II. — INDICES DE FLEXION
Puisque nous retrouvons, au sein des idiomes les plus parfaits, certaines formes véritablement rudimentaires, nous ne devons pas être surpris de rencontrer dans les dialectes à organisation inférieure, quelques procédés qui indiquent comme une tendance à s’élever dans l’échelle lin-
guistiquc. En un mot, le Basque, malgré sa structure franchement agglomérante, nous offre plusieurs exemples de véritable flexion, même au sein de sa déclinaison. Il ne sera pas question ici de ces légères mutations de fortes en faibles qu’éprouvent les consonnes de certaines désinences. Par ex. ; owji, ongo, bien, pour onki, onko, etc. Elles tiennent à des lois phonétiques dont nous n’avons pas à nous occuper ici. Laissons de coté, encore, certaines suppressions de consonnes. Par ex. handirekin, cuni magno, pour handiren kin, dont on trouverait des exemples à peu près partout. L’on pourra déjà regarder comme un indice de flexion plus certain, le déplacement d’accent (|ui se produitlorsqu’un mot passe du singulieran pluriel. Ex. yàuna, le maître, et yaunàk, les maîtres. La flexion de la désinence se manifeste dans le changement à l’inessif défini de l’a en e, dont certains dialectes offrent l’exemple; yizonean, in homine, pour gizonaan, ou dans la contraction, au même cas, de la voyelle double en une longue, ex. handiàn, in magno. Ce genre do flexion se rencontre presque constamment, nous le verrons plus loin, dans lu formation du pluriel.
Enfin la flexion de la voyelle ou des voyelles du radical se produit, -d’abord dans la mutation de l’c en i devant l’article. Ex. Izate, être et Jzatia, l’existence; puis d’une façon plus sensible dans lu déclinaison du pronom. Ex. Ni, je ou moi el nere, pour nire, de moi. Haii, hic; Haiinek, ille ipse et Ihinen, ejus. Ici peut-être le a est-il une lettre adventice, une sorte de yuna. Nous pourrions même voir une espèce de flexion, ayant un caractère symbolique, dans cette abréviation de la désinence génitivc du pronom personnel. Ex. Zure, de vous, votre, pour zuren.
Cap. II
Des caractèr-GS spéciaux de la déclinaison Basque
§ l'^ — DES DIVERS PARADIGMES DE DÉCLINAISON
■1° Du nombre ou mode. — Bien que l’Eskuara ne possède point, comme nous l’avons vu, plusieurs formes de déclinaison, dans le sens du moins, où l’auraient entendu les Grecs et les Latins, néanmoins scs flexions casuelles n’en sont pas moins sujettes à de légères modifications que nous nous proposons d’étudier ici. La plus importante de ces causes modificatrices, c’est celle qui résulte du nombre. L’Eskuara reconnaît trois modes ou nombres, l’indéfini, le défini, ou singulier et le pluriel.
L’indéfini consiste dans le radical suivi ou non d’une flexion casuelle. Ex. Iliri, ville; on, bon. 11 laisse l’objet dans l’état d’indétermination le plus absolu. Par ex. Gizonen c.v/vit.main d’homme, main humaine. .\ l’inessif, ainsi qu’aux locatif, allatif et élalif inanimés, il fait précéder la désinence d’une syllabe ta ou de la dentale. Par ex. Jliritako, pro urbe; menditara, ad montem. Le pronom personnel, quoique se rapportant nécessairement à des objets animés, emploie très souvent les marques de l’inanimé. Ex. ]\'i(arik, ex me. Au médiatif, il prend régulièrement le la. Ex. Nitaz, per me. C’est pour éviter toute confusion avec la forme verbiale niz, je suis.
L’origine de cette intercalation est fort obscure. Nous ne pensons pas pour les motifs exposés au n“ 6 du § 1"' du 1"' chapitre, qu’elle soit purement euphonique. Vraisemblablement, elle se rattache à la finale te des noms verbaux, ex. lzate,\\\üiS. esse; par opposition àl'inessif du radical défini, qui constitue l’adjectif verbal; par ex. izan, été, ayant été.
Le nombre singulier est marqué, généralement, par l’a final qualifié par les grammairiens d’article. Il se prépose à la désinence casuelle, et se trouve, lorsque besoin est, suivi d’une lettre euphonique. Ex. Gizon, homme (forme indéfinie) ; gizona, l’homme ; y izonen, d’homme ; gizona-r-en, de riiomme.
