‹ La laitière de Montfermeil, vaudeville en cinq annéesChapitre 30 sur 44 · AUGUSTE, BERTRAND · texte numérisé non relu

AUGUSTE, BERTRAND

auguste , marchant lentement.

Eh bien ! mon fidèle ,.... tu vois, je n'étais condamné que par défaut — J'en ai appelé.

Bertrand > lui donnant un fauteuil* Je crois , mon lieutenant , que le général d'en haut a voulu vous laisser le temps de vous amender. auguste , s* asseyant.

Et comment veux- tu que je ne sois pas sage , avec cette pâleur? Ah! mon ami.... A propos, connais- tu cette jeune fille qui loge au cinquième dans la maison en face? — Je ne sais , il me semble que ces traits-là ne me sont pas inconnus.

BERTRAND

Vous avez la mémoire si bien meublée de ce côté-là...

Au surplus, c'est pure curiosité.... Il y a aussi au-dessous d'elle une petite brune aux regards éveillés.,. C'est une jolie fille.

BERTRAND

Mon lieutenant, elle est mariée.

AUGUSTE

Je suis fâché qu'elle soit mariée.

BERTRAND

J'admire en vérité — comme la maladie vous a rendu sage. Voilà huit jours que vous êtes convalescent ,

(6o) et déjà vous contrôlez le personnel féminin du quartier....

AUGUSTE

Par habitude.

Air : Muse des Bois.

Le vieux soldat qu'on met à la réforme , Du temps passé garde le souvenir ; Au seul aspect d'un ancien uniforme Il sent son cœur s'émouvoir de plaisir. Du vieux soldat j'ai toutes les chimères : Ce pauvre cœur que l'on force au repos Bat à l'aspect de ces troupes légères Dont si long-temps il suivit les drapeaux. BERTRAND.

Allons , mon lieutenant, je vois qu'avec la jeunesse il y a toujours de la ressource.

AUGUSTE

A propos de ressources , je n'ose pas te demander....

L'état de la caisse ?

AUGUSTE

Tu as dû dépenser....

BERTRAND

Pas mal.... mais peut-être moins que vous ne pensez.

AUGUSTE

Il ne nous reste plus?...

BERTRAND

Mon lieutenant , quand vous êtes tombé malade , il y a de cela tout à l'heure neuf mois, il y avait à la masse quatre mille francs. Eh bien ! mon lieutenant , il y a encore présent à l'appel , au moment où jVous parle, près d'un millier d'écus.

Archives de la Ville de Bruxelles Archief van de Stad Brussèl

AUGUSTE

Impossible —

BERTRAND

La désertion n'a pas été si considérable ; c'est comme j'ai l'honneur de vous le dire.

AUGUSTE

C'est impossible. A moins que tu n'aies pas acquitté—

Tout est payé , mon lieutenant. Quand je dis tout , c'est-à-dire, le médecin, l'apothicaire, les drogues... Mais nous avons eu des fournitures gratis. Mon lieutenant a des amis dans le beau sexe... qui ne l'ont point abandonné.

AUGUSTE

En effet, il m'a semblé — J'étais bien faible.... Mais j'ai un souvenir confus.... Je crois qu'une jeune femme....

BERTRAND

Vous y êtes....

auguste, se levant.

Air : Ils sont les mieux placés.

A la bonté fidèles , Un peu plus qu'aux amours , Les femmes ont des ailes Pour nous porter secours.

Toujours sur le qui vive !

Mon cher, elles sont là Quand le plaisir arrive , Quand le bonheur s'en va.

L'aimable Virginie ?

BERTRAND

Vous n'y êtes plus.

auguste.

La femme du banquier ?

Son cousin est arrivé le jour où vous vous êtes alité , et ça l'a empêché d'envoyer savoir de vos nouvelles.

AUGUSTE

La baronne de Morville ?

BERTRAND

Elle ne va pas voir les malades.

AUGUSTE

Je ne devine pas....

BERTRAND

La voisine du cinquième.... en face.... celle qui se * cache quand vous la regardez....

