôtesse, qui crie encore plus fort, parce que le bruit des pas qui approchaient ayant augmenté la terreur de Ménard, il a voulu à toute force passer, et, ne pouvant y réussir ni à droite ni à gauche, s'est mis à quatre pattes, comme les enfants, et tâche de se glisser entre les jambes de la grosse maman ; mais celle-ci, qui ne veut point laisser échapper l'inconnu, qu'elle croit être un voleur, n'a pas trouvé pour le retenir de meilleur moyen que de s'asseoir sur luj ; elle se trouve donc à cheval sur Ménard au moment où on vient éclairer la scène.

Goton pousse de grands éclats de rire, l'aubergiste reste ébahi!... Frédéric et Dubourg cherchent à démêler quelque chose dans ce burlesque

tableau.

— Je n'en puis plus, dit Ménard d'une voix éteinte.

— Je le tiens!... il est pris ! répond l'hôtesse d'un air triomphant. Le pauvre homme était si bien pris, qu'il allait étoulfer si on ne l'eût

retiré de là. Mais l'hôte qui est jaloux de sa chaste moitié, qu'il regarde comme la plus belle femme qu'on puisse rencontrer à cent lieues à la ronde, se baisse précipitamment et tire M. Ménard de dessous les jupons de sa femme en lâchant des f...

— Mon drôle!... sacreblêul... mon camarade!... qu'est-ce que vous alliez faire là-dessous!... mille z'yeuxl...

— Ah! je t'assure, loup-loup, qu'il a passé bien sagement!... dit l'hôtesse d'un air mielleux pour calmer les soupçons de son mari; tandis que Ménard, que l'on est parvenu enfin à remettre au jour, se relève, la perruque retournée et la figure toute bouleversée.

— Mais enfin, mille canards!... mon ami! reprend l'aubergiste, vous ne vous étiez pas mis là, sacrebleu, pour chercher de la violette?...

Ménard regarde tout le monde d'un air effaré; il n'est pas encore revenu à lui.

Dubourg arrange l'affaire; il devine pourquoi M. Ménard voulait s'éloigner; il dissipe les soupçons de l'hôte, il rassure l'hôtesse sur la querelle qui a eu lieu dans la salle, et ordonne à Goton de les conduire à leur appartement ; ce qu'elle fait, après que l'épouse de l'hôte a bien voulu déboucher le couloir en retournant à son fauteuil.

Le plus bel appartement qu'on puisse donner à nos trois voyageurs consiste en deux chambres fort sales, enjolivées de poutres qui barrent les plafonds, et dans lesquelles les chats et les araij a es parai- sent avoir l'habitude de tenir compagnie aux voyageurs. Dans chaque pièce est un mauvais lit .; des rideaux blancs et bleus, qui ressemblent par Les dessins

à des saladiers de campagne, entourent à demi les couchettes, qui ont chacune plus de cinq pieds de haut.

— L'appartement est modeste, dit Frédéric en souriant; mais à la guerre comme à la guerre : lorsqu'on voyage, il faut s'accommoder de tout, n'est-il pas vrai, mon cher Ménard?

— Sans doute, répond celui-ci; une nuit est bientôt passée, et ces lits paraissent bons...

— Il nous faudra une échelle pour monter dessus!

— Mais je n'en vois que deux, monsieur le comte !

— Oh! ne vous inquiétez pas de moi, dit Dubourg; je ne me coucherai pas, j'ai à écrire... j'ai des dépêches à envoyer... ; je me jetterai dans un fauteuil pour finir la nuit...

— Mais je n'en vois pas, monsieur le baron...

— N'importe, une chaise, un banc!... Quand on a couché au bivouac, on n'est pas difficile. Mais le souper tarde bien... je vais donner un coup d'œil à la cuisine.

Dubourg descend; Frédéric se met à une fenêtre qui donne sur la campagne; la lune éclairait une partie du village, où régnait le calme le plus profond. Le jeune homme compare la vie de Paris à celle des habitants de ce bourg; il pense que dans ce moment où les villageois se livrent au repos, les brillants citadins courent au spectacle ou dans les salons étaler leur parure et chercher des plaisirs! Mais, pour trouver des contrastes, est-il besoin de sortir de la ville?... Dans cette maison, où l'on danse au premier, on pleure au second la mort d'un époux ou d'un père; au troisième, un jeune homme fait à sa maîtresse une tendre déclaration d'amour; au quatrième, un ivrogne bat sa femme; au cinquième, un joueur se prépare à sortir, en emplissant ses poches d'or; et sous les toits, une jeune fille.passera la nuit à travailler afin de gagner du pain pour sa mère.