Remarquons que dans les cas où l’indéfini intercale la dentale ou la syllabe ta, da, le défini supprime même l’article. Ex. Mendiko, pour la montagne, et non mendiako. Le l euphonique ne se conserve, nous l’avons vu, qu’à l’élalif inanimé, mais avec suppression de la voyelle et du r euphonique suivant. Ex. Mendilarik, d’une montagne; Menditik ([lour Mendiatarik, mendiarik), de la montagne. Enfin, à l’iiiessif, l’article subsiste, malgré l’hiatus; ex. Mendiaan, in monte. Nous avons vu, (pie le plus souvent, la voyelle se change en une longue, ou bien le premier a se transforme en e. Cette mutation de la double en longue, a lieu généralement encore, pour tous les cas, lorsque le radical est lui-même terminé en a. Ex. Ania, mère, et Amâ (pour Aniaa, lanière); Amdren, matris, pour j4/naare«. C’est un nouvel exemple de flexion terminative. Quelques dialectes, cependant, préfèrent maintenir la double voyelle. Il est clair que le 1" a d’.lmaa était dans l’origine un article qui s’est incorporé au radical. On ne peut en douter, si l’on songe que l’a radical final ne se rencontre que dans des mots très usuels, très fréquemment employés, tels que Âita, père; Anaya, frère, etc. Par un procédé analogue, nous avons formé en Français lierre pour le hierre (illam hederam), lendemain, pour/e [jour) en demain, etc.
En Basque, ainsi que dans tous les idiomes connus, l’article n’est point primitif, il tire son origine du pronom démonstratif. En effet, le démonstratif Basque est j'Im, ce; il se postpose au nom ainsi que l’article. On dira, par ex. Gizon au, cet homme et non au gizon. Au diffère de l’article par l’adjonction d’un u, lequel pourrait bien être
euphonique, comme dans IS’eure, mien (forme dialectique), pour nere. On a droit de supposer, mais avec moins de probabilité que l’a est ici simplement comme guna, que la forme primitive était u. Remarquons que l’article Basque a n’est pas sans quelqu’aflinité avec l’article ar du Breton; Ex. Ar velek, le prêtre.
Quelquefois, la désinence articulée marque simplement l’interrogation; bai, oui; baia, oui donc? est-ce oui? — Nis, je suis, et niza, suis-je? — Yaten dut, je le mange, et yaten data, est-ce que je le mange?
Le pluriel, nous l’avons dit. est toujours défini ; yizonak signifiera les hommes, non des hommes. Il n’existe pas en Basque, de formes dcclinatives rendant notre pluriel indéfini. Les désinences du pluriel Eskuara, comme les désinences de ce même nombre, dans la plupart des idiomes agglomérants, sont en général, les mêmes que celles du singulier. En, par ex., sera le signe du génitif aux deux nombres. .\u contraire, dans le latin, dominorum, la désinence du génitif pluriel n’a plus rien de commun avec celle du singulier en i.
A l’origine, la marque du pluriel semble avoir consisté dans la désinence ak, précédant le signe du cas. Aujourd’hui encore, dans un dialecte de l’Eskalerra Espagnole, on dit au génitif pluriel gizon-ak-en, hominum, au ilatif du même nombre yizon-ak-t, horninibus. Il en était probablement de même dans l’antique langue Ibéricnne. Il me semble assez naturel de life les inscriptions d’antiques médailles Nedhenakn (monnaie), des habitants de Narbonne [Nedhena, en langue Ibérique); Iltzkoskn (monnaie), des habitants d'Ilitzkosa, comme s’il y avait !Sedhenaken,ïlitzkosaken. .le ne saurais, sur ce point, partager l’avis de M. Boudard, qui admet avant l’c final, un o que l’on prononçait, mais que l’on n’écrivait pas, et lit; Nedhenakoen; lUtzkosakoen.
