‹ La laitière de MontfermeilChapitre 90 sur 102 · LIV. 327. — PAUL DE KOCK. — ÉD. }. nOUFF ET O*. uv · texte numérisé non relu

LIV. 327. — PAUL DE KOCK. — ÉD. }. nOUFF ET O*. uv

Lp vn]rur se lève, marche vers sœur Anne, d'un coup de pied envoie la table à l'autre bout de la chambre ; puis saisissant la jeune muette, qui se débat en vain, il l'enlève dans ses bras et la reporte sur la paille qu'il vient de quitter. Sœur Anne rassemble tout son courage, toutes ses forcf"=. pour résister au brigand qui veut triompher d'elle, et qui, après avoir ri de la défense qu'elle lui oppose, devient enfin furieux de la résistance opiniâtre qu'il trouve dans cette jeune femme. Cette lutte horrible dure depuis longtemps; mais l'infortunée sent ses forces diminuer... Les larm -anglo ts l'étouffent, elle va devenir la proie du scélérat qui la

press. .. lorsque tout à coup on frappe à coups redoublés à la porte de la cabane.

— Au diable ceux qui viennent maintenant ! s'é ri • le voleur. Les carna; :;des le font exprès : mais je ne leur ouvrirai pas.

' moment une voix étrangère se fait entendre, et prononce ces rabots : — Ouvrez, de grâce... sauvez-moi, vous en serez bien récom- ;

Cette voix n'est celle d'aucun des compagnons de Leroux. Le voleur demeure interdit. Il écoute avec effroi, tandis que sœur Anne se jette a genoux et remercie le ciel qui vient de la sauver.

Christine sort vivement de l'autre pièce, et court à Leroux d'un a:r : — On frappe, entends-tu? c'est une voix étrangère...

— Eh ! oui. morbleu ! je l'entends bien... Va regarder par la fenêtre,

v,,ir si c'est un homme seul. Christine va et revient bientôt eu disant : Oui, il est seul.

— En ce cas, ouvrons, dit Leroux : mais de la prudence «en attendant le retour de nos amis.

: es avoir replacé la table au milieu de la chambre, Leroux reprend sa pipe, va s'asseoir devant le feu, et Christine ouvre la porte de la masure à la personne qui vient de frapper.

■ ranger qui entre dans la chaumière est un homme âgé, dont la mise annonce l'aisance, et les manières un rang distingué; mais il est sans chapeau, ses vêtements sont en désordre, et la pâleur de son visage annonce l'effroi qui l'agite ; il se précipite dans l'intérieur de la cabane, et ne semble respirer que lorsqu'il en voit la porte se refermer sur lui.

— Pardon... pardon, braves gens! dit-il en s'adressant à Leroux et à Christine; je vous ai dérangés, j'ai troublé votre repos sans doute I mais en m'accordant un asile vous me sauvez la vie.

— Comment donc cela, monsieur? dit Leroux d'un air d'intérêt,

— Je viens d'être attaqué, mes amis... là-bas, sur la route qui traverse la forêt ; j'étais dans ma voiture avec mon domestique ; le postillon

fouettait les chevaux... Tout à coup des brigands sortent de la forêt, et s'élançant à la tête des chevaux, tirent à bout portant sur le postillon ; le malheureux est tombé mort!... La voilure s'arrête, ils m'en font descendre, ainsi que mon domestique, et l'un des voleurs y monte pour la visiter : c'est pendant ce temps que, profitant d'un moment où ces misérables n'avaient pas les yeux sur moi, je me suis enfoncé dans la forêt, choisissant toujours les sentiers les plus épais... je suis parvenu jusqu'ici ; la lumière que j'ai vue m'a guidé, et j'ai frappé à voire porte...

— ■ Vous avez bien fait, monsieur, dit Leroux en regardant Christine d'un air significatif. Asseyez-vous là, devant le feu : remettez-vous, chauffez-vous...

— Ah ! vous êtes trop bon ! dit le voyageur en allant s'asseoir devant la cheminée ; mais mon malheureux domestique!... qu'en aurontils fait ?... sera-t-il donc aussi leur victime?...