Pendant que Frédéric se livre à ses réflexions, M. Ménard est allé examiner les lits, et il voit avec douleur que ce coucher, qu'il jugeait devoir être fort tendre, ne se compose que d'un mauvais matelas et d'une paillasse, laquelle paillasse est à elle seule haute de près de quatre pieds.

— Quelle mauvaise manie ont ces villageois, avec leurs énormes paillasses! dit Ménard en visitant les draps qui lui ratissent la main; moi qui croyais enfoncer dans la plume!... Voilà de bien méchants draps!... Et M. le baron qui dit que l'on est bien ici!... Je coucherai avec mon caleçon. Pourvu que le souper nous dédommage un peu!...

Dubourg est descendu pour parler au conducteur de sa berline, avec lequel il solde son compte, lui ordonnant de repartir avant le jour; car

Dubourg n'ayant plus que trois louis, sur les dix que Frédéric lui a prêtés, ne se soucie point de garder plus longtemps une voiture qu'il ne pourrait pas payer. Cette affaire une fois terminée, Dubourg va rôder autour de M"e Goton, à laquelle il voudrait dire deux mots. La servante voit Dubourg d'un œil favorable, parce qu'il s'est bravement conduit avec les marchands forains, et que cela lui a plu; car un trait de courage plaît aux grosses filles comme aux petites-maîtresses; mais Goton aide son maître à la cuisine, puis elle sert les quatre hommes, qui paraissent disposés à passer la nuit à boire dans l'auberge, et à ne se remettre en route qu'au petit jour.

Les marchands rient et agacent la grosse servante, qui a fort à faire pour se défendre des entreprises un peu familières de ces messieurs; mais Goton est habituée à livrer bataille à de pareils rustres : elle distribue un soufflet à l'un, un coup de pied à l'autre; elle pince, elle égratigne, et les manants ne l'en trouvent que plus séduisante.

Occupée ainsi de tous côtés, Goton ne peut que glisser deux mots d'espérance à Dubourg, en lui faisant entendre qu'au point du jour les marchands seront partis, ses maîtres endormis, et elle plus libre... Cette promesse enchante notre voyageur; il tenait alors Goton au bas de l'escalier ; il lui donne un vigoureux baiser. La grosse fille se sauve ; mais, en levant les yeux, Dubourg aperçoit Ménard, qui, un bougeoir à la main, venait savoir si enfin on allait souper, et était resté un peu interdit en voyant le palatin de Rava qui tenait dans ses bras une laveuse de vaisselle.

Dubourg, qui ne se déconcerte jamais, va au-devant de Ménard en disant :

— L'empereur Héliogabale récompensait celui qui inventait un mets nouveau; moi, j'embrasse la personne qui vient m'annoncer que le souper est préparé.

Ménard n'en demandait pas davantage ; il remonte avec Dubourg auprès de Frédéric, et Goton vient mettre le couvert dans la première chambre.

— Mettons-nous à table, et vive la gaieté! dit Dubourg, qui se sent plus tranquille depuis qu'il sait qu'il sera débarrassé de sa voiture. Ménard répond à celte invitation par un gracieux sourire, et Frédéric se décide enfin à quitter un moment la lune pour s'occuper des choses terrestres.

— Goûtons d'abord ce vin, dit Dubourg; est-ce du meilleur, mon enfant?

— Oh! monsieur, c'est du bon, car nous n'en avons pas d'autre.

— Il est un peu vert, dit Ménard en faisant la grimace.

■ — Mais nous en avons aussi du blanc qui est plus doux, dit Golon.

— Va nous chercher du blanc, ma chère, va, n'épargne rien; tu ne donnes pas tous les jours à souper à des gens comme nous.

■ — Non certes, dit Ménard, et il faut espérer que cette gibelotte sera faite en conséquence.

Dubourg sert de la gibelotte ; mais l'aubergiste, troublé par l'aventure de sa femme dans le couloir, a laissé brûler son ragoût; et Goton, toujours aux prises avec les quatre marchands, a mis ses ognons trop tard, et son lard sans le gratter. Dubourg se tue en vain de dire qu'elle a un fumet délicieux ; Ménard ne répond pas, parce qu'il n'ose pas contredire M. le baron, mais, à chaque bouchée, sa figure se rembrunit.