AUGUSTE

Son nom?

BERTRAND

Vous ne soupçonnez pas ?

AUGUSTE. N

À moins.... Non.... c'est impossible.... ce ne peut pas être....

BERTRAND

AUGUSTE

Denise !

BERTRAND

Elle-même.... Ah! mon lieutenant, depuis que je suis à votre service , j'en ai bien vu! mais rien qui approche de ça. ( Auguste va s'asseoir près de la fenêtre. ) La pauvre fille , dès qu'elle a su que vous étiez malade , elle est venue s'établir dans ce petit cabinet en face. Tout le temps que vous avez été en danger, elle élait de faction, ne bougeant pas, fixe au poste. Air : Vaudeville du premier prix.

Y m' semble que je la vois encore

A vot' chevet passer la nuit ;

Et sitôt que venait l'aurore , Eli' s'échappait sans fair de bruit ; Alliez-vous mieux , c'te bonn' Denise En était plus joyeus' que nous ; Mais lorsque vous aviez un' crise , Elle était plus malad' que vous.

AUGUSTE

Et c'est celle à laquelle je ne pensais pas....

BERTRAND

Ces fameux bouillons... c'est elle qui les faisait. Aile a mis en réquisition tous les poulets de sa basse-cour.... Ils y ont passé.

auguste, revenant en scène.

Quoi ! c'est Denise ?

BERTRAND

Et je dis que ses soins en ont plus fait que la médecine. Quand vous repreniez un peu , elle s'en retournait à Montfermeil donner un coup -d'oeil chez elle. Mais fallait que je promisse de lui écrire , s'il y avait du nouveau.

Lui écrire ! toi?

BERTRAND

Eh ! oui , mon lieutenant , grâce à mademoiselle Denise, je pourrais être sergent aujourd'hui.... Air : De Julie.

Je conçois bien votre surprise , Oui, Monsieur, je lis couramment, Et c'est à mad'moiselF Denise Que j' dois d'être aussi savant, Un' femm' excite votre zèle , Et, quoiqu'on ait l'esprit étroit, Il faut être bien maladroit Pour ne rien apprendre avec elle.

AUGUSTE

Je n'en reviens pas....

BERTRAND

Au contraire , mon lieutenant , c'est que vous en reviendrez , et que c'est à elle , à cette bonne et excellente fille que vous le devrez. Le soufflet qu'elle vous a donné vous a porté bonheur. Et lorsqu'elle est venue ici , elle n'était pas elle-même très-forte , parce que dans le temps que vous deviez épouser c'te jolie demoiselle qui s'est mariée la semaine suivante avec un autre.... ça lui avait porté comme un coup, cette nouvelle-là. J'ai dans l'idée, mon lieutenant....

AUGUSTE

Paix.... on frappe.

BERTRAND

Trois coups -, c'est elle !.... Elle vous aura cru sorti.... (Il frappe trois petits coups. )

Que fais-tu ?

Je lui dis d'attendre....

AUGUSTE

Pourquoi ne pas ouvrir? Je brûle de tomber à ses genoux.

Bertrand, V arrêtant..

Mon lieutenant ne voudrait pas que la joie, le saisissement.... C'te pauvre fille!.... ça tue, la joie.... encore plus vite que le chagrin.

auguste.

Tu as raison^ et puis ce négligé Allons nous

habiller. Un peu de toilette n'est jamais de trop quand on reçoit une jolie fille.

BERTRAND

Toujours le même.

AUGUSTE

Air : De Préville.

A'h ! mon ami , quel moment , quelle ivresse !

Je vais revoir l'objet rempli d'appas

Qui par ses soins, par sa douce tendresse,

A su me ravir au trépas :

A ce bonheur je ne m'attend» is pas.

Il sort.

Bertrand , à la porte du cabinet où Auguste vient d'entrer . Calmez vos sens , Monsieur, je vous en prie , Une rechut' peut avoir lieu soudain ; Et ce serait un malheureux destin , Quand vous avez guéri d' la maladie , Si vous alliez mourir du médecin.

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