‹ La laitière de MontfermeilChapitre 91 sur 102 · UT · texte numérisé non relu

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médecin des environs est mandé : l'inconnu prodigue For pour que la jeune muette ait tous les secours que réclame son état. Il passe une partie de la journée dans sa chambre, il joint ses soins à ceux des habitants de la ferme.

ur Anne voit tout ce que l'étranger fait pour elle, et son cœur en est vivement touché. Malgré le mal qui l'accable, elle s'empare d'une des mains du vovageur et la presse avec reconnaissance.

— ■ Pauvre femme ! dit l'étranger vivement ému, je ne vous quitterai pas que je ne sois tranquille sur vos jours... J'aurais voulu vous emmener dans ma voiture et vous conduire a votre destination... Que puis-je faire pour vonis?... Vous m'enlendez, je le vois bien; vous n'êtes privée que de la parole; mais savez-vous écrire?

La jeune muette faii un signe négatif: puis tout à coup, un souvenir semble la ranimer; elle fait un mouvement avec la main, comme si elle voulait tracer des caractères. Le vieillard lui présente une plume, du papier... elle ne peut s'en servir; il lui donne un morceau de craie; se soulevant alors de son lit, elle se penche sur une table placée auprès, et parvient, non sans efforts, à tracer avec la craie le nom de Frédéric; puis, désignant ce nom en secouant tristement la tète, ses yeux semblent dire : « Voilà tout ce que je sais... »

Le voyageur parait vivement surpris en lisant le nom que la jeune femme vient de tracer sur le bois. Il semble réfléchir quelques moments ; ses yeux se reportent sur sœur Anne avec plus d'intérêt... mais la jeune muette y trouve moins de douceur, et uns expression de sévérité qu'elle ne peut définir.

— Et votre nom, dit l'étranger, ne savez-vous pas l'écrire?...

Sœur Anne fait un signe de tête, et trace de nouveau le nom de Frédéric.

Le voyageur paraît fortement préoccupé tout le reste de la journée ; lorsqu'il regarde la jeune iille, il tombe dans de profondes rêveries. Pendant cinq jours, l'état de sœur Anne laisse craindre pour sa vie, et l'étranger ne quitte point la ferme. Au bout de ce temps, un mieux sensible se déclare, le médecin répond des jours de la malade, mais il annonce que, pendant longtemps, sa faiblesse devant être extrême, il y aurait de l'imprudence à elle à quitter la ferme avant le moment qui doit la rendre mère.

En apprenant cela, les yeux de sœur Anne se remplissent de larmes : elle craint d'être à charge aux bonnes gens qui l'ont reçue ; mais l'étranger s'empresse de la calmer, de la consoler.

— ■ J'ai pourvu à tout, lui dit-il ; attendez en ces lieux le rétablissement

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de votre santé, et, si rien ne vous appelle ailleurs, restez avec les habitants de cette ferme... ils vous aiment ; ici vous serez heureuse.

Sœur Anne secoue tristement la tête, puis indique qu'il faut qu'elle aille bien loin. L'étranger, qui a déjà donné vingt-cinq louis aux villageois pour tous les soins qu'ils prendront de la jeune femme, met encore une bourse remplie d'or dans les mains de sa libératrice... Celle-ci veut la refuser, et ne sait comment lui témoigner sa reconnaissance.

— - Vous ne me devez rien, mon enfant, lui dit le vieillard; songez que vous m'avez sauvé la vie, et que, tant que je vivrai, c'est moi qui vous devrai de la reconnaissance. Tenez, prenez aussi ce papier, il renferme mon nom et mon adresse. Si jamais vous êtes dans le malheur, faites-le moi savoir, et comptez toujours sur ma protection.

Sœur Anne prend le papier, qu'elle serre précieusement dans la bourse que l'étranger vient de lui donner. Celui-ci, après l'avoir encore regardée avec attendrissement, dépose un baiser sur son front, puis, se dérobant aux témoignages de sa reconnaissance, monte en voiture et s'éloigne après avoir laissé dans la ferme des marques de sa générosité.

L'étranger est parti; sœur Anne en est longtemps attristée. Son c r-ur volait vers cet inconnu : déjà elle réunissait dans son âme son image à celle de Frédéric; mais la tendre amitié qu'elle sentait pour l'un ne nuisait en rien à l'amour qu'elle éprouvait pour l'autre.

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