— Quel diable de ragoût est-ce là? dit Frédéric en repoussant le \ lat de gibelotte que Dubourg ne cesse de lui présenter. Un lapin qui n'a vécu que de choux, des ognons crus, du lard rance... et par-dessus tout un goût de brûlé détestable...

— Il est certain, dit Ménard, que cela ne répond pas à ce que nous avait dit M. le baron.

— Que voulez-vous, messieurs ! dit Dubourg, un cuisinier se trompe quelquefois!... Errare laimanum est, n'est-il pas vrai, monsieur Ménard ?

— Monsieur le baron, un cuisinier ne devrait jamais errare.

— C'est votre faute aussi. Vous lui avez troublé l'esprit, pourquoi diable allez-vous vous fourrez sous les jupons de sa femme?...

— Je ne voulais que passer, monsieur le baron.

— Un mari seul doit passer par ce chemin-là, monsieur Ménard.

— Monsieur le baron, mes intentions étaient pures!

— Je n'en ai jamais douté; mais votre position était terriblement équivoque.

— Monsieur le baron, dans le temple d'Apollon, les pythonisses, placées sur le trépied divin, recevaient l'exhalaison prophétique pardessous leur jupon.

— Monsieur Ménard, si ma femme était montée sur ce trépied-là, j'aurais plaidé en séparation.

Goton mit fin à cette conversation en montant une omelette et du vin blanc.

— Ces messieurs sont-ils contents de la gibelotte, dit-elle. — ■ Elle ne vaut pas le diable, s'écrie Frédéric.

— Elle est totalement manquée, dit Ménard.

— Ma chère enfant, dit Dubourg, les lapins de Bretagne ne sentent

SUEUR ANNE 5i

point ainsi le chou... C'est là qu'on en trouve d'excellents... ; mais ici vous avez une fort mauvaise méthode pour leur éducation.

— Il paraît que M. le baron a longtemps vécu en Bretagne? dit Ménard en avançant respectueusement sa main pour prendre une prise dans la tabatière du roi de Prusse, que Dubourg lui présentait.

— Oui, monsieur Ménard, et j'avoue que j'ai conservé un faible pour ce pays-là... J'en ai de si doux souvenirs !... Ah ! le beau ciel que celui de la Bretagne!... Et ses campagnes... comme elles sont jolies! Quels gras pâturages, quels ,bocages enchanteurs!... Vous faites plusieurs lieues loin de la ville sans quitter les ombrages, les berceaux, les sentiers fleuris, qui font des champs de la Bretagne un jardin continuel.

— - Mais la Pologne, monsieur le baron?

— Ah! la Pologne a bien son mérite, certainement... Y avez-vous été, monsieur Ménard?

— Je n'ai pas eu cet honneur, monsieur le baron.

— Puisque vous ne la connaissez pas, je vous en parlerai souvent.

— Ce doit être un pays bien curieux.

— Fort curieux, fort pittoresque et fort intéressant; nous avons surtout les monts Krapach, auprès desquels le mont Cenis n'est qu'une colline !...

— Oh! oh !... ces monts ne sont-ils pas couverts de neige?

— Presque toute Tannée. Je possède un château sur le pic de l'un de ces rochers, au sommet duquel il n'y a que les chamois qui puissent grimper.

— Et comment arrive-t-on à votre château, monsieur le baron?

— ■ J'ai fait construire un escalier tournant dans l'intérieur de la montagne; cela m'a coûté cent mille francs, mais c'est une chose superbe et que l'on vient admirer de cent lieues à la ronde. J'espère bien-, monsieur Ménard, que j'aurai le plaisir de vous faire voir tout cela, et de vous posséder quelque temps à mon château de Krapach... Je vous \ ferai boire d'un certain vin de Tokai qui me vient de la cave de Tékély, et dont vous me direz des nouvelles...

■ — Ah ! monsieur le baron, vous me comblez... Mais il doit faire bien froid dans votre château?

— Il y faisait en effet très froid du temps de mes aïeux; mais grâ ;e aux nouvelles lumières du siècle, j'ai trouvé le moyen d'en adoucir I température, moyen bien simple et qui remplit parfaitement mon objet.

— Quel est-il donc, monsieur le bar m?

— J'ai fait établir un gazomètre au-dessous de mon château: le sraz, comme vous savez, donne beaucoup de chaleur à la terre, et c'esl au poinl

qu'au-dessus des endroits où passent ]es conduits il me vient des petits pois au mois de janvier... Eh! mais buvez donc, mon cher comte, vous allez étouffer.