— Oh! ce n'est pas présumable !... Après l'avoir volé, ils l'auront laissé libre... Ils n'ont tué le postillon que pour le forcer à s'arrêter... Oh! je connais cela... on vole si souvent dans cetle maudite forêt!...

— Je n'aurais pas dû prendre cette route... ce n'était pas mon chemin !... mais j'ai voulu connaître ce pays !...

— Et ces coquins vous ont-ils volé, vous, monsieur?

— Non, grâce au ciel; ils allaient le faire sans doute quand je me suis sauvé... J'ai du moins conservé mon portefeuille et ma bourse...

— C'est, ma foi, fort heureux, dit Leroux en regardant de nouveau Christine. Allons, monsieur, il faut prendre votre parti, et tâcher d'oublier cet événement... Nous tous traiterons de notre mieux, car il ne faut pas songer à sortir d'ici avant le jour; ce serait fort imprudent...

— Ce n'est pas non plus mon intention, et si vous me permettez de rester...

— Comment donc! mais avec grand plaisir ! Allons, Christine, alerte! prépare le souper de notre hôte.

Pendant toute cette conversation, sœur Anne n'a pas cessé d'examiner l'étranger, dont la ligure, quoique sévère, lui inspire de l'intérêt el du respect. Elle frémit en songeant que cet homme n'a échappé à un péri] que pour tomber dans un autre. Connaissant maintenant toute la scélératesse des habitants de la masure, elle tremble pour les jours dn voyageur, et ses regards, constamment attaches sur lui, semblent vouloir lui faire connaître les dangers qui t'environnent. Mais l'étranger n'a pas encore vu la jeune fille, qui est assise à terre dans un coin de la chambre; à peine remis de l'émotion qu'il vient d'éprouver, il se rapproche du feu, et ne jette que rarement quelques regards autour de lui.

— C'est vraiment fort heureux que les voleurs ne vous aient pas poursuivi, dit Leroux en offrant au voyageur un verre de vin.

— Mais ce qui, je crois, m'a sauvé, c'est que dans ce moment j'ai entendu un grand bruit de chevaux...

— Ah! vous avez entendu un grand bruit de chevaux? demande Leroux avec inquiétude.

— Oui, je l'ai cru, du moins... J'étais si troublé!... C'était peut-être d'autres brigands ou la maréchaussée qui doit être à leur poursuite.

— Mais... en effet, cela pourrait bien être.

— J'ai fait la guerre autrefois, mais j'avoue que je n'aime pas la rencontre des voleurs : contre de tels misérables, la valeur est souvent inutile... D'ailleurs, je n'avais pas d'armes sur moi.

— Ah! vous n'avez pas d'armes?

— Non, mes pistolets étaient dans la voiture, mais ils ne m'ont pas laissé le temps de les prendre.

Leroux parait réfléchir. Depuis que l'étranger lui a dit qu'il avait cru entendre sur la route un grand bruit de chevaux, il n'est plus aussi tranquille.

— Vous êtes bûcheron sans doute? dit le voyageur.

■ — Oui, monsieur, je suis bûcheron... et voilà ma femme, dit Leroux en montrant Christine qui dressait le souper sur la table.

— Et vous n'avez pas peur, au milieu de cette forêt?

— Ah! de quoi voulez-vous que nous ayons peur, nous autres?... Nous ne sommes pas assez riches pour tenter les voleurs!... Allons, Christine, dépêche-toi... monsieur aura besoin de se reposer quand il aura soupe.

— Oh ! ne la pressez pas tant.

L'étranger, qui est plus calme, commence à regarder avec plus d'attention autour de lui, et en examinant la pièce où il est, il aperçoit enfin sœur Anne assise sur un tas de paille, et dont les yeux sont fixés sur les siens avec une expression qui ne permet pas de ne point la remarquer.

Le voyageur, surpris, considère quelque temps avec intérêt les traits pâles et flétris de la jeune muette, et semble étonné de la façon singulière dont elle le regarde.