Mais quelle est l’origine de la désinence plurielle en ak;
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la même, je pense que celle de l’actif. Ce nombre et ce cas, exprimant tous les deux une sorte de renforcement dans la notion de l’objet, ont parfaitement pu recevoir un seul et même signe. S’il nous était permis de nous étendre un peu à ce sujet, et de faire de la philologie générale, sous prétexte de philologie Euskarienne, nous tâcherions de démontrer que de pareils procédés ont fleuri dans les familles de langues les plus diverses ; qu’en un mot, les signes de genre, de nombre n’exprimaient sans doute à l’origine, ni le genre, ni le nombre, mais seulement un renforcement ou un affaiblissement dans la notion objective (1). Par une sorte de métaphore, les Basques auront donc pris pour indiquer une augmentation, quant au nombre, le signe qui déjà marquait un accroissement dans l'activité du sujet. Cependant, le besoin d’introduire un peu de clarté dans le discours se faisant sentir, on a déplacé l’accent au pluriel, ainsi qu’il a été dit cap. P", § 2*.
Quant à l’origine de ce k final, elle doit sans doute être cherchée dans la désinence instrumentale ka, à, avec, par, au moyen de. Les Basques disent donc en quelque sorte per hominem pour homines.
Les autres cas du pluriel se sont contractés. On a trouvé trop dur et trop long de dire à l’actif pluriel gizonakak, au génitif gizomken, et ainsi de suite. La syllabe ak, marquant le pluriel, s’est fondue en ce ou ê, gizonen, et par contract. gizonén, hominum. Mais par un procédé analogue, nous trouvons à l’inessif singulier gizonean, pour gizonaan.
La voyelle a dû se conserver intacte, encore longtemps après la chute de la gutturale. Du temps d’Oienhart, on disait fort bien, à l’actif pluriel mendiiaeA, montes, par opposition au nominatif mendiaA. On voit qu’ici la voyelle.
(t) On pourra consulter à cet égard notre Essai de Grammaire Hottenlote.
signe du pluriel , ne s’est modifiée et ne s'est fondue avec la voyelle, signe de l’actif, qu’après avoir transformé cette dernière en e. Aujourd’hui que le travail modificateur s’est complété, la forme régulière de l’actif pluriel serait
Remarquons que le r euphonique du singulier ne se rencontre presque jamais au pluriel, et cela n’a rien qui doive nous surprendre. Ces consonnes euphoniques trouvent leur raison d’être dans l’article voyelle qui les précède; or, au pluriel, cet article étant ak, il ne pouvait y avoir collision entre la voyelle du radical et celle de la désinence. Le pluriel se trouvait donc, sous le rapport euphonique, juste dans la même situation que l’indéfini d’un radical à consonne finale.
C’est peut-être cette affinité phonologique de l’indéfini avec le pluriel, qui a déterminé les Basques à donner fréquemment à ce dernier le ta intercalaire de l’indéfini au médiatif, élatif, allatif, ex. mendietaz, per montes; mendi'etarik, ex montibus. Toutefois, il ne faudrait pas conclure de là que le pluriel ait jamais eu une autre valeur que la valeur définie.
Dans quelques cantons, par suite d’une bizarrerie difficile à expliquer, le r euphonique du singulier apparaît au datif pluriel, mais à ce cas seulement. Nous trouvons donc, suivant les localités, les trois formes chorieri, choriei, chorier, avibus. Les désinences plurielles sont assez souvent plus courtes que celles du singulier, par suite de toutes ces contractions. Ex. handiekin, cüm magnis, et handiarekin, cùm magno. D’autres fois, au contraire, c’est l’inverse qui se produit, le génitif s’ajoutant au pluriel, et non au singulier. Ex. aila baithan, in pâtre; aiten baithan, in patribus. Le causatif et le despectif, souvent pris l’un pour l’autre, aux deux cas précédents, se trouvent régulièrement distincts au pluriel.
Le signe de l’actif, à ce dernier nombre, est souvent préposé aux finales du causatif, sociatif, despectif, en place du
radical simple ou du génitif qui les précèdent d’ordinaire à l’indéfini. Ex. zmekin, zugabe, cum te, sinè te (vous respectueux); plur. zùekkin, zùekgabe. Ceci a lieu surtout pour les pronoms personnels. Ajoutons enfin, pour être le plus complet possible, que le g, à la fois signe du genre, et lettre euphonique, que l’on trouve au singulier et à l’indéfini, et dont il sera question au prochain numéro, ex. nigan, in me; chorigari, avi, ne semble pas se rencontrer au pluriel, que la voyelle qui précède la syllabe ta dans les finales telles que êtaz, élarik est toujours longue, parce qu’elle n’est point à proprenaent parler euphonique, mais ^qu’elle tient lieu de la désinence plurielle. Du reste, le tableau joint à ce travail permettra de saisir d’un coup d’œil les particularités de la déclinaison Eskuara.