Frédéric avait en effet beaucoup de peine à entendre tranquillement les discours que Dubourg débitait avec un sérieux imperturbable, tandis que M. Ménard les écoutait avec la plus grande confiance, ne mettant point en doute une seule parole de monsieur le baron.

Dans ce moment, la conversation fut interrompue par une secousse violente qu'éprouva la maison, laquelle secousse fut suivie d'un craquement épouvantable.

— Ah, mon Dieu! dit Ménard, qu'est-ce que cela?... Cette maison ne parait point solide...

— Est-ce qu'on tire le canon pour notre arrivée dans le village? demanda Dubourg à Goton, qui riait.

— Xon, non, monsieur... ce n'est rien, répond la servante; c'est madame qui se couche, v'ià tout.

Cette explication fit rire les jeunes gens; mais Ménard n'est tranquille que lorsqu'il est certain que l'hôtesse couche au même étage que lui; il ne consentirait point à passer la nuit au-dessous d'une femme qui, en se retournant, fait remuer sa maison; c'est déjà beaucoup de rester sous le même toit qu'elle.

Le petit vin blanc, un peu plus agréable que le rouge, a fait manger une omelette au persil que Dubourg veut en vain faire passer pour de l'estragon. Pour dessert, on ne peut offrir aux voyageurs que du fromage de Géromé qui pourrait au besoin arriver seul sur la table, et dont l'odeur fait reculer Frédéric, qui quitte sa place et va se coucher dans la chambre du fond en ordonnant à la servante de le réveiller de grand matin, ne désirant pas prolonger son séjour dans l'auberge. M. Ménard croit devoir tenir compagnie à M. le baron, qui lui verse force rasades et s'extasie su le goût du fromage anisé qui, dit-il, lui rappelle celui qu'il a mangé en Suisse, ce qui ôte à l'ancien précepteur l'envie d'aller goûter ou souper dans un chalet.

— Oui, monsieur Ménard, dit Dubourg, si vous alliez à Gruyère, petite ville de la Suisse, fort renommée pour ses fromages, qui fonttouto sa richesse, vous sentiriez d'une lieue les chalets dans lesquels on les fabrique. Quand on a couché une nuit dans un de ces chalets, on sent le fromage pendant huit jours, ce qui est excellent pour la poitrine. Mais vous devez avoir besoin de repos, monsieur Ménard, couchez-vous. Moi. je passerai la nuit à écrire...

— Monsieur le baron, je n'oserai jamais me permettre devant vous...

Ah! jarni, vous me chatouillez! (P. 55.)

— Eh ! pourquoi doue?... Diogène se couchait dans son tonneau devant Alexandre, et Cratès ne se gênait pas pour montrer son derrière à ses concitoyens.

— C'est vous qui l'ordonnez, monsieur le baron...

— Je ne vous ordonne pas de me montrer votre derrière, monsieur Ménard mais je vous engage à vous coucher comme si je n'étais pas là.

L!V. 298. — l'Ai I. DE KOCK. — ÉD. J. ROCFF ET Ci<". I IV. 298

La fatigue et le petit vin blanc rendaient à Ménard le sommeil née saire, il ne se fait donc pas prier davantage : il passe derrière les rideaux à bouquets, et se dispose à se coucher. Pendant ce temps, Dubourg, assis dans un coin de la chambre, devant une table sur laquelle il fait semblant d'examiner des papiers et de prendre des notes, attend avec impatience que le précepteur soit endormi pour donner au conducteur de la berline le signal du départ ; car il craint que Ménard ne se réveille de bonne heure, et il serait fort embarrassé si sa voiture n'était pas alors loin du village. Ce motif l'engage à presser le départ, du postillon.

La porte de la cour n'est point fermée ; Goton seule veille à ce qui se passe, et Dubourg sait le moyen de la rendre discrète.

Depuis près d'un quart d'heure, Ménard est passé derrière ses rideaux; Dubourg le croit endormi, il va descendre, quand il entend quelques plaintes partir du côté du lit.

■ — Vous sentiriez-vous indisposé, monsieur Ménard? dit-il en approchant des rideaux qu'il entr'ouvre légèrement.

Mais quelle est sa surprise de trouver le pauvre Ménard qui. en chemise, en caleçon et en bonnet de coton, est encore debout contre son lit, sur lequel il essaye en vain de monter avec l'aide d'une petite chaise qui ne suffit pas pour élever ses courtes jambes à la hauteur de son matelas.