— Quelle est cette jeune fille? dit-il en s'adressant à Christine ; je ne l'avais pas encore aperçue.

— Ça !... oh! ce n'est pas grand'chose, répond la grande femme d'un ton sec.

— Est-ce que ce n'est pas votre enfant ?

— Non, monsieur, dit Leroux, c'est une malheureuse sourde-muette

SOEUR ANNE ï80

que j'ai trouvée dans la forêt, et que nous avons recueillie par charité... Elle est sur le point d'être mère... j'en ai eu pitié.

— Cela vous fait honneur, monsieur; cette infortunée, si jeune! avec des traits si doux!... vous n'avez pu savoir d'où elle venait, ni le nom de ses parents?

— Que diable voulez-vous qu'on sache d'une femme muette et sourde?... Au reste, peu m'importe! elle est aussi, je crois, presque imbécile ; mais je la garderai ici.

En entendant ces mots, sœur Anne se lève et s'avance doucement vers l'étranger, qu'elle regarde toujours avec un air d'intérêt mêlé de compassion.

— Eh bien! que fait-elle donc? dit Leroux; la pauvre fille a vraiment perdu la raison. Allons, Christine, fais-la rentrer dans l'autre chambre ; il est temps qu'elle aille se reposer.

Christine pousse rudement la petite muette pour la faire aller dans la seconde pièce. Ce n'est qu'à regret que sœur Anne se décide à s'éloigner... elle ne voudrait pas perdre de vue ce voyageur, auquel elle porte le plus vif intérêt; mais il faut obéir. Elle marche lentement vers l'autre pièce en regardant toujours l'étranger, qui semble ému de son attention à le considérer, et la suit des yeux jusqu'à ce que la porte de la chambre du fond se referme sur elle.

Christine est entrée avec sœur Anne dans la seconde chambre; elle regarde à la croisée, et semble inquiète de ne point voir revenir les voleurs. La jeune muette s'est jetée sur sa couchette, non pour chercher le repos, mais pour rêver au moyen de sauver l'étranger en l'avertissant du danger qu'il court s'il reste dans la cabane. Mais comment pourra-t-elle s'approcher et se faire comprendre?. . Dans ce moment Leroux vient aussi dans la chambre, dont il ferme la porte sur lui avec précaution, puis il s'approche de Christine, et, grâce à l'idée qu'ils ont que sœur Anne ne {:peut les entendre, celle-ci est bientôt au fait de leurs projets.

— Eh bien ! tu ne les entends pas venir? dit Leroux.

— Non, je n'entends rien.

— C'est bien singulier! depuis le temps que cet homme est arrive, que peuvent-ils faire encore dans la forêt? Je ne suis pas tranquille... ce voyageur a parlé de chevaux, de maréchaussée... Si nos amis étaient arrêtés!...

— Diable !... nous auraient-ils vendus?...

— Ecoute : quand cet étranger aura soupe et dormira, je sortirai pour tâcher de savoir des nouvelles. Si les camarades sont dans la forêt, je sais où je les trouverai. S'ils sont pris ou partis, nous profiterons du

sommeil de l'étranger pour nous en défaire, et avec ce qu'il a sur lui nous :ie ferons pas mal de nous mettre aussi à l'abri du danger en quittant la forêt.

— C'est bien pensé: fais souper cet homme, qu'il s'endorme, puis k !on retour nous agirons... En attendant, je vais me jeter sur le lit et m& reposer un peu.

— Oui, oui, sois tranquille, je t'éveillerai quand j'aurai besoin de toi. Leroux va rejoindre le voyageur, et la hideuse Christine se jette sur

la couchette à coté de sœur Anne. Il faut que celle-ci sente auprès d'elle cette femme qui calcule un meurtre avec la froideur la plus révoltante; mais la pauvre petite ne bouge pas ; elle a entendu toute la conversation de ces monstres, elle n'a pas perdu un mot de leurs projets, et elle espère encore sauver l'étranger. Une seule pensée l'agile, c'est la crainte que les trois autres voleurs ne reviennent, car alors tout serait perdu; il faudrait voir périr le malheureux voyageur ou mourir avec lui.