Remarquons que le duel n’existe pas, ou plutôt n’existe plus en Basque. Ceci peut être regardé comme une preuve des altérations que le cours du temps a fait subir à cet idiome. Très probablement, il a possédé ce nombre à l’origine, puisqu’on le retrouve dans toutes les langues qui ont conservé leur caractère primordial.
Le nom de nombre bi, deux, ajouté au nom ou à l’adjectif, lorsqu’ils ont un .sens indéfini à la fois et pluriel, et qu’ils se trouvent soit au radical, soit à l’actif, soit au génitif préposé et dépourvu par là même de flexion propre, ne peut être considéré comme signe de duel. Ex. tzar bi, deux étoiles. Tous les noms de nombre sont aussi susceptibles de se postposer. Ex. gizan bat, un homme, zamar hirur, trois chevaux. Il faudrait donc admettre un triel, un nombre quatrième, et ainsi de suite, jusqu’à l’infini.
Remarquons que l’on dit izar bi, deux étoiles, et non izar bik ou izark bi. Le signe du pluriel se supprime, car le nombre est suffisamment marqué par l’adjectif numéral. Si ce nom est suivi d’un- verbe, l’adjectif numéral se prépose. Ex. bi zamari ethorten dire, deux chevaux sont venus. Si l’on veut exprimer l’article, on prendra la forme
plurielle. Ex. bi gizbnek erroan dire, deux hommes l’ont emporté (forme active), mais bi gizonék erroan dire, si l’on veut dire ies deux hommes. Hirur gizonez (médiat, indéfini), par trois hommes, et hirur gizonêtaz, par les trois hommes. (Médiat, pluriel.)
2® Du genre. — Les idiomes agglomérants, pour la plupart, ne distinguent pas le masculin du féminin ; tout au plus donnent-ils quelquefois à l’animé des désinences différentes de celles du genre inanimé. Le Basque, lui, ne fait point exception à cette règle. S'il possède quelques rares désinences spéciales à chaque sexe, il les a empruntées toutes, ou presque toutes, aux idiomes d’origine latine. 11 ne distingue l’animé de l’inanimé qu’à certains cas, à l’approximatif, à l’élatif , et parfois à l’inessif, ainsi qu’au datif. D’ordinaire, le nom de l’être doué de vie fait précéder la désinence de l’emphatique gan ou gain, ou d’une simple gutturale qui en est le signe abrégé. Ex. erregearen ganal, vers le roi, mais mendirat, vers la montagne. La finale destinativc tzat ou tza est d’ordinaire, non toujours, spéciale au genre animé. A l’inanimé, on emploierait plus volontiers le locatif Ao, ex. erregearentzal , pour le roi; mendiko, pour la montagne. Néanmoins, on ne saurait considérer la désinence tzat comme la forme locative animée, attendu que si la forme en ko correspond souvent à notre préposition pour, suivie du nom d’un objet doué de vie, elle répond aussi parfois à notre préposition de. Or la finale tzat, tza n’a jamais ce sens. De plus, nous trouvons de temps à autre celte même finale employée adverbialement et ne se rapportant point à un nom d’objet qui la suive. Ex. ontza, bien. Enfin, les causatif et despectif, sauf un bien petit nombre d’exceptions, sont spéciaux à l’animé. On le voit donc, nous ne saurions établir un paradigme complet de déclinaison, pour chacun de ces deux genres. Nous nous bornerons à indiquer au tableau les désinences animées et inanimées, en les plaçant l’une à côté de l’autre.
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Pour traiter la question aussi à fond que possible, nous allons passer en revue les divers procédés au moyen desquels l’Eskuara établit une distinction entre les genres, bien qu’ils n’aient point d’influence sur la marche de la déclinaison.