— Comment, monsieur Ménard, vous n'êtes pas encore couché?

— Non, monsieur le baron, car voilà dix minutes que j'essaye en vain de monter dans mon lit... N'est-ce pas une horreur?... n'est-ce pas se moquer des voyageurs, que de leur faire des couchettes qui touchent au plafond?... Tout le monde n'a pas six pieds de haut!... et à moins d'être un géant...

— Allons, calmez-vous, monsieur Ménard : que ne m'appeliez-vous à votre aide ?

— Ah! monsieur le baron, je n'aurais pas osé me permettre.

— Vous aviez tort, car eniin vous ne pouvez pas passer la nuit à essayer de grimper dans votre lit.

Et, sans attendre sa réponse, Dubourg fait monter Ménard sur la la chaise; puis, le poussant vigoureusement en plaçant ses deux mains sur certaine rotondilé que le précepteur avait de la peine à lever, il se met en devoir de le hisser dans son lit.

— Sic itur ad astra. dit Dubourg.

— Labor improbus omnia viiicit, répond Ménard en tâchant de saisir son traversin.

— Ouf!... dit Dubourg

— J'y suis, monsieur le baron, s'écrie Méuard enchanté d'être enfin couché.

— C'est bien heureux! Bonne nuit alors.

■ — Mille remerciements, monsieur le baron.

Dubourg en s'ôloignant du lit a soin d'ôter la chaise qui était placée tout contre; de cette manière il est certain que Ménard ne se lèvera que lorsqu'il le voudra bien. Cette précaution pouvait mettre Ménard dans une fâcheuse situation : c'est ce que la suite nous apprendra.

Ménard n'efct pas au lit depuis cinq minutes qu'il' ronfle profondément.

— Bon! me voilà tranquille, dit Dubourg, et prenant sa lumière il descend doucement dans la cour. En passant devant la grande salle, il y jette un coup d'œil : deux des marchands forains sont endormis sur la table, les deux autres boivent encore; mais tout fait présumer qu'ils ne larderont pas à en faire autant que leurs compagnons.

Dubourg va trouver son postillon, et, lui mettant une pièce de cent sous dans la main, lui ordonne de partir sur-le-champ. En un moment les chevaux sont mis, et la berline du noble palatin est loin de l'auberge et du village.

— Mais comment que vous ferez pour vous en retourner demain? dit Coton, qui est venue rejoindre Dubourg dans la cour, et regarde la voiture s'éloigner.

— Oh ! nous avons une autre voiture, une bonne chaise de poste que l'on nous raccommode; quant à ce que je viens de faire, je t'apprendrai ce qu'il faut dire, entends-tu, Goton?

En disant cela, Dubourg glisse aussi deux pièces de cent sous dans la poche de la servante; c'était plus que la pauvre fille n'en gagnait souvent en six mois dans sa misérable auberge, et la vue des deux pièces rondes la rend docile comme un agneau.

— Oh ! ça suffit, dit-elle pendant que Dubourg entoure de ses bras ses robustes appas ; ça suffit! je dis ce qu'on veuf, moi, voyez-vous ! d'ailleurs c'te voiture était à vous... et vous étiez bien le maître... Ah ! jarni! vous me chatouillez! ne pincez donc pas si fort!... Oh! c'est bric, ça.

— Où donc est ta chambre, Goton?

— Ma chambre! ah ! je n'ai pas de chambre, moi! je coucl e là-bas, tenez, dans c'te petite étable, avec la vache... Ah! dam'! je n'ai qu'une grosse paillasse à terre pour lit, parce que l'été la bourgeoise dit qu'on n'a pas besoin d'user des draps... oh ! d'ailleurs ii ne Paît pas froid là-dedans, Bebellc me tient chaud.

— Qu'est-ce que c'est que Bebelle?

— C'est not' vache donc!... oh! elle est si douce!... Mais comme i' pince !... Ah ! Dieu! queu pinceu vous faites !...

— Viens dans ta chambre, nous y serons mieux pour causer... avec toi. Goton, Tétable devient un boudoir et la paille de la plume !

— Quoique c'est qu'un boudoir ?

— Viens toujours, je te l'apprendrai.

— Et les marchands?

— - Ils n'ont plus besoin de toi... n'ont-ils pas payé leur dépense?