A peine Christine est-elle sur le lit qu'un ronflement prolongé annonce son sommeil. Sœur Anne se lève alors doucement, s'éloigne de la couchette, et va appliquer ses yeux contre une fente de la cloison par où elle peut voir dans l'autre pièce.

L'étranger soupe tranquillement. Leroux tâche de lui tenir compagnie ; mais à chaque instant il écoute avec inquiétude s'il n'entend pas du bruit dans la forêt, et paraît désirer que le voyageur veuille bientôt se reposer. Sœur Anne peut a son aise considérer les traits du vieillard, et plus elle le regarde,, plus elle éprouve pour lui un sentiment d'intérêt, d'attachement, qui ne semble pas naître seulement de la situation dans laquelle il se trouve. Au moindre bruit causé par le vent qui agite les arbres ou fait tomber les branches sèches, la jeune fille éprouve une terreur mortelle, croyant voir revenir les trois brigands, tandis qu'au contraire la joie se peint alors dans les regards de Leroux, qui court écouter à la porte, espérant entendre ses compagnons.

— Attendriez- vous du monde? lui dit l'étranger.

— Non, monsieur, non, personne... c'est la crainte des voleurs qui me fait écouter ainsi... mais je commence à croire qu ils ne vous ont pas poursuivi, et vous pourrez dormir tranquillement.

— Je vais me reposer jusqu'au point du jour, alors vous voudrez bien me servir de guide pour trouver le prochain village.

— Oui, monsieur, avec grand plaisir... mais dormez à votre aise, le jour est encore éloigné... Voilà le seul lit que je puisse vous offrir, c'est de la paille fraîche... je suis fâché de ne pouvoir vous coucher mieux que cela, mais nous sommes si pauvres !...

— Oh ! je serai fort bien... ne vous inquiétez nullement de moi.

En disant cela, l'étranger va s étendre sur la paille, où il cherche le repos, et Leroux reste devant le feu, tournant la tète de temps à autre pour regarder si le voyageur s'endort. La jeune muette, l'œil toujours fixé contre l'ouverture de la cloison, ne perd de vue ni l'étranger, ni le voleur, et prie le ciel pour que Christine ne s'éveille point.

Enfin le voyageur paraît sommeiller, et Leroux se lève pour aller prendre ses armes dans le caveau, dont l'ouverture est fermée par une planche et masquée par un monceau de paille. Sœur Anne frémit... Si le voleur allait sur-le-champ assassiner le vieillard !... Mais non; après avoir refermé le/ caveau, il sort doucement de la masure en murmurant :

— Allons au rendez-vous ordinaire, et s'ils n'y sont pas, revenons vite ici.

Leroux ouvre doucement la porte de la cabane et disparaît. Le moment d'agir est arrivé : la jeune muette rassemble tout son courage et sort de la chambre en marchant avec précaution, de crainte d'éveiller Christine, puis en referme la porte à double tour, afin de l'empêcher de sortir dans le cas où elle s'éveillerait. La flamme qui brille encore dans l'âlre éclaire seule la chambre où dort le voyageur. Sœur Anne va près de lui et lui prend le bras qu'elle serre avec force. Le vieillard s'éveille... il voit avec étonnement cette jeune fille penchée vers lui et dont les traits expriment la plus affreuse anxiété; il va parler... elle pose vivement un doigt sur sa bouche, et regardant autour d'elle avec terreur, ses regards lui re mandent le plus profond silence... L'étranger se lève et attend avec inquiétude l'explication de cette scène mystérieuse.

Sœur Anne court au caveau... elle parvient à en soulever l'ouverture, prend dans l'àtre un morceau de bois enflammé dont elle se sert pour l'éclairer, puis, faisant signe au voyageur d'approcher, lui fait voir dans l'intérieur du caveau des armes, des vêlements de toute espèce, et le sang dont ils sont couverts atteste comment les voleurs s'en sont emparés.

Le voyageur frémit.

