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fossés marchant dans les blés, dans les terres labourées, franchissant les haies, el cela sans trop savoir où il était ni ce qu'il faisait, car on doit se rappeler que c'est au milieu de la soirée qu'il s'est mis en course; par conséquent il était nuit, et comme il pleuvait, la lune n'éclairait pas sa marche.
Dubourg s'arrête enfin, il écoute... et n'entend rien qui lui indique que l'on court sur ses traces. Le plus profond silence reine autour de lui; il cherche à se reconnaître, à s'orienter, à savoir où il est; il ne craint plus d'être attrapé, et il sent qu'il a besoin de se reposer. On est alors en automne, les soirées commencent à devenir fraîches, et notre coureur ne se soucie pas de passer la nuit en plein champ, exposé à recevoir la pluie sur le dos; à la vérité sa perruque lui tient lieu de chapeau, et son manteau vaut mieux qu'un parapluie; mais, a la longue, ces objets seront trempés, eL il se trouvera fort mal à son aise; il faut do:, cher un abri.
Il sent qu'il marche dans des plants de légumes; il avance, une haie assez haute lui barre le passage... mais le manteau protecteur le garantit des piqûres ; il enjambe... s'a < ;. laisse quelques poils Je 1
et deux boucles Je sa perruque après le taillis, et se trouve enfin de l'autre côté sans savoir s'il y sera mieux. Cependant plusieurs arbres, des de fleurs, du treillage, lui font présumer qu'il est dans un jardin. lima; toujours les mains en avant, et sent enlin un pan de mur.. . lis -e trouve sous an toit, puis se sent arrêter par des bottes de paille et de foin : i sous un hangar qui sert sans doute à met Ire le four; ;
— Parbleu! se dit Dubourg. j'ai tro ;u'ii me faut pour pa
la nuit : je suis ici à l'abri de la pluie... étendon ar ces bulles de
paille, entortillon -nous dans mon manteau, et dormons !... Demain nous penserons à nos
Dubourg est bientôt couché. Il se trou\ : ir. il
:' le hasard qui lui avait fail . tsile, et s'endort profon-
d aent.
Le hangar sous lequel Dubourg est couché se trouve effectivement au . cejardi l une petite maisonnette as itille,
habitée par un cultivateur nommé Bertrand, lequel a épousé, il v a ans, une jolie vill
qu'on n'appelait que la belle Cla M. Bertrand a déjà
fait d Lts ; Ciaudi . qu'il s'en tiendra pis la.
Aux champs on se Lève de bon malin. Au point d i Marie, ce soni les Jeux enfants du cultivateur, dont l'un a cinq mis el l'autre quatre, après avoir mangé la soupe uu lait, descendent, suivant
leur habitude, jouer et courir dans le jardin. En courant ils approchent du hangar, et que voient-ils sur la paille?... Figurez-vous Azor dans la Belle et la Bête, et vous aurez une idée de Dubourg, dont la figure est entièrement cachée par une profusion de boucles d'un châtain roux, qui retombaient jusque sur sa poilrine, tandis que tout son corps était couvert du manteau, qui, s'il ne jouait pas le tigre, jouait au moins un autre animal ; jugez alors de la frayeur de ces enfants en apercevant cette énorme masse.
La petite Marie laisse tomber une tartine de beurre qu'elle tenait à la main, le petit garçon ouvre une grande bouche qu'il ne peut plus refermer, parce que la frayeur l'a presque pétrifié.
— Ah ! ah! mon frère, vois-tu? dit enfin Marie en se serrant contre lui et lui montrant l'objet couché sur la paille.
— Oh! oh! que c'est vilain!... dit Fanfan en passant derrière sa sœur.
Puis les deux enfants se sauvent vers la maison, en poussant de grands cris qui ne réveillent pas Dubourg, parce que les fatigues de la veille lui ont procuré un sommeil très profond.
Bertrand venait d'embrasser sa Claudine, et il allait partir pour travailler à son champ, lorsque les deux enfants reviennent avec des figures bouleversées et jetant de grands cris.
— Quoi que vous avez donc? dit le papa; parlez donc, polissons... Les enfants étaient si troublés qu'ils ne pouvaient s'exprimer. Enfin
chacun crie en même temps:
— Là-bas... sous la remise... une grosse bête toute poilue... sur la paille une tête uoire... du crin rouge; c'est pus grand que not'bourrique... Oh ! que c'est vilain !...
— Comprends- tu queuque chose à tout ça? dit Bertrand à sa femme.
— Ils ont parlé de grosse bète, not'homme.
— Morgue! i gnia que nous dans la maison... par où donc qu'aile serait entrée?... C'est peut-être le taureau du voisin Gervais, ou ben l'âne de dame Catherine...
— Non, papa..% non, c'est tout gris..., tout rouge... oh! c'est effrayant!...
— Diable ! quoi que ça veut donc dire ?
— Ca a-t-il une queue? demande Claudine.
— Dam'! maman, je n'en savons rien, la bête a l'air de dormir, et nous nous sommes sauvés bien vite.
— Faut aller voir c'que c'est, not'homme...
— Oui... oui... faut aller voir...
Il aperçoit toujours des choses fort agréables... (P. 209.)
Mais Bertrand, qui n'est pas courageux, éprouve déjà un léger tremblement, et va, par prudence, chercher son fusil, <jui est chargé avec du sel. Claudine prend un balai, les enfants des bâtons, etils se dirigent vers le hangar. Les enfants marchent devant, parce que, tout en ayanl peur, à cet âge, on aime ce qui est extraordinaire, et le moindre événement est un plaisir. M. Bertrand marche à coté de sa femme, qui le pousse pour