— Oh! oui!... d'ailleurs not' maître les connaît.

— En ce cas, il est inutile que tu veilles davantage.

— Mais s'ils avaient besoin de queuque chose?...

— Il y en a déjà deux qui dorment profondément ; les deux autres ne vont pas tarder à en faire autant. Viens, te dis-je ; c'est une sottise d'attendre le jour pour eux... Tu as besoin de dormir, Goton...

La servante était à demi vaincue. Elle ne résiste plus aux raisons de Dubourg, et se laisse entraîner vers l'étable, dans laquelle ils entrent tous les deux, en tirant sur eux la porte tout contre, car l'étable ne se fermait qu'en dehors par un crochet de fer: mais la servante y dormait sans crainte, ne redoutant pas les voleurs.

Cependant un des marchands forains ne s'était pas endormi; Goton l'occupait aussi, et il attendait que ses compagnons fussent livrés au sommeil pour chercher à se rapprocher de la jolie servante.

Cet homme avait remarqué que l'un des étrangers rôdait souvent autour de Mlle Goton, et cela lui avait donné de l'humeur; mais il n'avait pas osé le surveiller de trop près, parce que le souvenir des pistolets le tenait encore en respect.

Lorsque ses trois camarades ont chacun la tète dans leurs mains, appuyées sur la table, il se lève doucement, et se dispose à chercher Goton, dont il connaît la chambre à coucher. Il ne prend pas de lumière, pour ne point trahir sa marche, et s'avance à pas de loup vers l'étable.

Il en est encore à dix pas, et déjà il distingue deux voix qui se disent de fort jolies choses... il s'approche encore... et il saisit fort distinctement le iil du discours; car Dubourg et Goton, ne se croyant entourés que d'animaux, se livraient sans réserve au plaisir de la conversation.

Le marchand est furieux, mais comment se venger?... Il ne se soucie plus de chercher querelle à Dubourg; appeler l'hôte, ce serait perdre son temps : le cher homme et sa femme s'enferment et se barricadent pour ne pas être dérangés ; et d'ailleurs qui oserait se charger de faire lever Fhôtesse? puis, après tout, que leur importe que leur servante couche avec un voyageur? Il est probable qu'ils ne répondent point de la vertu de

Goton. Le marchand veut jouer quelque tour au couple amoureux. Il ne trouve rien de mieux que de mettre bien doucement le crochet de fer qui ferme en dehors la porte de l'étable, puis s'éloigne enchanté, en se disant :

— Vous ne sortirez de là que lorsqu'on ira vous délivrer, car la porte est solide, et je vous défie de la briser.

Notre homme va rejoindre ses compagnons. Bientôt le jour commence à poindre, c'est l'heure où leurs affaires forcent les marchands à se mettre en route. Ils sont bientôt debout, et en prenant leurs ballots écoutent le récit du tour que leur camarade vient de jouer à l'étranger. Tous y applaudissent, enchantés de se venger d'un homme qui n'a pas eu peur de leurs gourdins; et ils quittent l'auberge en riant de la scène qui s'y passera le matin.

Pendant que ces événements se sont passés, Ménard n'est pas resté aussi tranquille que nous l'avons laissé. Le petit vin blanc, dont M. le baron lui a versé fréquemment, a produit son effet. Ménard se réveille... Il se retourne, il avance son bras en dehors de son lit pour rencontrer la chaise qui doit l'aider à descendre ; car dans ces misérables auberges il n'y a point de table de nuit; il faut donc se lever pour chercher ce dont on a besoin.

Mais c'est en vain qu'il allonge les bras et tâtonne de tous côtés... Point de chaise!... Comment donc descendre de ce lit qui frise le plafond?... et cependant Ménard sent que cela lui devient fort nécessaire. Il écoute : il n'entend rien... Il entr'ouvre ses rideaux... la plus profonde obscurité règne dans la chambre ; M. le baron se sera endormi sur une chaise, comme il en avait le projet; et d'ailleurs comment oser prier M. le palatin de Rava de lui donner le... Ménard ne le pourra jamais!... D'un autre côté, se jeter en bas du lit c'est s'exposer à se blesser, ou tout au moins à ne plus pouvoir y remonter. Tout cela est fort embarrassant, et le pauvre Ménard, assis sur son séant, ne sait quel parti prendre, et sent augmenter à chaque instant son envie d'être en bas.