— Grand Dieu! dit-il, snis-je donc dans le repaire des brigands?... La jeune fille fait un signe affirmalif. puis court vers La paille, et

lui indique que pendant son sommeil on doit revenir poux l'assassiner.

L'étranger s'empare aussitôt d'une paire de pistolets qu'il trouve à l'entrée du caveau.

— Du moins, dit-il, je vendrai cl >l ma vie... Mais toi, pauvre femme... comment vas-tu Taire?...

Sceur Anne ne lui lais; e pas le temps d'ache\ er : elle court ou i rir la porte de la cabane, et lui indique qu'iJ tant se bâter de fuir et qu'elle

l'accompagnera. L'étranger la prend par la main. . . Ils sortent de la masure. . . En ce moment, la compagne des voleurs, qui a entendu du bruit, se lève et veut sortir de sa chambre; se voyant enfermée, elle crie, appelle Leroux, court vers la fenêtre qui donne sur la forêt, et aperçoit l'étranger et la jeune fille qui passent alors devant elle.

— Malédiction!... ils vont fuir!... s'écrie Christine en s'efforçant d'ébranler les barreaux de la fenêtre.

Le vieillard dirige sur elle un de ses pistolets; mais sœur Anne l'arrête en lui faisant comprendre que le bruit de cette arme attirerait les voleurs. L'étranger sent qu'elle a raison ; ils fuient, et, laissant l'horrible femme les accabler d'imprécations, ils sont bientôt éloignés delà demeure des brigands.

Après avoir erré pendant près d'une heure dans les détours de la forêt, tremblant, au moindre bruit, de rencontrer Leroux et ses compagnons, les fugitifs distinguent les pas de plusieurs chevaux... Ce ne peut être que la maréchaussée envoyée à la recherche des brigands. L'étranger et la jeune fille se dirigent d'où part le bruit... Bientôt un homme passe près d'eux en fuyant : c'est Leroux que poursuit un cavalier... Un autre homme à cheval accourt et s'écrie, en voyant l'étranger :

— Voilà mon maître!... Grâce au ciel, les coquins ne l'ont pas tué. Le voyageur indique aux gardes la retraite des brigands ; puis, montant

sur un cheval que lui amène son domestique, prend en croupe la jeune femme qui l'a sauvé, et ils s'éloignent au grand trot de la forêt.

Pendant la route, l'étranger ne cesse de remercier sa libératrice, qui rend grâce au ciel de ce qu'elle n'est plus au pouvoir des voleurs.

Le domestique apprend à son maître que, quelques moments après sa fuite dans la forêt, la maréchaussée a paru. Les brigands n'ont plus songé qu'à se sauver; mais, atteints bientôt, deux sont morts en se défendant. Alors, prenant les deux chevaux que les voleurs avaient déjà dételés de la chaise, le domestique était monté sur l'un et s'était joint aux gardes qui battaient la forêt pour tâcher de retrouver son maîlre.

Le péril passé est bientôt oublié. On arrive à un bourg assez considérable, et les voyageurs frappent à une ferme, où l'on s'empresse de les recevoir et de leur prodiguer tous les soins. C'est surtout la jeune muette qui a besoin de prompts secours. La situation affreuse dans laquelle elle s'est trouvée depuis deux jours, le danger auquel elle vient d'échapper, l'effort de courage qu'elle vient de faire dans cette nuit terrible, tous ces événements ont accablé l'infortunée, qui n'est plus en état de se soutenir. On la porte dans un bon lit ; les habitants de la ferme, apprenant la situation dans laquelle se trouvait celte jeune femme, et ce qu'elle a fait pour

Allons, allons! calme toi, morbleu! ,l\ 296.

sauver le voyageur, lui témoignent le plus tendre intérêt, et l'étranger ne se livre au repos que lorsqu'il est certain que rien ne manque à sa libératrice.

Le lendemain, on a ramené la voiture trouvée sur la route ; l'étrange ' pourrait partir, mais sœur Anne est en proie à une fièvre ardente ; il ne veut pas s'éloigner sans être rassuré sur son existence. Le meilleur

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