Lorsqu’il devient indispensable de marquer le sexe, surtout chez les êtres humains et les animaux, cet idiome a recours aux substantifs postposés arr, mâle, spéc. mâle d’oiseau. Eme, urrich, femelle, etc., etc. Ex. yizon, homme en général, et gizarr, personne du sexe masculin. azkon, blaireau, et azkonarr, blaireau mâle, ollo, poule, et ollar, coq. basoillo, faisande (litt. gallina sylvatica) et basoillar, faisand. urde, porc, et urdeme ( pour urde eme), truie. Zakhur, chien , et zakhur eme ou zakhur urricha, chienne. La désinence kato , semble féminin dans werAato ou neskato, servante (par opposit. à nerabe], garçon, domestique (litt. homo parvus, ou sub homine). En tout ceci, nous le voyons, l’Eskuara se comporte de la même manière que la plupart des langues agglomérantes et que certaines langues à flexion (l’.Vnglais par exemple).
Dans un petit nombre de mots, le sexe est indiqué par une sorte de mutation de la voyelle ou des voyelles radicales. Ex. aretche, veau ou génisse, et orotch, veau mâle. urde, porc, et ahardi, truie. Assez souvent, comme dans bon nombre d’idiomes de toutes les familles, le nom de la femelle est tiré d’un autre radical que celui du mâle. Ex. beki, vache, et idi, bœuf; zamari, ou zaldi, cheval, et behor, jument; akherr, bouc, etahuntz, chèvre, etc.
Voici les manières de distinguer les sexes, que nous pouvons considérer comme indigènes. Passons maintenant aux procédés que l’Eskuara semble avoir pris aux idiomes Indo-Européens. Ce sera une preuve évidente de l’influence prodigieuse qu’exercent les langues à organisation supérieure sur celles qui sont moins parfaites, et des altérations que peut subir, quoi qu’on en ait dit, le système
grammatical lui-même. L’u intercalé devant l’article marque, dans les deux mots suivants, le masculin cumme en Latin; seindua, sanctus; scinda, sancta, primua, l'héritier; l’héritière. Pour comprendre la valeur juste
do cette cx|)ression, il faut se rappeler que dans certains cantons Basques, le droit d'aînesse s’exercait de la manière la plus rigoureuse, au profit des femmes aussi bien qu’à celui des hommes. L’héritière qui épousait un cadet devenait, pour ainsi dire, chef de la communauté et donnait son nom à son mari. Ce mode de succession était déjà en vigueur chez les Astures, au temps de Strabon. Il en parle comme d’une institution prouvant la barbarie de ce peuple. Cet état de choses se maintint au moins sur quelques points jusqu’au temps de Louis XIV. Une chanson du temps, en patois, reproche au monarque d’avoir méconnu les droits des héritières. Quoique le genre de droit d’aînesse en question paraisse beaucoup plus vieux que l’établissement de la législation féodale, on a eu tort, je pense, de le regarder comme étant directement en opposition avec l’esprit de cette dernière. En Suède, nous a-i-on assuré, le droit d’aînesse s’exerce également au profit des femmes, du moins pour certains majorats. Il serait fort possible après tout que ce privilège des héritières, chez les Ba.sques, ne .«e rattachât pas directement au système Asture, qu’il fût lui-même d’origine féodale, et que les Basques, se considérant tous comme gentilshommes, aient été amenés à constituer leurs terres en majorats féminins.
La désinence féminine and, contraction, pour andere, domina, puella, et que certains étymologistes font dériver du mot grec signifiant homme (de même que virgo pour virago, do vir.) se trouve dans éaiot7/and, jeune faisande; olland, poularde, etc., etc.
Quelques mots Basques forment leur féminin en ajoutant sa ou za au radical, procédé évideiument emprunté aux idiomes néo-latins. Ex. okhin, boulanger, et okfânsa.
boulangère. Debru, diable, et debruza, diablesse. Artxain, berger, et Arlzainza, bergère . Abade, abbé, et abadeza, abbesse. Alhargun, veuf, et alhargunsa, veuve. L’on dit en Castillan abad, abbé; abadesa, abbesse. Diablo, diable et diableza, diablesse. Remarquons en passant que le Bas- Breton possède le même mode de formation, qu’il a sans doute pris aux dialectes Romans. Ex. diaoul, diable; diaoulez, diablesse. Abad, abbé; abadez, abbesse. Paotr, pâtre; paotrez, bergère, etc. Le d de l’Eskuara dans ardi, brebis (de ahari, bélier) est peut-être pour un z, et ardi pour aharz (avec contraction de la première syllabe et i euphonique, comme dans débraya, debruia, ou debrua, le diable). Peut-^tre, enfin, la syllabe di est-elle une contraction de andere, et ardi pour ahari andere.