Nécessité n'a point de loi, dit un vieux proverbe ; et puis M. le baron est si bon, si complaisant, si serviable ! Tout cela enhardit Ménard : il tousse, légèrement d'abord, ensuite un peu plus fort... puis il se hasarde à prononcer bien bas :

— Monsieur le baron... si vous ne dormez pas... oserai-je vous demander un secours?... Je suis bien embarrassé, monsieur le baron.

Mais dans ce moment le baron Dubourg était avec Goton, occupé ;i lui apprendre ce que c'est qu'un boudoir, et comment une mansarde, un bosquet, un grenier, une grotte, une cuisine, une cave, une étable même peut mériter ce nom, lorsqu'on y est avec la personne que l'on aime; et

Goton comprenait cela parfaitement, parce qu'elle avait l'entendement facile, et que Duboum . qui avait été à l'enseignement mutuel, faisait fort bien le moniteur.

— Il parait que M. le baron dort profondément, se dit Ménard. Maudite auberge!... lit infernal où je ne puis pas me retourner sans me piquer les fesses... car je crois que le matelas est fait de paille d'avoine!... Allons, arrive ce qu'il pourra... je vais tâcher de me laisser glisser.

Déjà Ménard a une de ses petites jambes hors du lit, il va sortir l'autre... quand un fracas épouvantable se fait entendre dans la chambre : une chaire est renversée, un vase placé dessus tombe et se brise... plusieurs objets glissent le long des murs, puis se sauvent en poussant la porte qui donne sur le carré... Ménard est glacé de terreur... Il appelle d'une voix étouffée :

— Monsieur le baron... monsieur le baron... est-ce vous?

On ne lui répond pas... Le -pauvre homme ne se sent plus le courage de quitter son lit ; il se fourre dans sa couverture, se cache la tète sous les draps, et la frayeur qu'il vient d'avoir lui faisant perdre toute retenue, il ne lui est bientôt plus nécessaire de descendre de son lit, où il se rendort sans être troublé davantage, parce que ce n'étaient ni des voleurs ni des lutins qui avaient fait ce vacarme dans sa chambre, mais tout simplement deux chats qui, trouvant la porte ouverte, étaient allés visiter leur demeure ordinaire. En se disputant un morceau de lapin, que M. le baron avait jeté sous la table tout en assurant qu'il était excellent, les deux matous avaient renversé une chaise sur laquelle était un' pot à l'eau, dont la chute les avait tellement effrayés eux-mêmes, qu'ils s'étaient sur-le-champ sauvés par l'escalier en abandonnant le sujet de la bataille.

Cependant le jour est venu. L'aubergiste quitte sa chaste moitié, qui se lève à six heures pour être habillée à neuf. Frédéric s'éveille; Ménard en fait autant et se retourne dans son lit, où il est fort mal à son aise par des raisons que vous devinez bien. Dubourg, qui n'a plus rien à apprendre à Goton, veut regagner sa chambre, et Goton a plus de peine que d'ordinaire ù quitter sa paillasse parce que les leçons de Dubourg l'ont fatiguée.

Mais c'est en vain que ce dernier veut sortir de l'étable. Depuis cinq minutes il pousse et secoue la porte, qui ne s'ouvre pas.

— Goton... Goton, est-ce que tu as fermé la porte? dit Dubourg.

— Bah! aile ne ferme pas, répond la grosse fille en se frottant les veux.

— Cependant je ne puis pas l'ouvrir...

— Poussez fort:...

— Je pousse tant que je peux, mais elle ne s'ouvre point.

— Ah! que ces hommes de la ville sont mignons! dit la servante; et elle va donner un grand coup de poing dans la porte, qui ne s'ouvre pas davantage.

— Jarni! faut qu'on ait mis le crochet en dehors!...

— Qui diable a pu nous jouer ce tour-là?...

— Pardi! ça ne peu' être qu'un des marchands... parce qu ils me reluquaient, voyez-vous !... et peut-être ben qu'ils auront vu... que vous étiez là...

— Je n'ai pourtant pas envie de passer ma journée dans rétable...

— J'vas vous traire du lait...

— Bien obligé...

— Vous me conterez queuque chose...

— Je ne sais plus rien... Cette odeur de vache... ce fumier me porte à la tète !.. .

— Eh ben! tout à l'heure vous disiez que c't'étable était un petit... comment donc?... un petit bouloir ben gentil avec moi...

— Ah! tout à l'heure, et à présent, c'est différent!... Pour qu'un endroit nous plaise, Goton, il faut que nous ne soyons pas forcé d'y rester. Mais il fait grand jour; si cette lucarne n'était pas si étroite... on pourrait sortir par !à...

— Oh! gnia pas moyen...

— Ah! quelle idée!... C'est cela! il faut tirer parti de la circonstance... Approche cette pierre, Goton... monte avec moi pour que nous soyons à la hauteur de la lucarne... et crie comme moi...

— Que je crie quoi?...

— Ce que je crierai.

Dubourg approche sa tête de l'ouverture que l'on a pratiquée au-dessus de la porte, et se met à crier de toutes ses forces :

— Au voleur!... au secours!... arrêtez la voiture! au voleur!... Et Goton lui dit tout bas :

— Où que sont donc les vuleux?

Et Dubourg lui répète :

— Veux-tu bien faire ce que je te dis?...

— Allons, je vas crier, dit la servante, pisque ça vous amus

Et la grosse voix de Colon, se mêlanl à celle de Dubourg, mel en un moment toute la maison et une partie du village sur pied.

L'aubergiste accourt aussi vite que le lui permet sa jambe gauche, plus courte que la droite de deux pouces. Frédéric son de sa chambre; Ménard se remet sur son séant, ei. avec l'aide de son élève, parvient à descendre de son lit. Il passe à la hâte sa re lingôte et descend sur les pas

de Frédéric, qui a reconnu la voix de Dubourg, et qui est plus curieux qu'effrayé, se doutant que c'est encore une histoire fabriquée par M. le baron. Tout le monde se rend dans la cour. Les habitants des environs, quelques journaliers allant à leur travail, entrent aussi dans l'auberge, attirés par les cris de Dubourg, qui ne cesse de répéter :

— Au voleur!... arrêtez la voiture!

Tout le monde se retourne : on ne voit pas de voiture, et Goton crie ù lue-tète :

— La berline de M. le baron s'est enfuie.

On approche de l'étable dont on commence par ouvrir la porte, et Dubourg en sort comme un furieux, criant, se démenant, courant dans la cour, et ne faisant pas attention qu'une partie de sa culotte est tachée de bouse de vache.

— Qu'y a-t-il donc, monsieur le baron? demande Ménard avec effroi.

— Ce qu'il y a?... ma berline,., ce scélérat de postillon!... il se sauve... il me l'emmène... avec cinquante mille francs en or que j'avais mis dans l'un des coffres.

— Ah! mon Dieu!...

— La berline de mon père!... la voiture des Potoski!... Ce n'est pas l'argent que je regrette! mais une berline dans laquelle la princesse de Hongrie!... Ah!... mes amis, courez de tous côtés., répandez-vous sur toutes les routes... cent louis à celui qui me la ramènera!

— Cent louis à celui qui rapportera la voiture! dit Goton.

— Ils seront bien habiles s'ils la rejoignent! dit tout bas Dubourg; elle doit être maintenant fort près de Paris.

— Mais comment vous trouviez-vous enfermé dans l'étable avec Goton? demande l'aubergiste.

— Ce n'est que trop facile à concevoir. J'avais dans la nuit entendu du bruit dans la cour ; je suis descendu doucement, j'ai trouvé mon drôle qui mettait les chevaux à la voiture, pour se sauver pendant notre sommeil. Malheureusement je n'avais pas d'armes, et ce postillon est un gaillard plus fort que moi. J'ai voulu vous aller chercher, mais le scélérat m'a saisi, et, malgré ma résistance, m'a fait entrer dans cette étable, où dormait cette fille, et où il nous a enfermés. Nous nous sommes mis sur-le-champ à crier... mais vous dormez comme des sourds!...

— Ah! ça, c'est bien vrai, dit Goton, qui comprend maintenant pourquoi Dubourg lui a fait crier au voleur.

— Il faut courir chez M. le maire, dit Ménard; il faut qu'il mette en marche la force armée... vous avez sans doute un maire ici?

— Oui, monsieur; c'est le marchand devin de l'endroit; mais pour

MalheureusemenI il n'en manque pas en France. P. 65.

avoir la force armée, faut envoyer à la ville voisine, et c'est l'affaire de deux petites heures.

— Calmez-vous, mon cher Ménard, dit Frédéric en souriant, nous avons une bonne chaise de poste pour remplacer la berline de M. le baron.

— Mais, monsieur le comte, cinquante mille francs en or.

— Oh! ce n'est pas la perle de cette somme qui m'afflige, dit

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