Les deux mots oseba, oncle, et izeba, tante, dans lesquels la préfixe semble marquer le genre, sont très probablement venus du grec, par l’intermédiaire des idiomes néo-latins. Ex. Castillan tio, lia. Romano-Provençal, sio, oncle, tante.
Dans le mot mant/iorr, chemise de femme (pourcmeathorr, par opposil. à alhorr, chemise d’homme; le n étant ici euphonique, comme dans intz ou üz, rosée, eau, etc.), la préfixe marque le genre de la personne à laquelle l’objet appartient. On trouve des traces de distinctions analogues dans beaucoup d'autres idiomes, en Anglais. Par ex. pour les pronoms, s’accordant en genre avec le nom possesseur, non avec le nom dont ils dépendent; en Sanscrit, dans quelques mots, tels que khumbha, urne qui renferme les cendres d’un homme; khambhî, urne contenant celles d’une femme.
Il semble être resté en Eskuara un vestige de cette vieille distinction entre la langue féminine et la langue masculine, que nous retrouvons en vigueur chez plusieurs nations barbares des deux continents. Pour désigner sa sœur, un homme dira arreba et une femme ahispa ou aizla.
En traitant de la conjugaison, nous parlerons de ces formes verbales variables, suivant que l’on s’adresse à une femme, à un enfant, à un supérieur, etc.
3® De quelques particularités de la déclinaison Basque. — Le Basque établit une distinction formelle entre la translation anima manendi et le mouvement de translation transitoire. Il dit, par ex. yoan da etchera, il est allé à la maison, avec intention de n’y pas rester, et yoan da etcherat, il est allé à la maison, pour y rester.
Toutefois, cette particularité n’existe que dans deux cas, l’illatif et l’intensif.
Quelquefois, cette suppression de la voyelle finale semble séparer la forme adverbiale ou inanimée de la forme animée. Par ex. ontza, bène et ontzat , pro bono. La désinence allative, comme nous le verrons plus loin, possède une désinence un peu différente suivant qu’elle s’applique à un monosyllabe ou à un polysyllabe. Enfin les terminatives gai, yhei donnent une signification future, même au substantif et <à l’adjectif. Ex. senaryheï, fiancé (litl. mari futur, de senar, mari ; ce mot paraît composé de la finale ar, mâle et de la racine sen, prob. d’origine Celtique. (Ex. Breton sen, vieillard. (Rapprochez-en le latin seneo:, le français seigneur). Emaztegai, fiancée (lilt. femme future). Handighei,qu\ doit grandir (de Aondt, grand). Certains idiomes agglomérants, du reste, imposent, dit-on, régulièrement des formes passées et futures au nom et à l’adjectif. Quoi qu’il en soit, ces particularités ne sont pas sufBsantes pour donner naissance à de nouveaux paradigmes de déclinaison. Nous n’avons pas à parler ici des désinences radicales à consonnes ou à voyelles, des lettres euphoniques qu’emploient celles de la seconde classe. Il en a déjà été question plus haut. Il sullira de jeter les yeux sur le tableau pour voir qu’à l’actif, au médiatif, parfois aux inessif, élalif, illatif, etc., le radical terminé par une consonne prépose régulièrement un e euphonique à la désinence; que si
le radical a pour finale une voyelle , on intercale un r entre cette voyelle et celle de la désinence aux génitif, datif et cas formés du génitif. Quelquefois cet r tombe. Par ex. galduekin, cum perdito, pour galdurekin. A relatif inanimé on prépose un t à la désinence, quelquefois même, après avoir eu recours à l’e euphonique. Ex. burgozetik, burgoztik, de la cité de Burgos. Le défini est toujours terminé par une voyelle. Somme toute, nous proposons de reconnaître quatre types de déclinaison, pour le Basque: 1“ Celui de l’indéfini des radicaux à consonne finale; 2® Celui de l’indéfini des radicaux à voyelle finale; 3® Le type du défini, toujours terminé en voyelle; 4® Celui du pluriel. C’est ce que fera parfaitement saisir un coup d’œil jeté sur le tableau ci-joint.